Pour combler une page blanche sur l'oubli


UN DEVOIR DE MEMOIRE : Une très nombreuse assistance se pressait, samedi après-midi, aux obsèques de Marcel DURAND, âgé de 54 ans, décédé brusquement, à Vichy, où il était allé se soigner, le surlendemain de son arrivé en cette ville ("l'Intérêt Choletais" le 21.06.1952). En quoi cette personnalité s’est-elle distinguée ? Engagé volontaire dans les blindés, pour la durée des hostilités dans la grande guerre, il était parti sur le front en décembre 1916 et ne revint au pays qu'après la démobilisation de 1919. C’est comme clerc de notaire, puis employé de Mairie que « Marcel » Louis DURAND démarre sa carrière. A l’âge de 32 ans, il est nommé économe des Hospices de la ville de Cholet. Sur un courrier de Mr TRIOLET "Directeur Régional de la Santé et de l'Assistance" à Monsieur le Préfet - 3ème DIVISION - 3ème Bureau, on relève : "Normalement, l'Hôpital-Hospice de Cholet devrait être doté d'un Directeur et d'un Econome; et il y a lieu de penser que si ces deux fonctionnaires étaient nommés, M.DURAND serait promu Directeur puisqu'il assure effectivement la direction de l'Etablissement en même temps que le secrétariat et l'Economat depuis le 1er Décembre 1930" Sur un document adressé au Secrétariat d'Etat à la Santé en date du 18 décembre 1944, proposition de nomination à l'emploi de Directeur, on le présente d'une "excellente moralité"; on relève également : "toujours exemplaire tant dans l'exercice de ses fonctions que dans sa vie privée"; "A dirigé l'Hôpital Hospice de Cholet avec beaucoup de compétence et à la complète satisfaction du public". Demande qui recevra l'aval de Mr l'inspecteur des services d'assistance en date du 13 janvier 1945, ainsi que celui du Directeur Régional de la Santé et de L'Assistance, le 6 février 1945 : ..."assure ses fonctions de façon très satisfaisante - Avis favorable à son inscription sur la liste ministérielle d'aptitude aux fonctions de Directeur d'Etablissement de 200 à 350 lits et à son maintien à la Direction de l'Hôpital Hospice de Cholet". Avis favorable du Préfet d'Angers en date du 19 Mars 1945; Bon gestionnaire à la personnalité discrète, il est ainsi promu directeur-économe de l’hôpital, rue Tournerit à Cholet en 1945, après avoir géré l’établissement au simple grade d’économe (pas de directeur en titre à cette époque), durant toute la période difficile de l’occupation allemande. Scarlett MARTIN, Présidente de la société savante de Cholet (SLA), auteur de deux ouvrages sur les "Années noires 1939-45", rapporte parmi d'autres résistants, que Pierre GRADOR recherché depuis plusieurs mois, sera ainsi accueilli à l’hôpital avec son armement entre le 25 et le 30 août 1944. Le SAS Gilbert CARRE, blessé, sera transféré de l'hôpital de Mauléon, vers celui de Cholet. Le 31 août 1944, il y était encore.... Un document du 26 janvier 1951 signé de deux responsables de "Libération Nord" certifie et conclut que le Dr LANGERON "a camouflé de nombreux maquisards et réfractaires dans sa clinique, au mépris du danger et avec le plus grand dévouement". Le Directeur de l'hôpital, cooptant ces actions, en portait administrativement toute la responsabilité ! Comme l’écrit Xavier MAUDET dans un article du Courrier de l’ouest du 15.07.2017 : « Avec le docteur LANGERON dont on salue depuis des décennies les actes héroïques, Marcel DURAND prenait des décisions parfois audacieuses. Ils s’emploieront ainsi à faire cohabiter dans l’hôpital les soldats allemands malades ou blessés, les choletais, les réfugiés, mais aussi des membres de la résistance ». Le Maire de Cholet, Marie Joseph « Alphonse » DARMAILLACQ, suivant un document conservé aux Archives Nationale de Fontainebleau, lui rend hommage en ces termes : « Pendant l’occupation ennemie, Monsieur DURAND a toujours eu une attitude d’excellent Français. Par sa fermeté dans la discussion il a pu éviter, à plusieurs reprises et parfois au risque de compromettre sa liberté, la réquisition totale de l’établissement au profit de l’autorité allemande ». Suivant les confidences de son épouses entre 1965 et 1994 : Dans la limite de leurs possibilités, le couple DURAND, comme beaucoup d’autres familles encore aujourd’hui méconnues, sera amené à tenter de protéger quelques Israélites. Notamment l'interprète du CCI de Cholet, Siegfried DE WIJZE, sera maintenu de nombreux mois hospitalisé (Evitant ainsi à plusieurs reprises son arrestation). Sont-dits avoir été également cachées transitoirement armes et personnes. Exemple : Silo DE WIJZE, frère aîné du précédent jamais connu d'aucune archive locale, ni cité par aucun auteur sur Cholet ! « Serviteur discret » : Il dactylographiait, ses notes de toutes les émissions de Radio-Londres. Les feuillets étaient ensuite récupérés régulièrement et transmis par une femme au patronyme se terminant en REAU, idem BANCHEREAU. Marcel DURAND en cette période aux restrictions alimentaires, allait lui-même à bicyclette, de ferme en ferme, négocier des produits de survie pour l’hôpital. Sa fille Claudine ajoute : "Avec l'ambulancier, nous reviendrons