Les slogans de la catégorie "Moi, mon corps", "Mon corps est à moi", "Mon corps n’appartient qu’à moi" sont des leçons de morales à destination des hommes censés considérer les femmes comme des corps dont ils peuvent user et abuser à leur bon plaisir.
Nous devons observer, cependant, que ces cris de guerre si fiers ne valent que dans un sens. Ils ne valent que pour refuser. Ils ne valent pas pour consentir.
Mon corps m'appartient, j'en fais ce que je veux est le slogan qui stigmatise le violeur et le harceleur. Mais lorsqu'il s'agit de consentir, le corps de la femme ne lui appartient pas (plus).
Elle n'en fait plus "ce qu'elle veut", parce qu'elle sous influence, sous domination, sous tutelle, sous emprise masculine. Il lui est impossible de consentir librement. Son consentement, si elle le donne, est vicié. Elle peut paraître avoir consenti, mais elle n'a pas réellement consenti. Son consentement n'est qu'une apparence, un masque qu'il faut arracher pour mettre à nu la réalité des faits : la domination masculine sur le corps des femmes.
Cela signifie que la femme, quel que soient son âge et sa condition, est une éternelle et perpétuelle mineure. Elle est majeure, c'est-à-dire juridiquement capable lorsqu'elle refuse. Elle est mineure, c'est-à-dire juridiquement incapable lorsqu'elle consent. Nul ne viendra dire qu'une femme qui s'est refusée à un homme l'a fait parce qu'elle était "sous emprise masculine". Son refus est alors juridiquement valable, ce qui établira la culpabilité de l’homme qui n'a pas respecté sa volonté. Et l'homme avec qui elle aura eu un rapport sera condamné comme violeur. Mais si elle accepte, son consentement ne sera pas juridiquement valide parce qu’elle l’a donné « sous emprise masculine ». Ce qui établira la culpabilité de l’homme qui a abusé de son pouvoir. Et l'homme avec qui elle aura eu un rapport sera condamné comme violeur.
Les femmes sont comme des propriétaires d’un bien qui ne leur appartient que lorsqu’il s’agit de refuser de le louer ou de le vendre, mais qui ne leur appartient pas lorsqu’il s’agit de le louer ou de le vendre.
Ainsi l’orgueilleux slogan « Mon corps m’appartient » n’est qu’à moitié juste. Mon corps m’appartient à moitié serait plus juste.
