J'ai posé la question : est-il possible de considérer le nazisme comme une évolution de la démocratie ? J'ai cité un fait – l'accession des nazis au pouvoir par les voies légales – qui permet de considérer qu'effectivement le nazisme est une évolution de la démocratie. Il en existe un autre : la conception d'un État qui écrase l'individu chez Rousseau.
Ceux qui s'intéressent aux idées de Rousseau savent qu'elles ont fréquemment été qualifiées de totalitaires. Elles sont à l'origine du concept de démocratie totalitaire. Rousseau serait ainsi à l'origine de la conception national socialiste de l'État selon laquelle le Reich est tout et l'individu n'est rien.
« On a souvent dit que la conception de Rousseau aboutit logiquement au totalitarisme, en entendant par là l'effacement de l'individu, avec tous ses droits, au profit du seul corps social qui deviendrait ainsi tout ce qui compte et importe.
« Ainsi le pacte social implique[rait] la renonciation absolue à tout droit et à toute liberté et finalement la dissolution de l'individu dans le corps social. » La démocratie selon Rousseau, Jean-Pierre Siméon, Le Seuil, Points, politique, p108.
Ainsi, Rousseau est bien l'auteur d'une doctrine de l'État dans laquelle l'individu doit une obéissance inconditionnelle et sans limite à l'État tout puissant.
Les gens s'imaginent – parce que le pouvoir intellectuel le leur fait croire – que Rousseau était individualiste ; ils s'imaginent que l'objet du Contrat social est de rechercher « une forme d'association par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu'il l’était à l'état de nature » (Livre I, chap. 6). Cette phrase n'est que du vent. C'est une mystification. Pour Rousseau, la liberté de l'individu n'a pas d'autre intérêt que fonder l'autorité de l'État. Dans la novlangue de 1884, la signification des mots est inversée. La paix se dit la guerre. Rousseau, déjà, inversait la signification des mots. Pour lui, la soumission indéfinie de l'individu à l'autorité s'appelle la liberté.
Le terme vicieux utilisé par Rousseau pour mystifier les gens est celui de « volonté générale ». La volonté générale, c'est le terme qu'il utilise pour désigner la volonté de l'État. Comme il appelle « volonté générale » la volonté de l'État, il peut dire qu'elle est la volonté particulière de chacun. « La volonté constante de tous les membres de l'État est la volonté générale : c'est par elle qu'ils sont citoyens et libres. » Livre IV, chap. 2.
La mystification du Contrat social repose donc premièrement sur le fait d'appeler « volonté générale » la volonté de l'État et deuxièmement sur le fait de prétendre que la volonté de l'État est la volonté particulière de tous les individus soumis à l'autorité de l'État. Ainsi, l'autorité de l'État peut être étendue à l'infini puisqu'en obéissant à cette autorité infinie, les individus n'obéissent qu'à eux-mêmes. Rousseau, en faisant un usage liberticide du mot "liberté", a préparé la conception national-socialiste de l'État : "Tu n'es rien, le Reich est tout. "