Petition updateFéminisme ou antimalisme ?Pour sacraliser un texte, il faut sacraliser ses auteurs
SOS men bashing
Jan 17, 2019

Le 17 septembre 1787, après quatre mois de délibérations menées par une quarantaine de délégués des treize États provinciaux d'origine, les États-Unis adoptent une constitution fédérale qui se substitue aux articles de la Confédération de 1777. Jefferson y voit le travail d'une assemblée de demi-dieux. John Adams affirme y voir, sinon la plus grande manifestation de l'entendement de l'esprit humain, du moins le plus grand exercice de délibération jamais conçu au monde. Madison croit y trouver le doigt d'une intervention providentielle. Denis Lacorne, docteur en sciences politique, écrit au sujet cette constitution :

“ L’éloge dithyrambique fait partie de l’entreprise de sacralisation de la Constitution : il contribue à transformer un texte somme toute banal pour l’époque en un mythe fondateur. Une fois sacralisée, la Constitution devient inattaquable ; la dénoncer n’est plus faire une œuvre de critique, c’est proférer un blasphème. ” Denis Lacorne, L’invention de la république, p. 118

Nous devons observer, cependant, que pour sacraliser un texte, il faut nécessairement sacraliser les auteurs de ce texte et, par suite, d’une certaine manière, faire le culte de leur personnalité. C’est ainsi que Jefferson voyait dans la constitution américaine le travail une assemblée de demi-dieux. Staline était un Dieu complet parce que le culte de la personnalité se concentrait exclusivement sur sa personne. Les rédacteurs de la constitution américaine, plus modestement, n'étaient que des demi-dieux. Pourtant, même s'il est plus modeste, un culte de la personnalité reste un culte de la personnalité. Beaucoup d'entre nous pensent que le culte de la personnalité est la marque des régimes qualifiés de totalitaires. Ce n'est pas exact, il existe également dans les régimes qui ne sont pas totalitaires, mais il y est moins visible parce qu'il se répartit sur un grand nombre de personnes. Il est évident que si on divise un gâteau en parts, chaque part sera plus petite que le gâteau tout entier. Cette loi s'applique au culte de la personnalité. Il est évident que si le culte de la personnalité se répartit sur un certain nombre de personnes, par exemple les pères fondateurs de la constitution américaine, la part de culte allouée à chaque individu sera plus petite que s'il se concentrait sur un individu unique.

Après avoir lu le commentaire de Denis Lacorne à propos de la Constitution américaine, je m'interroge. Ses déclarations ne seraient-elles pas transposables, mutatis mutandis, à d'autres pays que les États-Unis, par exemple à la France ? N'existerait-il pas en France, un texte dont les clercs font un éloge dithyrambique afin de le sacraliser et ainsi de le rendre inattaquable ? C'est une hypothèse plausible.

Et, si cette hypothèse se vérifie, s'il existe en France un texte dont les clercs font un éloge dithyrambique pour le sacraliser et le rendre inattaquable, cela n'impliquera-t-il pas que nous vouons un culte de la personnalité aux rédacteurs de ce texte ?

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