Pétition fermée

Revenir sur la décision de favoriser les candidats francophones au Programme Emergence(s)

Cette pétition avait 136 signataires


La Ville de Paris ferme ses portes aux scientifiques non-francophones

Depuis 2008 la Ville de Paris propose un financement pour la création de « jeunes équipes multidisciplinaires ».  où la candidature de chercheurs revenant d’un séjour à l’étranger est fortement encouragée. Jusqu’en 2016, pour candidater à ce financement les jeunes chercheurs devaient déposer leur projet de recherche en langue anglaise, comme c’est le cas pour la plupart des grandes agences scientifiques comme l’Agence Nationale pour la Recherche (ANR) et ou Fondation pour la Recherche Médicale.

Pourtant, depuis cette année, la Ville de Paris demande aux candidats de déposer leur dossier en anglais, mais également en français.

Nous pensons que ce changement en apparence purement formel aboutira inévitablement à empêcher (ou à fortement décourager) de nombreux scientifiques non-francophones de candidater. Nous demandons à la Ville de Paris de revenir sur cette décision discriminatoire et de lever l’obligation de soumettre en français. Nous demandons également un report de la date limite de soumission (21/02/2017), afin de permettre aux candidats non-francophones qui auraient légitimement été découragés à l’idée de traduire leur dossier en français d’avoir le temps de préparer leur candidature.

Cette reforme menace la nature internationale de l’appel d’offre et est à contrecourant des pratiques actuelles du paysage français de la recherche.

Tout d’abord, il est possible de candidater aux postes de chercheur fonctionnaire INSERM ou CNRS en rédigeant son dossier écrit en anglais et en présentant son projet de recherche à l’oral en anglais. De nombreux scientifiques sont ainsi recrutés chaque année sur la base de leurs qualités scientifiques uniquement, indépendamment de leur capacité à rédiger tout un dossier en Français. De la même manière, les demandes de financement à l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) se font uniquement en anglais, les dossiers d’évaluation que les chercheurs soumettent à l’HCERES sont, eux aussi, le plus souvent rédigés uniquement en anglais.

On pourrait défendre le changement envisagé par la Mairie de Paris au motif qu’elle facilite le processus d’évaluation pour les experts français. Cependant, les experts susceptibles d’évaluer la qualité d’un dossier scientifique parlent tous anglais, même s’ils sont de langue maternelle française. En effet, un expert ne parlant pas anglais ne pourrait ni communiquer ses résultats à la communauté internationale, ni se tenir au courant des résultats obtenus par ses collègues Américains, Européens, Chinois, etc. (en d’autres termes un « expert » non-anglophone, n’en serait pas un).

On pourrait également défendre cette décision dans le but de protéger la langue française. Mais (en admettant qu’il soit moralement acceptable de protéger une langue au détriment des individus), cet argument est tout aussi faible que le précédant. Ces dossiers de candidature font en effet partie de ce que l’on appelle la littérature « grise ». C’est à dire que ce sont des textes qui ne seront lus que par un cercle très restreint d’individus et, qui de par leur nature de projets, doivent rester confidentiels. En somme, ils ne contribueront jamais au rayonnement de la langue française. Si tel avait été le but, on aurait plutôt imposer aux lauréats de produire (seuls ou en collaboration) au moins un article de vulgarisation en français à l’issue de la période de financement.

Quels que soient les bénéfices attendus de ce changement dans la procédure de candidature, ce changement aura sûrement le résultat de réduire le nombre de candidatures et d’affecter principalement les chercheuses et chercheurs non-francophones dont on n’a pourtant aucune raison de penser qu’ils soient moins méritants. Par définition, cette mesure est donc discriminatoire.

Plus généralement, ce changement envoie un mauvais signal à la communauté scientifique internationale. Il laisse penser que la ville de Paris ne cherche pas à se positionner comme un pôle d’excellence scientifique, tourné vers la recherche de pointe, qui a lieu essentiellement en anglais. Nous pensons que les chercheurs non francophones ont beaucoup à y perdre, mais qu’au delà c’est la recherche parisienne toute entière qui risque de pâtir de cette décision à contre-courant de toutes les évolutions récentes dans le monde scientifique.

Stefano Palminteri

Institut National de la Santé et de la Recherche Médical (INSERM)

École Normale Supérieure (ENS)



Stefano compte sur vous aujourd'hui

Stefano PALMINTERI a besoin de votre aide pour sa pétition “enseignants-chercheurs: Revenir sur la décision de favoriser les candidats francophones au Programme Emergence(s)”. Rejoignez Stefano et 135 signataires.