Le féminisme est une religion. C'est la religion de tous les États économiquement développés occidentaux qui gouvernent le monde. C'est la raison pour laquelle aucun État occidental n'est un État laïc. Tous sont des États religieux qui refusent d'avouer leur nature. La plupart des esprits réfléchis parviennent par eux-mêmes à cette opinion.
Cependant, le féminisme n'est pas la première religion des États occidentaux. La première religion de ces États, la religion de la révolution française de 1789, était la religion de la raison humaine ou, ce qui revient au même, la religion des principes fondamentaux. Cette religion est une variante du christianisme dans laquelle le Dieu unique a été divisé en des millions de parties – les citoyens – dont chacune renferme une part de divinité qui lui vient de sa raison. Pour reconstituer l’Être suprême, il faut additionner la part de divinité contenue dans chaque citoyen afin de former le nouvel Être suprême, le peuple ou la nation. Ainsi, le régime politique institué par la révolution française est une variante de la monarchie absolue dans laquelle un mythe, celui du peuple ou de la nation, joue le rôle autrefois dévolu au Dieu chrétien.
La seconde religion de l'ère moderne est celle du socialisme réformiste. Cette religion est une évolution de la religion de la raison. Au lieu de répartir la divinité entre tous les individus, elle la répartit entre les plus pauvres, les exploités, les prolétaires. Cette religion, contrairement à la religion de la raison qui, à partir de 1848 et l'avènement du suffrage dit universel, a présenté le jardin d'Éden comme une réalité advenue, le socialisme réformiste a toujours présenté le jardin d'Éden comme une promesse. À la différence de la religion de 1789, le socialisme réformiste n'a jamais été élevé au statut de religion d'État.
Enfin, la troisième religion de l'ère moderne est le féminisme. Dans cette religion, les femmes occupent la place qui était celle des prolétaires dans la religion du socialisme réformiste en tant que groupe opprimé. Cette religion a pris la place qui était autrefois celle de la théorie de la lutte des classes. La lutte des sexes a remplacé la lutte des classes. La religion féministe est semblable à la religion socialiste réformiste en ce qu'elle présente le jardin d'Éden (le jardin de l'Égalité) comme la promesse d'un paradis futur qui sera atteint dès que la rééducation culturelle des hommes aura été menée à bien. En revanche, la religion féministe se distingue de la religion réformiste en ce qu'elle est une religion d'État.
Il convient de remarquer que ces diverses religions ne se chassent pas l'une l'autre comme un clou chasse l'autre, mais se superposent comme des calques.
Chaque religion est née du désenchantement de la précédente. La seconde république avait promis la fraternité de tous les hommes et la fin de tous les conflits entre eux maintenant que chacun d'eux était devenu souverain dans l'ordre politique grâce au droit de vote. Les faits ayant rapidement mis à mal ces illusions, une nouvelle religion a pris le relais, le socialisme réformiste. La nouvelle religion a promis aux prolétaires qu'ils ne seraient pas seulement souverains dans l'ordre politique, mais également des associés dans l'ordre économique. Mais cela, naturellement, demandera un peu de temps.
Les faits ayant mis à mal également cette nouvelle religion, il a fallu en élaborer une troisième. Une grande découverte a été faite : tout le mal dont souffre l'humanité provient de ce que les hommes sont mauvais. Il suffira de les rééduquer pour atteindre le jardin d'Éden. Mais cela aussi, naturellement, demandera un peu de temps.
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C’est moins le féminisme qui est totalitaire que le totalitarisme qui est féministe.