de Villiers-au-Bouin 37, ambulance pleine de pommes, afin d'approvisionner les cuisines de l'hôpital (Ce jour-là, j'y étais, à l'avant, calée entre le chauffeur et notre père) ! Sur une appréciation de Mr le Directeur Départemental de la Santé (Notes annuelles pour 1949); on relève entre autres : "Directeur consciencieux, travailleur, s'est efforcé d'améliorer l'alimentation des malades et l'équipent technique de son établissement." L'auteur de "1939-1945 Au jour le jour" (édit : 2010), au 28.03.2018 ajoute avoir recueilli des témoignages complémentaires au sujet de l'activité à l'hospice : - Des enfants de réfugiés, dont un des parents était provisoirement hospitalisé, seront pris en charge à l'orphelinat de l'hôpital; - A l'automne 1944 et jusqu'au printemps 1945, devra être mis à disposition, au sein de l'hôpital, un bâtiment destiné aux internés du Centre de rétention administratif (Choletais suspectés de collaboration); les malades y seront soignés; - L'espace est à un moment insuffisant, « la maison de convalescence du Docteur COUBART, au "Bois-Grolleau" », sera transformée provisoirement en maternité pour réfugiés ; la maternité de l’hôpital ne pouvant répondre à l’afflux des accouchements, ajoute-elle ! Au sortir de la guerre, dans cet établissement aux besoins croissants, toujours dans sa double fonction de directeur et d’économe, face à de nouvelles difficultés propres à tous les chefs d’établissements hospitaliers en France à l’époque : « d’une part, suivant les directives ministérielles : les Religieuses bénévoles, devaient être remplacées par des personnels hospitaliers non confessionnels; d’autre part les chefs de services et médecins, exprimaient des demandes de plus en plus pressantes en renouvellement d’équipement ». Après l'occupation, dans ce surcroît d’activité, lui en particulier, pris dans sa double charge de directeur et d’économe, atteint d'urémie, isolé dans un hôtel, aurait mis fin à ses souffrances dès le soir de son arrivée à Vichy (version la plus simpliste). En ce lieu chargé d’histoire, où le docteur LANGERON l’avait envoyé faire une cure. A l’annonce de cette dramatique nouvelle, son chef de service n'arrivant pas à contenir sa peine; sachant parfaitement de quoi il en était, confiera à Germaine TREPAGNE, l'épouse du défunt : « ...sa maladie n'était sans doute pas étrangère au fait de ses engagements et de tout ce dont à quoi il a dû faire face pendant la guerre, comme responsable de la gestion de l'hôpital, en ses multifonctions et "les moyens du bord"... ». Pourtant, comme si la censure du régime avait encore cours en 1952, aucune archive de presse sur Vichy même, n'a pu être retrouvée au sujet de ce drame. Sur Cholet on relève cette année là : "Nous avons été consterné par cette nouvelle, nous disait hier soir, l'un des administrateurs de l'hôpital, et nous perdons en lui, en même temps qu'un ami, dévoué, un directeur avisé..." Désormais, deux personnes distinctes occuperont ses fonctions, à temps plein, en cet hôpital de Cholet : Un directeur, plus un économe ! Une chape de plomb s’abattant sur cette famille, gommera pendant 65 ans, Marcel DURAND de l’histoire locale. Comme le précisera le chef d’établissement thermal, bien conscient en l'énonçant, que cela n’aurait pas pour fonction à consoler, ni son épouse, ni sa filiation : « il sera le dixième directeur hospitalier à disparaître tragiquement dans ces conditions, en cette période de 1949 à 1952 ». En conséquence, un hommage mémoriel à Marcel Louis DURAND, au niveau local, apparaît dès lors assez naturel, comme représentant civil de bonne volonté, qui dans l'exercice de ses fonctions s'est particulièrement dévoués pour la collectivité (dévouement citoyen et esprit de "Résistance, pour le moins civile"). Est suggéré à Monsieur le Maire, parmi d'autres hypothèses non exclues : "une plaque commémorative dans la cour jouxtant le quartier St Louis" (Au niveau des anciens bureaux administratifs de l'hôpital). Le 14.04.2018 Jean-Claude MICHON Confidences de son épouse : https://www.geneanet.org/media/public/confidences-germaine-trepagne-1965-1994-12061480 Témoignage poignant de Claudine DURAND, sa fille aînée https://www.geneanet.org/media/public/pourquoi-papa-10397103 Presse locale, Courrier de l'ouest Cholet du 15.07.2017, page 6 http://www.geneanet.org/media/public/marcel-durand-serviteur-discret-de-la-resistance-9255365 Collection LANGERON Cholet : Preuve que Pierre GRADOR a bien été hébergé en 1944, chez René TROUNIER en la caserne Tharreau, ainsi qu'en la demeure du Docteur LANGERON, rue Bretonnaise à Cholet : https://twitter.com/i/moments/984341151410020352 Certificat de deux responsables de "Libération-Nord en 1951" au sujet de maquisards et réfractaire camouflés : https://www.geneanet.org/media/public/certificat-26-01-1951-signe-lestivetz-11916695 "1940-1945 DES ANGEVINS EN RESISTANCE" Définition, évolution du concept : https://plus.google.com/u/0/+JeanClaudeMICHON/posts/bPaQNhBbS6w https://www.geneanet.org/media/public/1940-1945-des-angevins-en-resistance-p-28-et-89-11992647