Défense de la liberté des femmes

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Le problème

Pourquoi vouloir jeter l’opprobre sur le milieu libertin ?


Après avoir lu l’enquête intitulée « affaire des viols libertins », présentée en quatre épisodes dans le Monde, nous, femmes libres et épanouies dans nos pratiques, souhaitons exercer notre droit de réponse. Avant toute chose nous adressons notre soutien aux femmes qui ont été victimes d’actes odieux et qui subissent une nouvelle épreuve, en venant témoigner devant les tribunaux, pour que justice leur soit rendue.

Parler de viols libertins est un raccourci par rapport aux viols collectifs qui se seraient déroulés dans un cadre qui n’a rien à voir avec le libertinage. Il ne s’agit pas de minimiser l’horreur des viols qui ont été dénoncés et sur lesquels la justice se prononcera. Il s’agit de rétablir un équilibre, de ne pas laisser croire que le milieu libertin permet, encourage ou même cautionne ces actes barbares. Les faits décrits dans les articles en question sont des crimes commis par des hommes sur des femmes sous emprise.

Le milieu libertin recouvre des réalités diverses, dans lequel la sexualité s’exprime de manière peu conventionnelle, dans la pluralité. Une autorégulation est assurée grâce à des codes précis que la communauté s’applique à faire respecter pour la sécurité de tous. Les femmes qui évoluent dans cet univers assouvissent leurs envies.

Ces pratiques peuvent à l’évidence choquer un public non averti. La discrétion est de mise entre les adultes consentants, personne n’a à savoir ce qui se passe dans la chambre à coucher d’autrui, les pratiques sexuelles relèvent de l’intimité, n’ont pas à être sues.

Les organisations qui sont dénoncées dans les articles permettent pourtant aux femmes et aux hommes de réaliser leurs fantasmes en toute sécurité, régulièrement, depuis de nombreuses années. Comme dans toute activité humaine, il existe des débordements, c’est un fait. Jeter l’opprobre sur les tous les clubs libertins, les sites de rencontre spécialisés ou encore le Cap d’Agde ne font en rien progresser la sécurité des femmes et des hommes qui les fréquentent.

Récemment un lieu consacré à l’organisation de pratiques sexuelles alternatives a été fermé par arrêté préfectoral. Sans qu’il ait encore statué au fond, le Conseil d’Etat saisi en référé à rendu, le 15 juillet 2026, une décision qui a conduit à la fermeture de l’établissement. Les motifs invoqués sont le trouble à l’ordre public et l’atteinte à la dignité humaine : les événements organisés y dépasseraient le cadre d’une sexualité librement consentie. Pourtant, l’organisation des événements de la Factory répond à la demande exprimée par de nombreuses femmes, qui donnent précisément le cadre et les limites de leur consentement, consentement qui peut être retiré à tout moment dans le déroulement de l’action, comme le précise systématiquement l’organisateur. Le cadre de ces événements est respectueux du désir des femmes et sûr (hygiène, port des préservatifs, contrôle mutuel qui s’exerce au sein du groupe d’hommes et prévient les débordements). Les femmes qui venaient ici assouvir leurs envies, et sont désormais privées de ce lieu, seront sans doute conduites à s’organiser pour satisfaire leurs besoins dans un cadre privé, avec pas ou peu de garde fous (personne pour réguler les échanges et s’assurer du respect des femmes).

Sans doute est-il difficile, pour des non-initiés, de comprendre le plaisir que l’on y trouve. Si ces envies sont celles d’une minorité, ce ne sont en rien des plaisirs condamnables. En décidant, que même avec le consentement des femmes, il est porté atteinte à leur dignité, le Conseil d’Etat les infantilise à nouveau. Il fait d’elles des mineures incapables de décider de ce qui est bon ou non pour elles, comme si elles n’étaient pas dotées de discernement.

Le risque est de condamner les femmes à se satisfaire de la condition qu’on leur assigne : être une bonne mère de famille, monogame et épouse modèle. N’est-il pas permis d’avoir envie de lâcher prise dans sa vie sexuelle ?

On peut se demander si la prochaine étape ne serait pas de fermer tous les lieux libertins au motif que cela créerait un trouble à l’ordre public, porterait atteinte à la dignité humaine ou favoriserait les viols ? Les violences physiques ou sexuelles au sein du couple existent, pour autant l’institution du mariage n’est jamais remise en question.

Nous regrettons que notre liberté soit mise en cause dans une société qui tend à devenir de plus en plus conservatrice. Nous souhaitons que nos pratiques, quelque peu conventionnelles soient elles, ne soient pas prohibées et puissent se poursuivre dans un cadre sûr.

Un collectif de femmes libres

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