Des arts numériques au Métavers, sur la disparition du DICRéAM


Des arts numériques au Métavers, sur la disparition du DICRéAM
Le problème
Le DICRéAM était une commission regroupant différentes disciplines artistiques présentes au ministère de la Culture afin de financer les projets en art numérique. Elle a été remplacée en septembre, par un nouveau dispositif dirigé par le musicien Jean-Michel Jarre dédié à la création immersive et au Métavers.
Cette décision prise sans concertation et annoncée de façon brutale suscite plus qu’un émoi chez de nombreux.euses artistes et protagonistes du champ des arts numériques. Celle-ci doit à tout le moins être être discutée, critiquée, amendée et nous l’espérons modifiée. L’apparition de cette nouvelle structure se fait au mépris et en l’absence de consultation des professionnel.le.s qui œuvrent dans le champ des arts numériques depuis des décennies. Tout se passe, comme si les décisions étaient prises du haut de la pyramide dans la précipitation, sans expertise, sans analyse des besoins en dépit de l’expérience accumulée par les principaux acteurs.
Au-delà de ce déni de démocratie et de son caractère arbitraire, il faut souligner que ce dispositif se veut hégémonique obligeant les artistes à réaliser des œuvres spectaculaires et immersives dont la forme suprême serait le Métavers. Le pouvoir politique nous dicte alors ce que nous devons faire et exclut d’autres approches, en particulier celles qui déconstruisent cette conception simplificatrice des technologies. Le Métavers est loin d’être la seule possibilité de l’art numérique ou la plus justifiée d’un point de vue artistique, économique et stratégique. En effet, la volonté de créer un univers virtuel interconnecté est un serpent de mer vieux de 40 ans qui a été exhumé en 2021 par Mark Zuckerberg. Nous sommes consterné.e.s par le déficit critique d’une telle décision qui contribuera à appauvrir la recherche et le développement en arts numériques alors même que la création française dans ce champ est reconnue et se distingue. Nous sommes attristé.e.s de voir la politique culturelle française inféodée aux idéologies d’un chef d’entreprise états-unien et celle-ci de reprendre sans distance ses éléments de langages, et se plier à ses intérêts stratégiques.
La lecture des orientations de cette commission ne laisse planer aucun doute : l’expérimental (entendez l’art) est noyé dans l’industrie culturelle dont le critère est la billetterie au détriment de critères qualitatifs. C’est comme si le CNC exigeait que le cinéma français soit le décalque de la série des Avengers, perdant ainsi toute ambition artistique. Si on envisage une création de type industrie, le budget alloué à cette commission est parfaitement ridicule. Si on envisage une création de type artistique, la remise en cause de la liberté de création est inacceptable.
Nous ne nions pas le fait que la culture peut et doit être attractive et accessible à tout à chacun.e. Mais nous ne pensons pas que le chemin que vous adoptez soit le meilleur pour constituer une culture et un bien commun. Donner les clés d’appréhension d’univers complexes nous semble plus pertinent que de tout niveler à un état d’accessibilité spectaculaire qui repose sur un postulat de non-compréhension des publics. Si l’État avait adopté cette manière de faire durant les siècles passés, nos grand.e.s peintres, écrivain.e.s, musicien.ne.s, dramaturges, cinéastes, ceux et celles qui font aujourd’hui notre histoire, auraient été empêché.e.s de créer. Ni plus ni moins. Il faut parfois du temps pour comprendre ce que font les artistes.
Les industries culturelles ne peuvent devenir le seul modèle de la création artistique. L’État n’a pas à soutenir des activités économiques déjà rentables ou l’ambition monopoliste d’une entreprise privée, mais doit assurer sa mission publique d’aider des œuvres qui font évoluer profondément notre conception de l’art et de la réalité, fût-ce au risque de troubler le grand public.
Un gâchis économique, écologique et stratégique est prévisible. Croire que ce Métavers, énergivore à souhait, et symbole des ambitions démesurées du capitalisme du siècle dernier, est l’avenir de la création numérique relève d’un pari insensé et constitue un gaspillage dans le contexte actuel. Partout dans le monde, le projet du Métavers a été critiqué. Plutôt que de croire qu’une seule technologie va intégrer toutes les autres, pourquoi ne pas laisser ouverte cette question afin que les artistes puissent librement s’emparer des technologies qu’ils souhaitent ? Ceci suppose une liberté absolue que bafoue la manière dont cette commission a été mise en place et sa mission même. Les politiques n’ont pas à dicter ce que les artistes doivent faire et cadenasser ainsi les cadres de recherche.
S’il est toujours bon de faire évoluer la manière de financer l’art, la culture et les industries culturelles, de réfléchir à notre légitimité et notre place dans la société, cela ne peut pas se faire sans l’intelligence d’un écosystème de l’art complexe où interagissent commissaires, théoricien.nes, directions et médiations artistiques, etc., qui depuis plusieurs décennies constituent un précieux savoir collectif.
Nous exprimons notre profond désaccord à la fois sur la manière verticale de procéder, sur la composition du jury et sur le choix du soutien de l’État à une industrie culturelle fondamentalement commerciale et vouée à l’échec. Nous demandons la création, en remplacement du DICRéAM, d’une commission soutenant d’une façon ouverte la diversité de la création artistique, en concertation avec les acteur.trice.s du secteur artistique afin de mettre en place des modalités de gouvernance démocratique.

