Petition updateFéminisme ou antimalisme ?Rousseau et le pacte d'esclavage
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Mar 4, 2023

Rousseau est classiquement présenté comme l'auteur d'une forme d'association qui se démarque du "pacte d'esclavage", c'est-à-dire une convention par laquelle chacun se donne comme esclave à un maître, de ses prédécesseurs. Pourtant, quoi qu'en ait pensé Rousseau, quoi qu'en disent ses disc iples, le Contrat social de Rousseau est bien un pacte d'esclavage.

"Les clause du pacte bien entendue se réduisent toutes à une seule, savoir l'aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté." (Livre I, 6)

L'aliénation totale de chaque homme avec tous ses droits. Excusez du peu. Qu'est ce que cela, sinon se donner en esclavage ? Rousseau poursuit en disant que chacun se donnant tout entier, la clause est la même pour tous. C'est parfaitement exact. La clause est bien la même pour tous. Mais cela ne signifie pas autre chose que chacun se donne en esclavage. Il ne s'en suit donc nullement que le pacte social n'est pas un pacte d'esclavage.

L'astuce chez Rousseau, c'est que chacun se donne en esclavage à un maître qui lui ordonnera à chaque instant de faire ce qu'il a envie de faire. S'il a envie de boire, son maître lui ordonnera de boire. S'il a envie de dormir, son maître lui ordonnera de dormir. Bien qu'esclave, il sera libre parce qu'en obéissant à la volonté de son maître, il obéit à sa propre volonté. 

Cependant, les hommes naturels sont nombreux : dix mille, cent mille, voire davantage. Les ordres du maître ne sont donc pas des ordres individuels. Ce sont des ordres généraux et impersonnels. Autrement dit des lois. Voilà donc l'astuce, la volonté générale. Rousseau postule des hommes si semblables les uns aux autres qu'ils ont tous une même volonté. Cette volonté commune à tous les hommes, c'est la volonté générale. Même si cette volonté commune à tous existe réellement, même si elle n’est pas une fiction, cela n'empêche pas que le pacte est un pacte d'esclavage. On peut admettre, pour aller dans le sens de Rousseau, que ce maître ordonne effectivement à chaque homme ce qu'il a envie de faire. Mais même en l'admettant, il reste que chacun s'est bel et bien donné à un maître.

Rousseau dit encore : "Chacun se donnant à tous, ne se donne à personne". C'est tout à fait faux. Chacun ne se donne pas à tous individuellement, mais à une personne publique formée par la réunion de tous. En se donnant à cette personne publique, il se donne à quelqu'un. Il est incohérent d'affirmer que chacun se donne tout entier(Livre I, 6), et d'affirmer ensuite que chacun ne se donne à personne. Si personne ne se donne à personne, la clause bien entendue du pacte est l'absence de toute aliénation.

Rousseau ajoute : "Il n'y a pas un associé sur lequel on acquiert le même droit qu'on lui cède."

C'est, une fois encore, tout à fait faux. En se donnant en esclavage à toute la communauté, l'individu n'acquiert aucun droit sur les autres. C'est le souverain seul, la personne publique formée par la réunion de tous, qui a des droits sur chacun. Chaque individu, individuellement, n'a aucun droit sur quiconque.

À cela il faut ajouter que les ordres du maître — le souverain formé de l'ensemble des particuliers — ne sont pas seulement des ordres généraux et impersonnels. Ce sont, comme toutes les lois, des ordres permanents, tout au moins aussi longtemps qu'elles n'ont pas été révoquées. En admettant même, encore une fois, pour aller dans le sens de Rousseau, qu'une loi soit une volonté commune à tous le jour où elle est soumise à l'assemblée du peuple, elle ne sera plus nécessairement la volonté de tous si certains changent d'avis. Rousseau affirme qu'il est absurde que la volonté se donne des chaînes pour l'avenir. (Libre II, 1)

C'est pourtant exactement ce que fait la volonté prétendument générale : elle donne des chaînes pour l'avenir à chaque individu, à chaque volonté individuelle. L'homme ne reste libre qu'à la condition de ne jamais changer de volonté, à la condition de conserver pour toujours la volonté qui était (était censée être) la sienne le jour où la loi a été adoptée.

C'est ce qui explique que, selon Rousseau, on peut contraindre quelqu'un à "être libre", c'est-à-dire à obéir à sa propre volonté. 

"Afin donc que ce pacte social ne soit pas un vain formulaire, il renferme tacitement cet engagement [Pourquoi tacitement? Est-ce que ce ne serait pas mieux si cet engagement était explicite ?] , qui seul peut donner de la force aux autres, que quiconque refusera d’obéir à la volonté générale, y sera contraint par tout le corps ; ce qui ne signifie autre chose sinon qu’on le forcera à être libre." (Livre I, 8).

Forcer un individu à obéir à la volonté générale c'est le forcer à obéir à sa propre volonté puisque, selon Rousseau, la volonté générale est la volonté de chacun.

"La volonté constante de tous les membres de l’État est la volonté générale : c’est par elle qu’ils sont citoyens et libres." (Livre IV, 2)

Contraindre un individu, c'est l'obliger à faire ce qu'il ne veut pas faire. Comment est-il possible de contraindre un individu à faire ce qu'il veut ? L'explication est toute bête. Elle réside dans le fait que la volonté générale est la volonté passée, gravée dans le marbre de la loi, de l'individu. Le corps politique ne contraint pas l'individu à faire ce qu'il veut. Il le contraint à faire ce qu'il voulait. Obéir à la volonté générale, c'est obéir à sa volonté passée exprimée le jour où la loi a été adoptée. La clause tacite du pacte social dit par conséquent que quiconque changera de volonté sera contraint par tout le corps à obéir à sa volonté passée. 

Le contrat social de Rousseau est un pacte d'esclavage même si les hommes naturels se donnent à un maître qui ne leur ordonne de faire que ce qu'ils ont envie de faire. La cerise sur le gâteau, c'est qu'en réalité ils se donnent à un maître qui les contraint à faire ce qu'ils ne veulent pas faire. 

Pour terminer, avez-vous pensé à tous les admirateurs du ‘Contrat social’ que vous pourriez énerver en leur répercutant ces considérations ? 

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