
Le rapport de la Commission d'enquête du Sénat est en cours de rédaction. À ce jour, plusieurs documents sollicités par des parlementaires du Sénat et de l'Assemblée nationale n'ont toujours pas été fournis.
La Haute assemblée est en outre susceptible de saisir la justice pour les témoignages mensongers rendus, sous serment, devant sa Commission. Elle n'exclut d'ailleurs pas de procéder à de nouvelles auditions.
Les préfets Patrick Strzoda, Alexis Kohler, le général Éric Bio-Farina et Alexandre Benalla, notamment, comme ils l'ont parfois eux-mêmes insinué en évoquant une "autorisation présidentielle" (qui n'aurait aucun fondement juridique), s'étaient réfugiés derrière l'opacité imposée en haut lieu, et avaient ainsi affirmé le caractère définitivement impénétrable du secret élyséen. Las, la couverture présidentielle n'a aucunement eu le pouvoir d'occulter l'inévitable contradiction entre les différents acteurs.
Le Sénat pourrait donc poursuivre ces parjures en justice. La condamnation récente d'un témoignage fallacieux devant le Sénat (c'est-à-dire de ce qui constitue un délit), de l'avis de plusieurs commentateurs, fait date. A défaut de mettre en cause le mandat du Président de la République, une condamnation de ses collaborateurs proches n'en constituerait pas moins le signal positif qu'en France, l'immunité présidentielle n'est pas absolue, et qu'elle ne réussit pas toujours à supplanter le droit - en attendant une destitution, qui, de notre conviction commune, est nécessaire.
Plus le temps passe, et plus l'étau se resserre autour d'Emmanuel Macron. Son propre entourage risque d'être las d'avoir à assumer ses dérives. Déjà, en inaugurant la longue série des auditions, Gérard Collomb avait fait une piètre prestation en pointant sans cesse la responsabilité de la Présidence de la République, lorsque désigner les seules administrations paraissait par trop malhonnête. Revendiquant aujourd'hui une certaine émancipation, le maire de Lyon cache mal la frustation d'avoir eu à répondre de dysfonctionnements si graves qu'ils outrepassaient même le champ de son Ministère.
Alexandre Benalla lui-même semble désormais renvoyer vers la responsabilité de l'Élysée. S'il demeure impossible de dire exactement ce qu'étaient ces fonctions au sein de la Présidence de la République, on sait, grâce à lui, que c'est cette dernière qui s'occupe d'effacer les SMS du téléphone professionnel de l'ex-adjoint au chef de cabinet, et de modifier certains codes afin d'en rendre des fonctionnalités inaccessibles aux enquêteurs.
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