

Bonjour à tous,
Amis, collègues éleveurs, citoyens et élus de la République, l'heure est grave.
Je ne m'énerverai pas et ne me lancerai pas dans les diatribes habituelles, politiques ou tonitruantes, partisanes, car pour l'instant c'est la stupeur, la tristesse et l'effroi qui me hantent. Nos démocraties jusqu'ici imparfaites, c'est peu de le dire, sont au bord du gouffre. D'ici peu si nous, tous et chacun dans son rôle, ne nous ressaisissons pas, nous disparaîtrons dans l'inconnu.
Ainsi, ce gouvernement de la France contemporaine, feu pays des Lumières, n'a toujours pas répondu, constitutionnellement, à la question écrite parue au Journal Officiel en février 2021 et rédigée par Mr le Député Jean-Paul DUFREGNE. Pire encore, c'est toujours le cas malgré une lettre de relance adressée au Ministre concerné, celui de l'Agriculture, matière qui vous nourrit gens des villes, en juin de la même année écoulée.
Que dire ?
Que vous soyez ou pas en accord avec le fond des revendications et propositions pratiques que nous portons depuis bientôt 10 années, dans le vide, je vous apporterais un conseil, devant ce désastre démocratique. Celui de rapidement oublier vos égos, vos vanités, vos petites ambitions personnelles et déplacées, individualistes, vos querelles, vos plans de carrière ou vos intérêts financiers ou industriels, vos illusions, elles sont obsolètes. Car notre maison commune, ce que vous appelez civilisation mais qui revêt plutôt ici l'image d'une société de bipèdes consommateurs égarés, à n'en pas douter s'écroule.
Le fric, et c'est un paysan qui vous le dit, pas plus que les lingots accumulés ici ou ailleurs, ne vous sustenteront, même assaisonnés en vinaigrette, quand plus rien n'aura de sens et que, de fait et fatalement, ceux qui produisent, travaillent et assurent les rouages, dans l'hypothèse la plus favorable, baisseront les bras. Face à tant de bêtise et d'arrogance, d'imprévoyance et de malvoyance, d'absence d'humilité constructive, de non sens.
Alors, Monsieur le Président de la République actuel ou futur, avec vos différents Ministres et hautes administrations, plutôt que de nous abreuver de discours sans saveur qui n'ont plus que le sens que vous pensez leur donner, vous devriez plus simplement vous prendre par la main, traverser la rue à pied ou à bicyclette ce qui sera favorable au bilan carbone, et appliquer la verticalité du pouvoir qui semble tant vous plaire, mais pour le coup, à bon escient.
Sinon, autant revenir à l'ancien régime monarchique ou espérer que ce ne sera pas la dictature tyrannique ou la barbarie.
Pour, toujours dans cette verticalité qui tant vous sied, donner quelques ordres et consignes, à l'Agence Nationale du Médicament Vétérinaire, aux financiers de Bercy et autres administrations publiques concernées, afin que, se mettant au travail, elles modifient rapidement les règles d'attribution des autorisations de mises en marché des spécialités vétérinaires. Dont ces précieux vaccins que nos patrimoines génétiques vivants avicoles attendent depuis tant d'années, pour ceux qui restent, au grand désespoir de milliers d'éleveurs, de clubs avicoles et de familles dans la ruralité. Avec l'autorité que l'on semble vous attribuer, exiger qu'ils soient aussi prévus en conditionnements de 50 ou 100 doses, au lieu uniquement des présentations en 1.000, 10.000, 20.000 doses ou plus qui ne sont, sans parler des gaspillages, acquérables financièrement que par l'agro-industrie intensive en hyper production de la filière élevage, qu'elle soit conventionnelle ou bio-industrielle du reste. Quitte à faire dispense, auprès des industriels du médicament vétérinaire, des coûts administratifs exorbitants et impensables si caractéristiques de notre Etat dispendieux, que votre administration a le culot, l'indécence et l'irrationalité de demander pour une simple modification des AMM déjà attribuées !
Mon intuition paysanne et rurale, celle du bon sens de terrain et de l'observation des choses pratiques, m'ayant jusqu'ici rarement trahi, dans ces conditions j'en arrive même à penser que les industriels du médicament vétérinaire ne seraient peut-être pas les principaux coupables. Et qu'ils attendent simplement que notre Etat conformiste et immobile, figé et si peu créatif, leur indique la marche à suivre afin que, dans un pays bien-pensant qui ne cesse de se donner bonne conscience en votant lois sur lois pour « défendre » le bien être animal, les vaccins aviaires soient enfin produits et distribués en des conditionnements adaptés à la taille de toutes les structures d'élevage. Nous montrerions ainsi réellement l'exemple, au lieu d'en donner à bon compte au monde entier, et améliorerions notre soft-power. Dans l'aide pratique au développement et dans l'atteinte des défis environnementaux et ceux du développement durable, puisque la production et la distribution de vaccins avicoles en petits conditionnements concerne aussi les avicultures familiales et vivrières dans les pays en développement. Nous cesserions ainsi de leur expédier nos excédents en volailles congelées, favoriserions une agriculture moins productiviste assurant une viande de meilleure qualité en quantité moins industrielle et sauverions ainsi peut-être la forêt amazonienne, le poumon de la planète.
Si vous vouliez nous signifier, avec tous vos experts et technocrates bien-pensants, que nous ne serions que quantité négligeable du fait de notre « petitesse », vous et vos prédécesseurs ne pourriez pas mieux vous y prendre. Oubliez, dans ce contexte, les discours caricaturaux habituels de diabolisation d'une autre grande démocratie elle aussi bien malade, nos grands amis américains que l'on se plaît à qualifier de Grand Satan Capitaliste utile, parce que chez eux de nombreuses lois protègent et promeuvent le small business. Ici il n'y en a de plus en plus que pour les gros et les nantis, quelques familles, qui distribuent ensuite les miettes des marchés qu'avec la bénédiction de notre si vertueuse République à chaque fois ils s'accaparent.
Voila où nous en sommes, cela ne tiendra pas bien longtemps tellement c'est effectivement impensable et gravissime. Coincés entre les Gilets Jaunes, qui pourraient rapidement devenir rouges tant ils expriment de véritables questions de survie, et les délinquants en cols blancs, les affameurs, que l'on s'évertue en permanence à flatter et avantager sous les ors de la République, qui sont les pires ?
Pour le Collectif Ruralité – Vaccins Volailles, Philippe CARASSOU éleveur amateur naisseur sélectionneur en race Marans, Champion de France et Double Champion d'Aquitaine, Animateur de la Pétition Vaccins Volailles, Président du Conservatoire Avicole du Bouaou, Lot et Garonne.