J'ai commenté dans un précédent billet (Cherchez l’erreur) une pétition lancée sur « Change.org » par une femme indignée par une injustice (une de plus) faite aux femmes : leurs protections hygiéniques ne sont pas remboursées par la Sécurité Sociale.
« Après l’annonce du remboursement des produits pour arrêter de fumer par la Sécurité Sociale, alors que fumer est un choix, je me suis sentie obligée de manifester mon mécontentement en tant que femme. Fumer est un choix à assumer aussi financièrement. Avoir ses menstruations n’en est pas un, et cela touche toutes les femmes pendant au moins 40 ans de leur vie. Avoir des protections hygiéniques convenables représente une sacrée somme en faisant le calcul. Il serait temps pour le gouvernement d’étudier ses priorités, qui manquent de cohérence. »
Dans mon commentaire, j'ai souligné que l'autrice de cette pétition, pour démontrer l'injustice faite aux femmes, compare ce qui n'est pas comparable : le remboursement pendant 40 ans des protections hygiéniques des femmes et le remboursement d’un traitement prescrit pendant six semaines.
Cependant, en dépit de cet argument discutable, cette cause a paru suffisamment noble à Alia, diplômée en sciences politiques et en Marketing digital, Membership Program Manager à Change.org, pour qu'elle lui apporte son soutien en la faisant connaître massivement avec ce slogan aussi simple que vendeur : « Fumer, c'est remboursé. Avoir ses règles, non. ». Le problème, c’est qu’Alia ne dit pas vrai. Fumer n'est ni gratuit, ni remboursé. Ce qui est remboursé, c'est le traitement pour arrêter de fumer. Ce n'est pas exactement la même chose.
Mais voici encore un autre argument discutable à l'appui de cette revendication. Les protections hygiéniques sont taxées comme des produits de luxe, alors que les préservatifs sont taxés à un taux réduit. Ainsi, les protections hygiéniques, payées par les femmes, sont fortement taxées, tandis que les préservatifs, achetés par les hommes, sont faiblement taxés. La volonté (masculine, comme de juste) de désavantager les femmes n'est-elle pas flagrante ? D’où, naturellement, le mécontentement de l’autrice de la pétition devant ce manque de cohérence des priorités du gouvernement.
Le problème, c'est que les protections hygiéniques ne peuvent pas être taxées comme des produits de luxe parce que cette taxation n'existe plus dans l'Union européenne depuis 1992. Le taux de TVA majoré, qui atteignait 33,3% entre 1970 et 1982 avant d'être progressivement abaissé, a été supprimé purement et simplement en 1992. Il n'existe aujourd'hui en France que quatre taux de TVA : le taux normal à 20% ; le taux réduit intermédiaire à 10% ; le taux réduit à 5,50% et un taux spécifique à 2,10%. C'est la raison pour laquelle les protections hygiéniques des femmes ne peuvent pas être taxées "comme des produits de luxe". Elles sont probablement taxées au taux normal de 20%.
Par ailleurs, si les préservatifs masculins, sida oblige, sont taxés à un taux réduit, la pilule, contraception féminine, est remboursée par la Sécurité sociale. Une fois de plus, il faut comparer ce qui est comparable. Il faut comparer la contraception masculine à la contraception féminine, et non des carottes à des navets. Et, en plus, la discrimination est l'inverse de ce que l'autrice indignée voudrait nous faire croire.
Nous remarquons que ces mauvais arguments s'épaulent l'un l'autre. Alia et l'autrice de la pétition font la paire. Si fumer est remboursé (Alia), alors le remboursement durera aussi longtemps que le tabagisme. Dès lors il n'y a pas de contradiction à demander que les protections hygiéniques des femmes soient remboursées pendant 40 ans si le tabagisme est remboursé pendant 40 ans. Il n'y a pas non plus de contradiction à dire que fumer est un choix à assumer financièrement. Car, ce qui n’est pas un choix, c’est d’arrêter de fumer à cause de l'addiction à la nicotine. C'est précisément pour cette raison qu'un traitement médicamenteux est souvent indispensable. Et c'est ce traitement, non les cigarettes, qui est remboursé.
Ainsi, comme nous pouvons le constater, ce ne sont pas les faits qui démontrent l'injustice, mais, inversement, c'est l’injustice qui démontre les faits. Et, quand les faits ne démontrent pas l'injustice, c'est qu'ils ont tort. Ne nous étonnons pas, après cela, que les femmes féministes soient mécontentes des faits.
