Les prochaines élections « présidentielles » auront lieu dans trois ans, mais la petite musique a déjà commencé. Les chefs d'entreprises ont déjà choisi leur candidat. Ce sera François Ruffin contre Mélenchon.
Nul ne peut prétendre remporter une élection présidentielle s'il n'a préalablement été adoubé par le patronat, par les capitalistes. Tout candidat sérieux à la présidence de l’État doit passer son grand oral devant un aréopage de patrons. C'est très exactement ce qu'à fait François Ruffin, fin connaisseur des règles du sérail. Il a été reçu par le Siècle, un club fermé qui regroupe la fine fleur des milieux dirigeants et interrogé à l'abri des micros et des caméras sur ses conceptions politiques. L'objectif du candidat est de rassurer pleinement le patronat, lequel, connaissant bien les milieux socialistes à l’œuvre depuis plus d'un siècle n'est pas franchement inquiet. Depuis Léon Blum, la SFIO a prouvé qu'elle avait la volonté comme la capacité d'encadrer, de canaliser, la masse prolétarienne. Le patronat ne se formalisera pas d'un peu de démagogie. Ou, pour reprendre le terme à la mode qui l'a remplacé, de populisme. Le candidat pourra dénoncer avec une indignation visible ceux qui s'enrichissent en dormant. Il pourra déclarer qu'il n'a qu'un seul ennemi, la finance. Les patrons ne lui en voudront pas. Ils savent que ces déclarations n'ont rien de sérieux, qu'elles ne sont là que pour flatter l'électeur. La démagogie (le populisme) fait partie du métier. On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre.
François Ruffin ayant apparemment réussi son grand oral, les médias ont commencé à le mettre en orbite contre Mélenchon, à louer ses idées raisonnables, à déplorer son isolement. Par ailleurs, ils multiplient les coups de pieds dans les chevilles de Mélenchon pour torpiller sa candidature en 2027.
Ainsi, les élections « présidentielles » ne sont pas réellement des élections. Le choix des candidats se fait dans les milieux patronaux plusieurs années avant le jour du scrutin. Les électeurs n'élisent pas, ils arbitrent. Ils font un arbitrage entre trois ou quatre candidats adoubés par le patronat (sa « short list ») et, par suite, lancés par les médias. Le patronat fait preuve de souplesse en laissant aux électeurs une influence résiduelle sur le résultat du scrutin. Cela les flatte, leur donne l'impression d'avoir choisi. Et pour le patronat, peu importe celui qui l'emportera en définitive parce que chacun d'eux est acceptable.
