Contre la mode jetable, défendons l’innovation française - Lettre ouverte au Président

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L’industrie textile est l’une des industries les plus polluantes. Elle exploite des millions de femmes, d’hommes et d’enfants à travers le monde. Mais l’industrie textile française propose aujourd’hui des solutions innovantes pour une mode plus responsable et plus engagée

Pourtant, notre modèle économique continue de favoriser les plus grosses multinationales de la mode jetable. En cette période de crise sanitaire, les entrepreneur·e·s engagé·e·s ont besoin de nous. Signons cette lettre ouverte, adressée à Emmanuel Macron, afin de débloquer un financement français et européen et d’encourager enfin la mode responsable

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Ci-dessous la lettre en intégralité :

Objet : Pour #UneModeMeilleure, soutenons financièrement les marques de mode responsables françaises

Monsieur le Président de la République, 
 
Je suis inquiète pour mon avenir et pour celui des générations futures. Les pandémies vont se multiplier. Les catastrophes climatiques aussi. Cette réalité sera la nôtre dans quelques années si nous ne changeons pas radicalement nos manières de consommer et de produire. 

J’aimerais attirer votre attention sur une industrie en particulier, qui émet environ 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre chaque année, soit davantage que le transport maritime et aérien international. Il s’agit de l’industrie textile. Le textile est le 3ème secteur consommateur d’eau dans le monde et 4% de l’eau potable disponible est utilisée pour produire nos vêtements. Pour fabriquer un t-shirt en coton, il faut l’équivalent de 70 douches. 70 douches ! 
 
Ça, c’est la triste réalité de l’industrie textile. Sans oublier la question sociale, au cœur des polémiques les plus récentes. Quand le Rana Plaza s’est effondré le 24 avril 2013 dans la banlieue de Dacca, au Bangladesh, tuant plus de 1200 personnes et blessant plus d’un millier d’ouvrier·ère·s, l’opinion publique s’est révoltée. Nous avons toutes et tous appelé les marques à plus de transparence et à cesser l’exploitation de millions de personnes.

Mais les changements ne vont pas assez vite. Des incendies se déclenchent encore aujourd’hui dans des ateliers de confection. Des milliers de travailleur·se·s du textile ont souffert, dans l’impunité la plus totale, des annulations de commandes de vêtements, parfois déjà confectionnés, lors de la pandémie. Ces femmes (en grande majorité) et ces hommes ont perdu leur emploi, se retrouvant ainsi sans protection sociale. Elles et ils risquent leur santé, voire leur vie, pour fabriquer nos vêtements. Quant aux salaires, s’ils ont augmenté, ils sont encore loin du seuil vital. L’organisation Fair Wear Foundation, qui a décomposé le coût d’un t-shirt fabriqué au Bangladesh estime que 0,6% du coût global du vêtement revient à la main d'œuvre. Sans parler des entreprises, qui encore aujourd’hui, participent - via leurs sous-traitants chinois - à l’exploitation des Ouïghour·e·s, cette minorité turcophone et musulmane persécutée par Pékin. 
 
J’ai dépeint ici un tableau très sombre, indispensable pour prendre conscience des enjeux qui nous attendent. Pourtant je reste optimiste. Car la mode se remet en question, et ce depuis déjà quelques années. Personne ne peut ignorer l’urgence climatique dans laquelle nous vivons. Et l’urgence sociale qui sévit à chaque crise, qu’elle soit sanitaire ou économique. Nous, citoyennes et citoyens, avons pris conscience de la nécessité de changer nos façons de consommer et de produire. Et ces mots résonnent avec encore plus de puissance, d’urgence et de sens aujourd’hui. 
 
Une autre mode est en train d’émerger, en France, pour répondre aux défis de demain. À Paris, les initiatives se multiplient pour faire de la ville française la capitale de la mode responsable d’ici à 2024. Une mode plus lente, à l’opposé du rythme frénétique dicté par la mode jetable, s’impose peu à peu. Ce(tte) mo(n)de là est en construction en France, alors prenons position pour ce futur, ici et maintenant !
 
Monsieur le Président de la République, si ces marques se battent quotidiennement pour sauver notre mo(n)de, nous devons les aider et les encourager. Surtout en cette période de crise, qui les fragilise. 
C’est pourquoi nous vous demandons d’investir et de militer pour un financement français - via votre plan de relance - et européen, afin de soutenir ces entreprises de mode durables
 
Il y a tant de marques dont la France peut être fière. Sur les réseaux sociaux, nous avons rassemblé les plus belles histoires d’entreprises françaises qui se mobilisent pour #UneModeMeilleure.* 
 
Lors de votre prochaine rencontre avec vos homologues du Conseil européen, les 10 et 11 décembre 2020, nous comptons sur vous pour soutenir ces entreprises et défendre des financements européens, indispensables en cette période. Car l’Union Européenne et la France doivent aider et financer les entrepreneur·e·s indépendant·e·s qui se battent pour sauver notre futur, et pour qui l’éthique n’est pas une option mais une obligation. Ces entrepreneur·e·s engagé·e·s tentent de mettre fin à l’énorme gaspillage qui gangrène l’industrie textile, adoptent une production circulaire, font preuve de transparence, améliorent leur traçabilité, réduisent leur production, innovent, inventent des nouvelles matières, des nouvelles façons de fabriquer, à la demande, pour préserver le vivant et l’environnement.
 
