Courrier adresser à l’ensemble des conseillers départementaux, à la région, aux sénateurs et députés


COLLECTIF CONTRE LE PROJET DE ROUTE RETRO-LITTORALE DE DESSERTE DE LA COTE FLEURIE
OBJET : Projet d’aménagement d’une « Route rétro-littorale (RRL) de desserte de la Côte Fleurie », sur les communes de Saint-Gatien-des-Bois, Bonneville-sur-Touques
Madame, Monsieur (le Président/ le/la Vice-Président(e) ou le conseiller départemental/la conseillère départementale),
Par délibération n°17 en date du 17 juin 2024, la commission permanente du conseil départemental du CALVADOS a approuvé les modalités de la concertation publique préalable au projet d’aménagement de la « Route rétro-littorale (RRL) de desserte de la Côte Fleurie », de 14 mètres de large, sur les communes de Saint-Gatien-des-Bois, Bonneville-sur-Touques.
Cette concertation, requise par les articles L.103-2 à L.103-6 et R.103-1 à R.103-3 du Code de l’urbanisme, s’est déroulée du 7 octobre au 15 novembre 2024. Elle a été marquée par une réunion publique, qui a rassemblé plusieurs centaines de personnes à Saint-Gatien le mardi 22 octobre 2024.
Depuis cette réunion, le conseil municipal de Bonneville-sur-Touques a émis un vote défavorable à 9 voix contre et 1 abstention contre ce projet routier lors de sa séance du lundi 25 novembre 2024.
Des associations de défense de l’environnement et du cadre de vie ont exposé publiquement leurs réserves et leurs vives oppositions. La presse locale s’est fait l’écho des réactions très négatives de plusieurs élus et des habitants des communes impactées.
Notre collectif citoyen s’est constitué pour faire échec à ce projet, dont l’unique but est selon nous de préserver le littoral en délocalisant les considérables pollutions sonores, visuelles et environnementales résultant du trafic des poids-lourds de la route littorale qui relie les communes touristiques de Deauville-Trouville et Honfleur vers les communes rurales de la Terre d’Auge (rebaptisées pour la circonstance « rétro-littorales »), sacrifiées pour le confort des résidents privilégiés des stations balnéaires de la Côte Fleurie.
Nous avons lancé une pétition qui a recueilli à ce jour 1800 signatures.
Avant que la commission permanente du conseil départemental délibère pour tirer le bilan de la concertation et « arrêter le projet dans sa nature et ses options essentielles », notre collectif souhaite attirer votre attention sur les multiples éléments de fragilité dont il est lourdement entaché, quoi qu’en dise la direction des routes.
Dans le contexte actuel de crise majeure des finances publiques, et notamment des finances des départements, il nous semblerait en effet particulièrement incohérent que le projet de « Route 1 rétro-littorale (RRL) de desserte de la Côte Fleurie » soit poursuivi sans prise en compte des avis négatifs concordants et circonstanciés émis lors de la concertation, au risque d’engager en pure perte des frais très importants pour des études inutiles, l’utilité publique du projet étant définitivement compromise.
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Les sujets essentiels sur lequel nous souhaitons vous alerter sont au nombre de trois :
- Sur la procédure engagée, le caractère factice de la concertation publique, les documents communiqués révélant des choix déjà arrêtés par les services du département ;
- Sur la conception du projet, une vision anachronique et dépassée, n’intégrant pas les enjeux du XXIème siècle, financiers et environnementaux ;
- Sur le fond du projet, un bilan « coûts/avantages » manifestement très négatif. 1. - Une concertation factice portant sur un projet déjà arrêté par les services du
département
Il est clair que les différentes « variantes » présentées au cours de la concertation n’avaient pas toutes la même crédibilité.
Il existe pourtant des scenarios alternatifs crédibles, dont notamment :
- Le réaménagement la D288 existante depuis son départ à partir de la D635, en traversée du village de Bonneville sur Touque et de la Forêt de Saint-Gatien-des- Bois ;
- Le réaménagement de la circulation,avec un réequilibrage des Flux poids louds, tant à travers Tourville en Auge qu’au niveau de l’axe passant par Touques et la Croix Sonnet.
Ils n’ont pas été envisagés
En secteur Ouest, le scenario retenu est la « variante rose », à réaliser en tracé neuf, et déjà étudiée par le département. Ce tracé impacte directement le périmètre de protection du château de Guillaume Le Conquérant, monument historique classé. Il impacte aussi des terres agricoles ainsi que l’intégralité du village de Bonneville-sur-Touques, qui sera totalement défiguré par la construction d’un ouvrage de type «viaduc » qui viendra enjamber et traverser le centre du village, au-dessus du chemin du Moulin de Vacu.
La direction des routes du département a déjà établi un tableau comparatif des différentes variantes, par lequel elle conclut par anticipation à la solution la plus admissible.
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Ce document révèle le caractère purement formel de la concertation publique, au mépris des dispositions du Code de l’urbanisme.
2. - Un projet anachronique et incohérent au regard des enjeux actuels
Lors de la réunion publique du 22 octobre 2024, il est apparu clairement que pour le département, le besoin d’une route « rétro littorale » était justifié par l’état futur de la RD 513, route « littorale » qui relie les pôles urbains de Deauville-Trouville et Honfleur et les risques éventuels qu’elle pourrait représenter à terme.
Les déclarations de M. Marescot, Maire de Villerville, l’ont confirmé : plutôt que d’assurer l’entretien régulier de la roue littorale, les services du département veulent reporter le trafic routier, notamment celui des poids-lourds, vers une route « rétro-littorale » qui n’existe pas...
L’on comprend l’inquiétude du Maire de Villerville pour l’avenir de sa commune. L’on comprend aussi que le but est de délocaliser le trafic généré par l’urbanisation du littoral vers des secteurs plus ruraux et moins touristiques. Mais à quel prix !
