Douleurs chroniques : pour des antalgiques codéinés en vente libre interdits aux mineurs

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Suite à la recrudescence de détournements des médicaments codéinés en vente libre par de nombreux adolescents, phénomène dont tout le monde a entendu parler bien qu'il n'ait rien de nouveau ; suite à des overdoses et deux décès, dont celui de cette jeune fille - qu'elle repose en paix et mes condoléances à sa famille (http://www.leparisien.fr/societe/apres-l-overdose-a-la-codeine-de-sa-fille-christelle-lutte-pour-savoir-pourquoi-elle-est-decedee-09-06-2017-7032219.php -, décès dont les circonstances me semblent toujours peu claires car le nom des médicaments responsables varient, en tout cas il semble bien y en avoir un sur les trois déjà uniquement disponible sur ordonnance, à savoir le Tramadol. Bref, suite à tout cela, le Ministère de la santé a pris un arrêté brutal le 12 juillet dernier aboutissant à ceci :
http://ansm.sante.fr/S-informer/Actualite/L-ANSM-publie-la-liste-des-medicaments-contenant-de-la-codeine-du-dextromethorphane-de-l-ethylmorphine-ou-de-la-noscapine-desormais-disponibles-uniquement-sur-ordonnance-Point-d-Information

Il y a beaucoup de choses à dire. Premier volet, qui me concerne, ainsi que les personnes qui ont des migraines, et les personnes qui ont des douleurs chroniques, ou des douleurs dentaires. Je souligne en fonction de ce que je vis et de ce que j'ai lu sous les divers articles :
- la difficulté de faire entendre la douleur (par exemple, de nombreux dentistes ne mesurent pas combien leurs interventions peuvent avoir des suites douloureuses et vous sortez avec le conseil "si vraiment vous avez mal, prenez un Ibuprofène");
- le manque de temps ou d'argent pour certains d'une consultation juste pour une prescription d'antalgiques pour des céphalées ou des règles douloureuses (ce qui peut être aussi compliqué à faire entendre, hélas); d'un autre point de vue, les généralistes sont déjà surchargés... (deux et demi d'attente en moyenne chez la mienne lors de ses permanences);

- on peut donc supposer des demandes en plus aux urgences déjà saturées selon le délai d'attente d'un RV chez le médecin habilité. Urgences ô combien surchargées et manquant de moyen, faut-il le préciser.

Je n'ai pas d'enfant, alors sur la question de sirops je ne peux pas m'exprimer mais vous invite à le faire si cette mesure st problématique pour vous.

Je vais maintenant parler de mon cas personnel, suivant le conseil de la plate-forme, et certains s'y retrouveront peut-être.
Syndrôme de Sadam + névralgies du trijumeau + migraines chroniques + graves problèmes dentaires. Associés à d'autres problèmes de santé qui font que mon corps, usé, supporte très peu de médicaments. A titre d'exemple, j'ai voulu soulager une douleur dentaire à l'Ibuprofène - n'ayant plus de Codoliprane - en attendant de pouvoir me rendre aux urgences dentaires, cela m'a démoli l'oesophage, je suis maintenant en train de me traiter au Mopral. Concernant la migraine, j'ai un médicament adapté (Almogran) - prescrit par le Centre de la Douleur de ma ville où je suis suivie par un neurologue - que je ne peux prendre que toutes les 12 heures : or il ne couvre pas 12 heures de douleurs. J'avais l'habitude d'être soulagée par un Codoliprane entre les prises. Mais, cela signifie pas mal en nombre de boîtes par mois je le crains, selon l'intensité et la répétition des migraines (variable, imprévisible); je n'ai pas encore calculé, mais je pense qu'aucun médecin ne me prescrira ça, pour des questions de supposée dépendance. Or il n'y a aucun autre antidouleur (merci pour le retrait du Di-Antalvic du marché, vu que le Topalgic me fait vomir...) qui fonctionne là-dessus. Par ailleurs, je n'ai jamais pris plus de 4 Codolipranes par 24h et absolument pas tous les jours, n'ai jamais fait n'importe quoi avec. Je ne conçois même pas l'usage récréatif, vu que chez moi il ramène juste la douleur à un niveau humainement supportable.
Alors pour des cas comme ça, pour ce qui va encore reléguer les douloureux chroniques à leur effroyable solitude, à qui on va prescrire du Doliprane, ce qui leur fera l'effet d'un bonbon, vous proposez quoi, Mme Buzyn? Y a-t-il des études de faites là-dessus? En dehors des ados et de ces fameux Purple Drank, sait-on qui consommait ces médicaments antalgiques codéinés et pourquoi? Quelqu'un a-t-il montré auparavant un intérêt envers ces gens-là, cherché à les aider, à les soulager?
Non, bien sûr.