Monsieur le Président de la République, vous avez le pouvoir de soutenir ces entreprises engagées et innovantes, qui se battent pour changer la mode et sauver notre planète. Et votre prise de position pourrait avoir un impact considérable. La France montrerait ainsi la voie et encouragerait nos voisins européens à agir à leur tour. Alors, nous comptons sur vous ! 
 
Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre respectueuse considération,
 
Des citoyennes et citoyens engagé·e·s

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*Les marques dont la France peut être fière :

Tout d’abord, nous soutenons la fabrication française. À travers cette initiative, nous souhaitons mettre en avant nos savoir-faire français et de très belles marques qui tentent de sauver notre industrie locale, comme Admise Paris, Flair, Au Juste, MaisonCléo ou encore 1083.

Mais d’autres marques françaises s’engagent. Elles ne font, certes, pas tout fabriquer en France, mais elles participent activement à la révolution de l’industrie textile et à faire rayonner l’innovation française. Par exemple, les marques Réuni et Mister K produisent à la demande, au plus juste, et évitent ainsi le gaspillage. Inutile de préciser que leur production européenne et éthique limitent aussi la pollution et ne participent pas à l’exploitation humaine.

Nous pouvons également citer les marques qui prônent l’upcycling pour limiter leur empreinte écologique comme Gaëlle Constantini ou Les Récupérables, des marques qui utilisent des matières recyclées ou des matières premières naturelles, comme L’envers (qui fabrique des pulls en laine, réalisés entièrement en France et en Espagne).

Pour parler de la laine et des matières premières en général, des marques accordent une importance toute particulière à leur traçabilité et utilisent les matières les plus durables et éthiques possibles, comme Laines Paysannes, Kipluzet (le lin), Histon Project (le lin). D’autres marques, comme Balzac Paris, encouragent même la renaissance de la laine française à travers le projet collaboratif Tricolor.
Les matières sont un enjeu fondamental. PATiNE, par exemple, co-crée des matières exclusives à faible impact et calcule l'empreinte écologique de chacun de ses vêtements. Rappelons que « la production des matières premières représente 15% de la contribution du produit au réchauffement climatique, 30% de sa contribution à la dégradation des écosystèmes, 18% de son impact sur les ressources, et 31% de sa consommation d’eau »*. Or, pour calculer efficacement l’empreinte écologique des vêtements, les scientifiques et les organismes ont besoin de financements.

N’oublions pas non plus les marques qui se battent pour plus d’inclusivité comme Maline Bodywear, Cam&line, Make my Lemonade, Meuf Paris ou celles, comme la marque de combinaisons Septem - fabriquées au Portugal avec des fins de stocks de rouleaux de tissus, limitant ainsi le gaspillage - qui se battent pour l’empouvoirement des femmes dans une société inégalitaire et sexiste, ou encore la marque Heimstone.

La mode femme n’est pas la seule concernée par les innovations durables : nous pouvons ainsi citer la marque pour enfants Perpète, la marque pour hommes Loom, qui produit en petites quantités des vêtements durables et non jetables ou encore Asphalte, une autre marque pour hommes qui fabrique au plus juste en précommandes.

Avant de terminer, il semble important d’insister sur la notion de durabilité, une notion qui s’inscrit à contre-courant de la mode jetable. Des marques militent en ce sens, pour réparer ou encore pour penser la fin de fin de leurs produits (éco-conception), comme De Bonne Facture.

