Des milliards pour les lycées et tous les services publics

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Le problème

                                      Des milliards pour les lycées et tous les services publics

                                                          Créer un Fonds d’avance à 0% 

Les revendications des lycéen.ne.s et étudiant.e.s sont légitimes :  elles et ils demandent respect, démocratie et de bonnes conditions d’études. Mais, surtout, répondre à leurs revendications demande de rompre le tabou sur les moyens financiers nécessaires. 

La répression révoltante doit cesser et de vraies discussions s’engager. Il faut sortir par le haut de la situation actuelle et non en saturant l’espace politique par la question des violences.

Nous, syndicalistes et économistes, voulons, par cet appel ouvert à la signature de toutes et tous, appuyer le mouvement, conforter et élargir les convergences qui se sont engagées et formuler des propositions qui nous semblent essentielles, à l’appui des revendications. C’est la priorité immédiate. Mais, plus profondément, la jeunesse interpelle notre société sur son sens et sur sa relation au travail. Nous nous opposons à ceux qui ne lui offrent comme perspective que concurrence accrue, guerre, aliénation capitaliste et un vide existentiel. Nous appelons à entendre son aspiration à des valeurs de coopération, d’apport à la société, de paix, d’internationalisme, d’écologie et son aspiration à une autre relation entre travail, vie sociale et vie personnelle. Elle rencontre des exigences de toute la société.

C'est pourquoi il faudrait que l'expérience humaine du mouvement de la jeunesse se prolonge par une expérience démocratique de construction collective d'un nouveau projet non seulement pour le système éducatif mais aussi pour le travail, les services publics et les entreprises et, au-delà, pour toute la société. 

Ce qui fait mal à notre jeunesse, c’est le budget austéritaire sous pression des marchés financiers et de leur taux d’intérêt (77 Md€ d’intérêts leur seront versés cette année), un budget vampirisé par le grand capital et les ultra-riches. Il fait mal à tout le pays parce qu’il fait mal à la jeunesse, parce qu’il fait mal aux services publics, parce qu’il méprise la transition écologique.

Il faut empêcher le gouvernement de supprimer 1588 postes en 2027. Mais surtout il faut immédiatement des dépenses publiques nouvelles. C’est-à-dire : plus de dépenses, mais bien plus dédiées aux services publics et à l’emploi, financées autrement que par les marchés financiers et sans déshabiller Pierre pour habiller Paul, car l’ampleur des dépenses nécessaires est très importante. Il faut traiter ensemble les différents services publics pour que la réponse soit à la hauteur des besoins et de la gravité de la situation économique, sociale et humaine de notre pays.

Pour cela mobilisons les atouts du pays :

-            Nous demandons la création d’un Fonds d’avance à 0% pour les services publics (prêtant à 0% à l’Etat et aux collectivités locales), financé par le pôle public bancaire existant (dont la Caisse des dépôts et la Banque postale).

-            Ce Fonds financerait

                            - la nécessaire rénovation des bâtiments et des équipements, tenant compte notamment du changement climatique

                            - les pré-recrutements et embauches d’enseignants et autres personnels dans les lycées, 

                            - les dotations de l’enseignement supérieur (pour recruter des enseignants-chercheurs et pour les bâtiments) indispensables pour supprimer vraiment Parcoursup et garantir à tou.te.s les bachelier.e.s un accès à l’enseignement supérieur dans la discipline souhaitée

                             - l’amélioration substantielle et l’extension de l’APL, des bourses et de l’aide sociale, tant pour les lycéen.ne.s que pour les étudiant.e.s (CROUS : cités universitaires, restau U, …)

                             - l’abrogation du plan instaurant des frais d’inscription différenciés pour les étudiants étrangers

-            Il faut urgemment :

                            - revenir sur la réforme Blanquer du lycée, qui participe aux emplois du temps intenables, au stress lié au contrôle continu pour le Bac, qui a supprimé le groupe classe, a diminué le socle commun à tous les lycéens, réduit les horaires et années d’étude, délégitimé le baccalauréat en lien avec Parcoursup, rétablir le Bac comme diplôme et examen national égalitaire et en finir avec Parcoursup suite logique de la réforme du lycée et du bac, outil de gestion de la pénurie de places dans l’enseignement supérieur, chercher à tirer tous les lycéens vers un haut niveau de savoir au lieu d’organiser le tri social.

                              - Remettre à plat la démocratie lycéenne pour permettre vraiment aux lycéen.ne.s d’intervenir dans les décisions

Au-delà, ce sont tous les services publics, de l’éducation à l’hôpital, des transports à la sécurité civile (pompiers) en passant par la justice, la recherche, l’énergie, l’entretien des forêts, etc. qui ont besoin de moyens, avant tout d’emploi et de formation, mais aussi d’équipements et de bâtiments pour accompagner les missions.

-            Doté de 100 Md€ et avec une gouvernance démocratique, ce Fonds permettrait d’engager un grand moment de démocratie et de concertation inédit pour l’ensemble des services publics, depuis le terrain : chiffrage par tous les intéressés des besoins ; dialogue des intéressés (usagers et agents) et de leurs représentants avec les élus de la Nation, nationaux et territoriaux, sur les choix de dépenses et la mise en œuvre concrète des mesures

Ces moyens peuvent être mobilisés au plus vite : l’austérité n’est pas une fatalité !  L’austérité construit un chemin pour l‘extrême-droite, comme toute notre histoire l’a montré. 

Au contraire, c’est toujours en développant le pays, par des dépenses nouvelles, que l’on a avalé la dette et qu’on s’est libéré du poids qu’elle fait peser sur la société. Ce fut le cas à la Libération, après 1944. Ces dépenses créent aussi des recettes, des emplois et développent le potentiel de notre société pour une croissance saine et utile demain. 

Dans le même temps, en s’appuyant sur la dynamique enclenchée par ces dépenses et pour la renforcer, une réforme de la fiscalité et une révision des dépenses d'aides aux entreprises doivent être engagées. De même, le stock de dette passée doit être repris par la BCE, pour alléger la charge des intérêts qui pèse dessus.

La clé, et là se situe la nouveauté portée par la grande lucidité du mouvement social, est de faire en sorte que ces dépenses aillent là où il faut : services publics, emploi et formation. L’enjeu du moment est que ce mouvement social porte, construise et parvienne à imposer des propositions précises, réalisables, conjuguant exigences sociales, moyens financiers et démocratie. C’est cela qui peut changer la donne.

 

Signataires – Initiateurs de l’Appel

- Frédéric Boccara, économiste, membre honoraire du CESE, enseignant à l’université Paris-Dauphine-PSL

- Thalia Denape, professeur de sciences économiques et sociales en lycée

- Denis Durand, économiste, Directeur de la revue Economie & Politique

- Barbara Filhol, secrétaire générale fédération CGT Santé et action sociale 

- Benoît Garcia, secrétaire général fédération CGT des Finances

- David Gobé, secrétaire fédéral international, fédération CGT des cheminots

- Ophélie Labelle, secrétaire nationale fédération CGT Santé et action sociale 

- Benoît Teste, ancien secrétaire général de la FSU

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