Rien ne vous surprendra si vous lisez quelque chose comme ceci dans la presse : « Libération publie l’appel du mouvement « Place publique » lancé par l’essayiste Raphaël Glucksman et des personnalités issues de divers horizons qui aspirent à rassembler au-delà des appareils politiques à six mois des européennes. » Rien ne vous surprendra si vous lisez que telle ou telle personnalité a « choisi » de s’exprimer dans le Journal du Dimanche et que telle autre personnalité lui a répliqué dans Marianne ou l’Express.
Pourtant, un mot devrait retenir votre attention. C’est le mot "personnalité". La population des nations civilisées se scinde en effet en deux catégories distinctes : les personnalités et les autres, ceux qui ne sont pas des personnalités. En d’autres termes, les anonymes, les sans grades, ceux qui ne sont personne. Ou bien vous appartenez au sérail des personnalités, ou bien vous n’êtes personne.
La révolution de 1789 a scindé la population française en deux catégories : les citoyens dits actifs, et le reste de la population, ceux qui n’étaient pas membres, ceux qui n’en étaient pas. Les citoyens dits actifs formaient une sorte d’aristocratie au sein de la société. Une aristocratie large puisque leur nombre s’élevait à plus de quatre millions, c’est-à-dire un sixième de la population totale. Les « personnalités » sont la forme moderne du citoyen actif, avec cette différence qu’ils forment une aristocratie plus resserrée. Les citoyens actifs avaient le monopole de la participation à l’exercice du pouvoir. De la même manière, les « personnalités » ont aujourd’hui un monopole politique parce qu’elles ont le monopole de la parole publique. Tout le débat qualifié de public ou de citoyen se concentre en elles. Le débat n’est pas populaire, mais cantonné dans un cercle fermé et consanguin. De ce fait, il est confiné dans l'orthodoxie. Les hérétiques n'entrent pas. "C'est une soirée privée. Vous n'entrez pas".
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Les États occidentalisés modernes, particulièrement la France, se flattent d'être devenus des États laïcs. C'est faux, ils ne le sont pas devenus. Ils sont en vérité restés des États religieux. La France n'est pas devenue un État laïc lors de la révolution de 1789, comme elle le prétend, elle a seulement changé de religion, c'est-à-dire de dieux. Les dieux des États modernes sont au moins au nombre de trois : la liberté, l'égalité en général et l'égalité "femmes-hommes" en particulier, laquelle n'est qu'une autre dénomination du féminisme.
L'article premier de notre actuelle constitution, celle du 4 octobre 1958, dit : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. » Cet article est mensonger. La France n’est pas une République laïque, mais une République religieuse sournoise qui, à cause de cela, ne dit pas son nom.
Au fait, affirmer que la France est une République religieuse qui ne dit pas son nom, ne serait-ce pas, par hasard, une opinion hérétique ? En tout cas, si ce n'en est pas une, vous serez d'accord avec moi, je l'espère, pour convenir que c'est le genre d'idée que nous n'entendons pas souvent de la bouche de Jean-Pierre Pernaut ou de Yann Barthès.