Il serait impossible de lister toutes les marques responsables françaises ici, car notre pays est riche d’initiatives pour repenser la mode, mais voici les marques citées dans le cadre du projet #UneModeMeilleure lancé sur les réseaux sociaux :
Bleu Tango, Tajine Banane, Rive Droite Paris, Nathalie Dumeix, Chaussettes Orphelines, Bertille Isabeau, Katia Sanchez, Six Soeurs, Tranzat, Collectif Fringué, Bostem, Poudre Organic, Kalyca, maRIANNE by Marie Jordane, Beige Paris, Muudana, Bomolet, Blaune, Surprise, Zèta, Coton vert, Marisa Garnier, Ector sneaker, Hopaal, Aglaïa & co, Poétique Paris, Comme un loup blanc, Nomasei, Carrousel Clothing, Jean Louis Mahe, Coeur Grenadine, Coco Frio, Albertine, Saola Shoes, Isaia Paris, Auria Paris, Andarta, Patrimoine, Tziganette, Quintessence, YUJ Yoga, SONGE Lab, Thelma Rose, Tantôt, Elise Chalmin, Bhallot, Les Trois Tricoteurs, Bihotz, Pitumarka, Je ne sais quoi, Les Jupons de Louison, N’GO, Côme Éditions, Coralie Marabelle, Douze Paris, Maison Flore, Himalayan Made, Tissuni, Splice, Rosaé Paris, Estampille, Pourprées, Petites Culottées, Moodz, Iduun Watches, Bilum, Maison Artaner Paris, Comète Paris, Bag Affair, CARDO Paris, DEAR DIDI, CLAPOTI, La Mouche Poulette, Phi 1.618, Dalangeac … et encore bien d’autres. Notre pays regorge d’entreprises de mode responsables !

*« Mode responsable : le guide pour agir » de Deloitte Développement Durable

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Premier·ère·s signataires :

Nayla Ajaltouni, déléguée générale du Collectif Ethique sur l’étiquette
Victoria Arias, autrice et créatrice du blog Mango & Salt
Bertille Beneteau, créatrice de la marque Bertille Isabeau
Déborah Berger, fondatrice d’Amédée Paris
Olivia Bertrand, co-fondatrice de la marque éthique et poétique Laines Paysannes
Maëva Bessis, Directrice Générale LA CASERNE
Laure Betsch, CEO de Fairly Made
Eva Bromberg, fondatrice de Keur Paris
Laurie Cazaux, fondatrice d’Atelier Aliénor
Chloé Cohen, journaliste et créatrice du podcast Nouveau Modèle
Coline, créatrice de contenus feelgood et engagés
Gaëlle Constantini, créatrice de la marque de vêtements responsables Gaëlle Constantini
Antoine Coulaud, co-fondateur de WeDressFair
Marie Courroy, fondatrice de Modetrotter
Claire Dartigues, créatrice de mode, artiste et entrepreneuse
Anaïs Dautais Warmel, fondatrice de la marque Les Récupérables
Gwendoline Dessi, fondatrice de la marque de maillots de bain Coco Frio
Charlotte Dereux, fondatrice de PATiNE
Marie Dewet, fondatrice et directrice artistique de MaisonCléo
Virginie Ducatillon, fondatrice d’Adapta
Fanny, fondatrice de la page Instagram The Greenismalist
Julia Faure, co-fondatrice de Loom
Marisa Garnier, créatrice de mode
Chrysoline de Gastines, co-créatrice de Balzac Paris 
Valentine Gauthier, créatrice et présidente de la marque Valentine Gauthier
Laura Gauthier Petit, créatrice de Fête Impériale 
Mathilde Gindre, co-fondatrice de Salut Beauté
Asmae Hamouti, blogueuse professionnelle
Elis Janoville, créatrice de Panapaná lovewear 
Aurélie Jansem, co-fondatrice Rive Droite Paris, une marque française de sacs 100% éco-conçus & éthiques, pour les tribus urbaines
Violaine Lablancherie, co-fondatrice de la marque au Juste 
Beryl de Labouchere, fondatrice de Tilli, votre service de couturiers
Sophie Lagarrigue, fondatrice de Bonnefamilles Paris
Samia Larouiche, fondatrice de ww.wa-off.com 
Zoé Leboucher, fondatrice de la marque Admise Paris
Arielle Levy Verry, Fondatrice du label Une autre mode est possible
Léa Marcq, fondatrice du magazine mode responsable The Alleah
Kitesy Martin, créatrice de la marque de bijoux upcyclés Kitesy Martin
Eloïse Moigno, co-fondatrice de SloWeAre, le label de confiance de la mode éco-responsable
Anne Montecer, créatrice du blog Le Dressing Idéal 
Claire Mougenot, fondatrice de Luz Collections, marque de sport engagée depuis 2011
Marion Nerguisian, fondatrice de la marque Atelier Gasparine et de l’atelier de confection Atelier Masla
Sarah Nimir, co-fondatrice de Salut Beauté
Marie Nguyen, co-fondatrice de WeDressFair
Lola Pacchioni, fondatrice d’IKA Paris
Amélie Pichard, créatrice de la marque éponyme
Hermine Sacau, créatrice et fondatrice de la marque Douze Paris 
Katia Sanchez, créatrice de Katia Sanchez
Céline Séris, autrice et créatrice pour le média Iznowgood
Alexandra Thiltgès, fondatrice Anja Paris
Mélody Thomas, journaliste mode
Jessica Troisfontaine, fondatrice de la marque Septem
Élodie Webanck, créatrice de la marque de mode SANDBÉ