Dans le discours citoyen, les sénateurs sont élus au suffrage universel.
« Le suffrage peut être direct ou indirect, dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret. » Constitution du 4 octobre 1958, Article 3
Dire que le suffrage est "toujours universel", c’est impliquer que les sénateurs sont élus au suffrage universel. Car, s’ils ne l’étaient pas, il serait impossible d’affirmer que le suffrage est toujours universel.
Est-ce la vérité ? Est-il vrai que les sénateurs sont élus au suffrage universel ? Non. Les dernières élections sénatoriales ont eu lieu en 2017 mais vous n’avez pas participé à ces élections, non parce que vous vous êtes abstenu, mais parce que vous n’étiez pas inscrit sur les listes électorales sénatoriales. Il existe en effet, pour les élections sénatoriales, des listes électorales spéciales (une par département) distinctes de la liste nationale sur laquelle tous les nationaux français majeurs peuvent s’inscrire. Or, seul un nombre restreint, et même très restreint, d’individus peuvent être inscrits sur les listes électorales sénatoriales : environ deux mille par département. Ainsi, la raison pour laquelle vous n’avez pas voté aux dernières élections sénatoriales est que vous n’aviez pas le droit de vote parce que vous n’étiez inscrit sur aucune liste électorale sénatoriale.
Ainsi, contrairement à ce qu’affirme le discours citoyen, les élections sénatoriales ne sont pas des élections au suffrage universel, mais des élections au suffrage restreint (environ 180 000 électeurs sénatoriaux pour toute la France). Affirmer que des élections auxquelles vous n’avez jamais participé et auxquelles vous n’aurez jamais le droit de participer sont des élections au suffrage universel c’est, pour être poli, se moquer du monde.
On répliquera peut-être que si les sénateurs sont élus par un collège restreint de 180 000 électeurs sénatoriaux, c’est parce que les élections sénatoriales sont des élections indirectes.
« Les sénateurs français sont élus au suffrage universel indirect, par un collège de « grands électeurs ». Wikipédia.
« En France, le suffrage universel est indirect pour l'élection des sénateurs. Le collège électoral est composé des députés, des conseillers régionaux, des conseillers départementaux et de délégués des conseillers municipaux. » http://www.toupie.org/Dictionnaire/Suffrage_indirect.htm
Mais là encore, il n’est pas vrai que les élections sénatoriales sont des élections indirectes. Le propre d’une élection indirecte, c’est que les membres du collège électoral sont désignés par un vote populaire. Le président des États-Unis est élu par un collège de 538 électeurs présidentiels. Mais ces 538 électeurs présidentiels ont été élus par un vote populaire auquel l’ensemble de la population a pris part. C’est la raison pour laquelle il est légitime d’affirmer qu’aux États-Unis, le président de la république est élu au suffrage universel indirect. Mais en France, pour l’élection des sénateurs, le vote des électeurs sénatoriaux n’est précédé d’aucun vote populaire de sorte que les électeurs sénatoriaux ne sont désignés par aucun vote populaire auquel tous les électeurs auraient la possibilité de prendre part. Les élections sénatoriales ne sont donc pas des élections indirectes, mais des élections directes.
Ainsi, il n’est pas vrai que les élections sénatoriales sont des élections indirectes. Il n’est pas vrai qu’elles ont lieu au suffrage universel. Et il n’est pas vrai que le suffrage en France est toujours universel. L’article 3 de la Constitution de 1958 qui l’affirme est mensonger.
Vous demanderez à coup sûr : pourquoi parler de cela ? Pour montrer que la constitution de 1958, comme celles qui l’ont précédée, est emphatique. Elle crée par une terminologie religieuse une réalité enjolivée et idéalisée. Pour montrer, ensuite, que la totalité des médias, l’enseignement à tous les degrés, sont des organes policiers de transmission chargés de concourir au maintien de l’ordre social (libéral). Il n’est pas vrai que les sénateurs sont élus au suffrage universel, il n’est pas vrai que le suffrage en France est toujours universel, mais aucun média, aucun enseignant, aucun manuel d’instruction civique ne le dit. Tous disent le contraire parce qu’ils sont des organes de transmission et d’amplification de la réalité fantasmée créée par une terminologie populiste, emphatique et religieuse. De là naissent l’uniformité et les croyances. Comme il n’existe aucune contradiction au discours populiste de la puissance sociale, les gens croient non par raison mais par un acte de foi. Ainsi, contrairement à ce que pensait Karl Marx, dans les sociétés fermées le pouvoir intellectuel n’est pas seulement un pouvoir dominant, c’est un pouvoir totalitaire dans le sens où il n’existe et où il ne peut exister aucune opinion contraire à la sienne.
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Les accusations de viol sont une arme de guerre.