Du jour au lendemain nous avons vu apparaître sur les murs des rues de nos villes des phrases, toutes différentes, dénonçant les "féminicides". Certaines de ces phrases ne faisaient référence à aucun meurtre particulier : « Féminicides, à qui la faute ? » ; « Féminicides, notre sang sur vos murs. » ; « Aux femmes assassinées ». Mais la plupart concernaient un cas précis : « Sandra, tuée en pleine rue par son mari, 9e féminicide » ; « Stéphanie, égorgée par son mec, 39e féminicide » ; « Audrey, tuée par son ex, 66e féminicide. » ; « Mélissa, 26 ans, tuée par mari, 83e féminicide. »
L'une de ces affiches disait : « Michèle, tuée par arme à feu, 10e féminicide. Elle nous manque. ».
Seule une personne que nous avons connue peut nous manquer. Comment Michèle, dont nous ignorions l’existence jusqu’à ce qu’une affiche nous l’apprenne, pourrait-elle nous manquer ? L'affirmation que Coluche ou Johnny Hallyday nous manquent a du sens parce qu’ils étaient célèbres et aimés. Mais comment Michèle, parfaite inconnue, pourrait-elle nous manquer ?
Au mois d'août dernier, 290 personnes ont été tuées dans un accident de la route. Cela signifie, si nous supposons à la louche que la moitié de ces morts de la route étaient des femmes, que 145 femmes sont mortes en un seul mois dans des accidents de la route. Soit un nombre de femmes bien supérieur à celui des "féminicides".
Comment se fait-il que Michèle, tuée par son ex-conjoint, nous manque, alors que la disparition de Josiane, broyée par un train sur un passage à niveau, ne nous fait ni chaud ni froid ?
L’explication de cette différence de traitement est simple : la compassion des féministes pour les femmes tuées par leur ex-conjoint est utilitaire. C’est une compassion dont ceux qui la manifestent tirent un profit. Et ce profit est l’explication de leur compassion : pas de profit, pas de compassion.
Josiane, tuée par un train, a commis une erreur fatale : elle n’est pas morte utilement pour la cause. Prendre à témoin le monde entier qu’elle a été tuée « parce qu’elle était une femme » ne tiendrait pas la route. Par suite, sa mort est dépourvue d’intérêt. Il n’y a rien à en tirer. La mort de Josiane, poubelle.
Les féministes veulent bien éprouver de la compassion pour les femmes victimes, oui, mais c’est donnant, donnant. Si une femme a le bon goût de mourir sous les coups de son compagnon, ils font l’effort de sortir leurs mouchoirs et de verser quelques larmes de crocodile. Mais les femmes qui meurent sans utilité pour eux ne doivent rien en attendre.
Les féministes instrumentalisent les meurtres de femmes tuées par leur compagnon. Leur compassion est une compassion intéressée et utilitaire. L’avantage qu’ils retirent de leur compassion est son mobile réel et premier.