- Deuxième volet : le problème de détournement en lui-même. On est donc bien d'accord pour dire que des adolescents se droguent avec des médicaments à la codéine? Ils sont donc dépendants, et comment vont-ils vivre ce sevrage brutal? Quel accompagnement est prévu? Quelle prévention? D'autres détournements vont vite suivre, car tout cela est prévisible Mme la Ministre, et dans quelques temps vous allez devoir prendre un ou plusieurs autres arrêtés. Enfin, selon si la famille mobilise du monde par une pétition ou qu'il s'agit d'un héroïnomane qu'on retrouve dans le caniveau suite non pas cette fois-ci à une overdose de Néocodion dont tout le monde se moquait royalement, mais à un manque, nous piouvon snoter que l'approche n'est vraiment pas la même.
Je pointe donc là sans aucune gêne une discrimination de classe sociale.

En résumé, il me semble que cette décision est arbitraire et extrêmement brutal. Il y a de nombreux autres aspects dont d'autres parleront mieux que moi.

Je ne suis pas du tout satisfaite d'avoir à écrire ce texte. Je pense qu'il rencontrera peu d'échos, je suis personnellement détruite actuellement par une multitude de douleurs, mais pourtant je prends le temps de le faire. Ces décisions prises sous le coup de l'émotion et lésant tant d'autres patients me paraissent trop graves, elles témoignent par ailleurs de la méconnaissance de la douleur chronique, des difficultés de l'accès aux soins, de ce qui fait que les gens ont recours à l'auto-médication.

On se trompe totalement de débat.

Mais, si cette décision pouvait être revue, il y aurait peut-être moins de personnes sujettes aux douleurs chroniques et ayant traversé autant de parcours du combattant afin de se faire entendre - ce qui ne garantit en aucun cas d'être compris ou aidé, du reste - qui penseraient au suicide ou à l'euthanasie. J'ai bien écrit Mme Buzyn les mots suivants : suicide, euthanasie. Votre décision peut sauver des ados, et tuer des douloureux chroniques en errance depuis 20 ans pour avoir en serait-ce qu'un diagnostic, se réveillant avec des souffrances atroces et mettant toute leur énergie à tenir une journée de plus.

Je crois que cela mérite réflexion. Concertation. Pas une décision brutale, comme ça. Je fais une pétition, oui, absolument pour qu'on n'agisse pas suite à l'émotion d'une pétition.C'est paradoxal, mais il n'y a pas d'autre moyen pour moi de me faire entendre. Si je suis la seule, si personne ne signe, n'appuie, ne témoigne, eh bien, je me remettrai en question, aucun souci pour cela. J'ai peut-être totalement tort sur certains points, mais pas sur le fait que beaucoup de problèmes de santé comme de personnes qui les subissent n'ont pas été prises en compte dans cette décision.

J'ajoute une chose ; mon texte aurait été approuvé, j'en suis sûre, par quatre de mes amies, dont trois sont décédées d'overdose de médicaments soit prescrits, soit achetés sur le net, mélangés à d'autres en vente libre que tout le monde considère comme innoffensifs. Le problème, Mme Buzyn, n'est pas l'arme (je suis contre les armes, je le précise) : c'est la main qui tient l'arme.Pourquoi? Quelle détresse dans la tête de celui ou celle qui veut presser le détente? Vous connaissez le taux de suicide chez les jeunes, Mme Buzyn, alors ne pensez-vous pas que c'est là qu'il faut agir? Que la drogue, comme l'alcool, comme les troubles alimentaires (etc) ne sont que le symptôme d'un profond mal-être? Où est la prévention où sont les structures d'accueil pour cela, qu'il s'agisse d'adolescents ou d'adultes? Je vous le demande.

Mais je vous demande surtout de penser aux personnes douloureuses chroniques dont la souffrance est déjà si infinie.



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