Petition updateFéminisme ou antimalisme ?La religion du principe
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Aug 10, 2019

Dans « L'ancien régime et la révolution », Tocqueville affirme que la révolution française a été une révolution politique qui a opéré à la manière d'une révolution religieuse.

« La révolution française est une révolution politique qui a opéré à la manière d’une révolution religieuse et qui a pris en quelque chose l’aspect d’une révolution religieuse. » Tocqueville, L’ancien régime et la révolution, p106

Cette affirmation, cependant, contient implicitement l'opinion que la révolution française n’a été pas été une révolution religieuse, mais seulement une révolution politique qui a eu les apparences d’une révolution religieuse. Car, dire qu’elle a opéré à la manière d'une révolution religieuse, c’est dire implicitement qu’elle en a pris l’aspect sans en être réellement une.

Tocqueville poursuit : « La révolution française est devenue elle-même une sorte de religion nouvelle, religion imparfaite, il est vrai, sans Dieu, sans culte et sans autre vie, mais qui néanmoins comme l’islamisme, a inondé toute la terre de ses soldats, de ses apôtres et de ses martyrs. » p107

Il me semble que Tocqueville est dans l’erreur lorsqu’il pense que la révolution française avait le goût d’une révolution religieuse sans en être une. Je crois plutôt que si elle a opéré à la manière d'une révolution religieuse, c’est parce qu'elle en était réellement une. C’est d’ailleurs ce qu’affirme en substance Tocqueville lorsque, en se contredisant quelque peu, il affirme que la révolution française (son idéologie, précisément) a été une religion nouvelle mais imparfaite. Si l’idéologie de la révolution française était une idéologie religieuse imparfaite, elle était religieuse en dépit de son imperfection.

La raison pour laquelle Tocqueville considère que l’idéologie de la révolution française était une religion imparfaite est qu’il ne lui voit aucun dieu. Elle est une religion « sans Dieu, sans culte et sans autre vie ».

Ici encore il me semble que Tocqueville se trompe. Il n’est pas exact que la religion de la révolution française n’avait pas de Dieu. Elle a en eu un auquel elle a voué un culte, culte qui dure jusqu’à aujourd’hui. Ce Dieu, c’est le principe.

Dans « L'ancien régime et la révolution », Tocqueville fait ailleurs une observation pénétrante : toute la philosophie des Lumières se résout dans la seule notion de principe.

« Les systèmes des écrivains politiques variaient tellement entre eux que celui qui voudrait les concilier et en former une seule théorie de gouvernement ne viendrait jamais à bout d’un tel travail.

« Néanmoins, quand on écarte les détails pour arriver aux idées mères, on découvre aisément que les auteurs de ces systèmes différents s’accordent au moins sur une notion très générale que chacun d’eux paraît avoir également conçue, qui semble préexister dans tous les esprits à toutes les idées particulières et en être la source commune. Quelque séparés qu’ils soient dans le reste de leur course, ils se tiennent tous à ce point de départ : tous pensent qu’il convient de substituer des règles simples et élémentaires puisées dans la raison et dans la loi naturelle aux coutumes compliquées et traditionnelles qui régissent la société de leur temps.

« En y regardant bien, l’on verra que ce qu’on appelle la philosophie du XVIIIe siècle consiste à proprement parler dans cette seule notion-là. » Tocqueville, p230

Ainsi, tous les faiseurs de systèmes du XVIIIe siècle ne s’entendaient sur rien. Le système simple et rationnel de l’un n’était pas le système simple et rationnel de l’autre. Néanmoins, tous vénéraient un même Dieu, le principe. Tous pensaient que leur mission terrestre était de dégager des règles simples et rationnelles, des principes, qui serviraient de plan pour construire la cité parfaite. Ainsi, tous les écrivains politiques du XVIIIe siècle ont pratiqué le même culte, celui du principe. Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Peu importe le principe, pourvu qu’on en ait un. Énoncez-les tous, le Pouvoir reconnaîtra les siens.

Par suite la religion nouvelle était parfaite parce qu’elle avait tout à la fois un Dieu et le culte de ce Dieu. Si elle était imparfaite, comme le pensait Tocqueville, c’est seulement dans la mesure où, contrairement aux autres religions, elle a refusé et continue de refuser de se reconnaître comme une religion. Quand vous lisez dans notre actuelle constitution, celle du 4 octobre 1958, que la France est une république laïque, c’est un mensonge. La France est un État religieux parce que son idéologie est fondée sur la religion du principe.

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