Le problème
Le DICRéAM était une commission regroupant différentes disciplines artistiques présentes au ministère de la Culture afin de financer les projets en art numérique. Elle a été remplacée en septembre, par un nouveau dispositif dirigé par le musicien Jean-Michel Jarre dédié à la création immersive et au Métavers.
Cette décision prise sans concertation et annoncée de façon brutale suscite plus qu’un émoi chez de nombreux.euses artistes et protagonistes du champ des arts numériques. Celle-ci doit à tout le moins être être discutée, critiquée, amendée et nous l’espérons modifiée. L’apparition de cette nouvelle structure se fait au mépris et en l’absence de consultation des professionnel.le.s qui œuvrent dans le champ des arts numériques depuis des décennies. Tout se passe, comme si les décisions étaient prises du haut de la pyramide dans la précipitation, sans expertise, sans analyse des besoins en dépit de l’expérience accumulée par les principaux acteurs.
Au-delà de ce déni de démocratie et de son caractère arbitraire, il faut souligner que ce dispositif se veut hégémonique obligeant les artistes à réaliser des œuvres spectaculaires et immersives dont la forme suprême serait le Métavers. Le pouvoir politique nous dicte alors ce que nous devons faire et exclut d’autres approches, en particulier celles qui déconstruisent cette conception simplificatrice des technologies. Le Métavers est loin d’être la seule possibilité de l’art numérique ou la plus justifiée d’un point de vue artistique, économique et stratégique. En effet, la volonté de créer un univers virtuel interconnecté est un serpent de mer vieux de 40 ans qui a été exhumé en 2021 par Mark Zuckerberg. Nous sommes consterné.e.s par le déficit critique d’une telle décision qui contribuera à appauvrir la recherche et le développement en arts numériques alors même que la création française dans ce champ est reconnue et se distingue. Nous sommes attristé.e.s de voir la politique culturelle française inféodée aux idéologies d’un chef d’entreprise états-unien et celle-ci de reprendre sans distance ses éléments de langages, et se plier à ses intérêts stratégiques.
La lecture des orientations de cette commission ne laisse planer aucun doute : l’expérimental (entendez l’art) est noyé dans l’industrie culturelle dont le critère est la billetterie au détriment de critères qualitatifs. C’est comme si le CNC exigeait que le cinéma français soit le décalque de la série des Avengers, perdant ainsi toute ambition artistique. Si on envisage une création de type industrie, le budget alloué à cette commission est parfaitement ridicule. Si on envisage une création de type artistique, la remise en cause de la liberté de création est inacceptable.
Nous ne nions pas le fait que la culture peut et doit être attractive et accessible à tout à chacun.e. Mais nous ne pensons pas que le chemin que vous adoptez soit le meilleur pour constituer une culture et un bien commun. Donner les clés d’appréhension d’univers complexes nous semble plus pertinent que de tout niveler à un état d’accessibilité spectaculaire qui repose sur un postulat de non-compréhension des publics. Si l’État avait adopté cette manière de faire durant les siècles passés, nos grand.e.s peintres, écrivain.e.s, musicien.ne.s, dramaturges, cinéastes, ceux et celles qui font aujourd’hui notre histoire, auraient été empêché.e.s de créer. Ni plus ni moins. Il faut parfois du temps pour comprendre ce que font les artistes.
Les industries culturelles ne peuvent devenir le seul modèle de la création artistique. L’État n’a pas à soutenir des activités économiques déjà rentables ou l’ambition monopoliste d’une entreprise privée, mais doit assurer sa mission publique d’aider des œuvres qui font évoluer profondément notre conception de l’art et de la réalité, fût-ce au risque de troubler le grand public.
Un gâchis économique, écologique et stratégique est prévisible. Croire que ce Métavers, énergivore à souhait, et symbole des ambitions démesurées du capitalisme du siècle dernier, est l’avenir de la création numérique relève d’un pari insensé et constitue un gaspillage dans le contexte actuel. Partout dans le monde, le projet du Métavers a été critiqué. Plutôt que de croire qu’une seule technologie va intégrer toutes les autres, pourquoi ne pas laisser ouverte cette question afin que les artistes puissent librement s’emparer des technologies qu’ils souhaitent ? Ceci suppose une liberté absolue que bafoue la manière dont cette commission a été mise en place et sa mission même. Les politiques n’ont pas à dicter ce que les artistes doivent faire et cadenasser ainsi les cadres de recherche.
S’il est toujours bon de faire évoluer la manière de financer l’art, la culture et les industries culturelles, de réfléchir à notre légitimité et notre place dans la société, cela ne peut pas se faire sans l’intelligence d’un écosystème de l’art complexe où interagissent commissaires, théoricien.nes, directions et médiations artistiques, etc., qui depuis plusieurs décennies constituent un précieux savoir collectif.
Nous exprimons notre profond désaccord à la fois sur la manière verticale de procéder, sur la composition du jury et sur le choix du soutien de l’État à une industrie culturelle fondamentalement commerciale et vouée à l’échec. Nous demandons la création, en remplacement du DICRéAM, d’une commission soutenant d’une façon ouverte la diversité de la création artistique, en concertation avec les acteur.trice.s du secteur artistique afin de mettre en place des modalités de gouvernance démocratique.

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Pétition lancée le 12 septembre 2022