Il est fréquent de lire sous la plume des commentateurs de l'œuvre de Rousseau des formules telles que : « Pour Rousseau ceci, pour Rousseau cela… ». C'est ainsi que nous pouvons lire dans une note de bas de page du livre III, chapitre premier du Contrat social : « Rappelons que, pour Rousseau, l'État c'est le corps politique en tant que passif, donc l'ensemble des sujets, tandis que le Souverain, c'est le corps politique en tant qu'actif, ou l'ensemble des citoyens en tant que législateurs. »
Se contenter de rapporter les affirmations de Rousseau sans recul, sans esprit critique, c'est prendre pour argent comptant tout ce que Rousseau affirme. Si Rousseau disait que le soleil tourne autour de la terre, les commentateurs de Rousseau écriraient sans s'émouvoir le moins du monde : « Rappelons que pour Rousseau le soleil tourne autour de la terre. »
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Un mode de suffrage conservateur par excellence
Bismarck organisa l'Allemagne à sa guise. La Confédération était dissoute ; l'empire des Habsbourg sortait de l'Allemagne ; la Prusse annexait les duchés, le Hanovre, le Nassau, la Hesse électorale et Francfort ; tous les États situés au nord du Main, au nombre de 21, formaient avec elle la Confédération de l'Allemagne du Nord, dont le roi de Prusse était président héréditaire, assisté d'un chancelier qu'il fut naturellement Bismarck, d'un conseil fédéral ou siégeaient les représentants des princes est d'un Reichstag élu au suffrage universel : s'élevant au-dessus des préjugés de sa caste, Bismarck avait fort bien senti qu'il n'est pas de suffrage plus conservateur que celui-là. Pierre Gaxotte, Histoire de l'Allemagne, vol. 2, p233