10 améliorable à l'UFR Pharma Montpellier pour lutter contre les inégalités sociales

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Alors que la pandémie monopolise une grande attention et de nombreux efforts collectifs comme individuels, nous souhaitons partager nos préoccupations à l’égard des examens du second semestre 2020.
Avant tout, nous sommes plus que jamais reconnaissants du travail titanesque fourni par nos enseignant.e.s, de leur bienveillance ainsi que de l’aménagement rapide des partiels. Cependant, nous, L2 et L3 IS avons jugé primordial et ce à majorité écrasante (61 contre 1 sur 73) d’attirer votre attention sur des conditions d’examens que nous considérons profondément inégalitaires.


Aujourd’hui la précarité étudiante est en effet creusée par la crise sanitaire et économique. Face à la faiblesse des justifications gouvernementales pour maintenir les examens, nous tenons à rappeler qu’une grande partie des métiers essentiels (caissiers, livreurs, ménage) sont occupés par des étudiant.e.s, qui se retrouvent ainsi en première ligne de la lutte contre la pandémie. Ce sont pour eux.elles des heures de travail supplémentaires puisque davantage sollicité.e.s, c’est également le stress de se savoir exposé.e et l’inquiétude d’exposer ses proches. Pour autant ces jours et nuits de travail sont indispensables lorsque sans revenus ils.elles devront choisir entre manger, payer le loyer ou acheter des masques ironiquement chers. Ici, le temps que l’étudiant.e précaire passe à travailler plus que d’ordinaire est utilisé par un.e autre étudiant.e pour réviser ses cours.


De la même façon de nombreu.x.ses étudiant.e.s se voient confinés avec leur famille dans des appartements étroits, où ils n’auront parfois aucune pièce pour s’isoler afin de réviser ou même passer les partiels, et devront assurer leur évaluation semestrielle dans le brouhaha familial ou dans leurs toilettes. A contrario, un.e autre étudiant.e aura la chance de passer l’examen dans son bureau, sa chambre ou n’importe qu’elle autre pièce de sa maison. D’autres, comme les étudiant.e.s étranger.e.s, se retrouvent isolés depuis 2 mois, sans aide financière de l’extérieur du pays. Si l’impact psychologique n’est plus à démontrer, la distanciation sociale réduit considérablement la motivation de nombre d’entre eux. Par ailleurs, bien souvent « la posture de réclamation » de l’étudiant qui mentionne sa situation le nominalise comme étant précaire et apparaît comme dégradante. Les aides informatiques de l’université sont donc loin de couvrir la totalité des problématiques rencontrées par les étudiant.e.s. Comme ont pu le montrer de nombreux témoignages d’étudiant.e.s n’ayant pas mangé depuis plusieurs jours, ou sujets à la dépression, la précarité étudiante tue.


Nous tâchons par cette mobilisation de lever le voile sur cette paupérisation encore trop invisibilisée.
Nous sommes évidemment conscients que l’UFR de pharmacie n’est en aucun cas responsable des conditions précaires alarmantes de nos pairs, c’est pourquoi par la présente nous souhaitons avant tout prévenir, informer et amorcer une discussion.
Alors que les décisions gouvernementales et institutionnelles pleuvent, nous dénonçons des conditions inégalitaires contre lesquelles l’université ne peut pas agir sans passer par la mise en place du 10 améliorable au sein de l’UFR.
Aujourd’hui si nous nous positionnons en faveur du 10 améliorable c’est pour éviter à minima l’échec des étudiant.e.s les plus précaires dont la situation s’est empirée durant le confinement, mais également car cela n’impose ni réaménagement ni annulation de partiels.
Il s’agit d’un système de notation adopté par plusieurs universités françaises (notamment La Sorbonne) qui ne considère que les notes au-dessus de la moyenne, les notes inférieures à 10 se traduiront par un enseignement dit « dispensé ».
L’avantage du 10 améliorable est qu’il maintient la possibilité d’obtenir des notes supérieures pour les étudiants.e.s qui en ont les capacités.


Le maintien des examens se trouve souvent justifié par la valeur du diplôme, or il est urgent de réviser cet argument fallacieux lorsque la priorité est à garantir l’accès aux diplômes pour tous. En effet, dans les conditions actuelles, le diplôme n’aura pas de la valeur pour les compétences académiques mais pour le nombre d’étudiant.e.s qui auront échoué.
Cette valeur indexée sur la concurrence nous paraît contestable lorsque la sélection s’avère être sociale, et repose non pas sur les connaissances acquises mais sur les conditions matérielles des étudiant.e.s. Les modalités actuelles ont beaucoup de chance d’être délétères pour certains.e.s, et promettent de renforcer les inégalités sociales contre lesquelles nous nous battons.
C’est dans la dynamique d’une mobilisation nationale solidaire contre la casse de
l’enseignement supérieur et de la recherche, et de nos conditions d’étude que nous appelons les étudiant.es, le personnel administratif et l’ensemble des enseignant.e.s chercheu.r.ses à se positionner en faveur de notre motion.
Par ce communiqué, nous présentons le refus explicite du mythe d’une université épargnée par la crise sanitaire et économique et demandons votre considération et réflexion sur des injustices sociales ancrées et pourtant invisibilisées.

 

Etudiants de la L2 et L3 Ingénierie de la Santé