Conçu dans la logique d’aménagement d’avant l’an 2000, le projet ne répond à aucun des enjeux actuels :
- il est consommateur d’espaces agricoles et naturels qui seraient artificialisés, au mépris des objectifs de « sobriété foncière » imposés aux collectivités (Zéro Artificialisation Nette, ZAN), ainsi qu’au mépris de la protection de la nature et de la pérennisation des espaces agricoles. Ce projet aura ainsi pour conséquences :
• La destruction de terres et d’exploitations agricoles à Bonneville-sur-Touques et à Saint Gatien-des-Bois ;
• La destruction de deux espaces boisés classés à Saint-Gatien-des-Bois ;
• De la pollution par rejet de CO2 ainsi que des nuisances sonores et visuelles considérables pour tous les riverains. Cette pollution sera multipliée par l’augmentation, non quantifiée à ce jour, du trafic poids lourds et véhicules ;
• La dégradation de la Colline boisée de Bonneville-sur-Touques, au sol instable et site de nombreux glissements de terrain, d’ores et déjà répertoriés et cartographiés. Les pluies récentes ont montré l’aggravation des ruissellements et la saturation des écoulements sur l’ensemble de la colline. Un effondrement important est encore survenu il y a seulement quelques jours à l’entrée de Villerville. L’arrachage des arbres nécessaire à la construction de cette route et l’accroissement de la circulation perturberont encore un écosystème très fragile et provoqueront immanquablement de nouveaux glissements de terrain causant des dégâts considérables aux
infrastructures et aux habitations et mettront en péril la sécurité des riverains. La lutte contre le ruissellement est un enjeu cruscial pour la préservation des paysages, de l’agriculture et des infrastructures du pays d’auge.
- Il est consommateur de deniers publics, alors que l’État comme les collectivités locales (surtout les départements) doivent faire face à une crise sans précédent de leurs finances publiques.
Ce projet emprunte donc au passé sa vision inadaptée, incohérente et totalement obsolète des enjeux de circulation, au lieu de s’inscrire résolument dans les enjeux du présent et du futur.
3. - Un bilan « coûts/avantages » très négatif 3.1. Aucun avantage concret ne ressort du projet pour les habitants de Bonneville-sur-Touques,
Saint-Gatien-des-Bois et Englesqueville.
Le projet vise en fait à la « desserte de la Côte Fleurie », mais sans passer par la Côte Fleurie...
En contrepartie, un trafic supplémentaire, notamment de poids-lourds, une atteinte au patrimoine (le château de Guillaume-le-Conquérant) et au cadre de vie (un viaduc à Bonneville, la destruction de terres agricoles et boisées qui se traduiront par une aggravation des ruissellements, un impact sur la zone d’habitation du Carrefour de la Vierge à Saint-Gatien) et des nuisances sonores et vibratoires considérables... Ces dommages seront irréparables.
3.2. Les seules vraies alternatives n’ont pas été étudiées.
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a) les tronçons dangereux de l’actuelle route du littoral entre Villerville et Trouville pourraient être réhabilités de façon pérenne, afin d’éviter de créer une route « rétro- littorale ».
b) Les voies de circulation déjà existantes pourraient être élargies et sécurisées, par :
la création de giratoires aux carrefours les plus dangereux, la pose de ralentisseurs (plateaux), des contrôles de la limitation de vitesse (radars), la signalétique.
c) La gestion des flux de poids-lourds, autre justification du projet, pourrait aussi être assurée de façon beaucoup plus volontariste par le département en lien avec les forces de l’ordre, par des mesures à caractère réglementaire il faut gérer les flux existants sur l’existant au lieu de construire encore une nouvelle route :
- la limitation des tonnages de poids-lourds admis à circuler,
- l’ouverture à la circulation de certains axes interdits aujourd’hui,
- l’interdiction sur certains tronçons des poids-lourds en transit (hors desserte locale),
- les horaires de circulation autorisée.
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La création d’une route « rétro-littorale » n’a donc rien d’inéluctable ni d’indispensable.
D’autres solutions existent pour répondre aux enjeux de circulation du territoire, sans gaspillage des deniers publics, et sans atteinte inutile au cadre de vie, à l’environnement et au patrimoine de Bonneville-sur-Touques, de Saint-Gatien-des-Bois et d’Englesqueville.
Encore faudrait-il les étudier sérieusement !
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Il est urgent de prendre le temps de la réflexion et de définir les besoins présents et à venir en termes de circulation et de mobilité, avant de prendre une décision aux conséquences catastrophiques et irréversibles.
C’est pour l’ensemble de ces raisons que notre collectif vous demande de ne pas approuver le projet de route rétro-littorale dans sa nature et ses options essentielles, telles que présentées par la direction des routes du département du CALVADOS.
Notre opposition farouche à ce projet ne procède pas d’une simple posture. Nous souhaitons en effet que les solutions alternatives, réalistes et adaptées aux enjeux actuels et futurs, soient étudiées sérieusement et en concertation réelle préalable avec les maires, les présidents de communautés de communes, la région, le département et les associations et collectifs concernés.
Afin de vous présenter nos arguments de façon plus détaillée, et de répondre à vos éventuelles questions, nous souhaitons pouvoir vous rencontrer le plus rapidement possible, et vous remercions par avance de bien vouloir nous proposer un prochain rendez-vous à cet effet.
Nous vous prions, Madame, Monsieur (le/la Vice-Président(e) ou le conseiller départemental/la conseillère départementale), de croire à l’assurance de notre plus parfaite considération.
Pour le Collectif :
Laurent de Blegiers
contrelarouteretrolittorale@gmail.com
Avec le soutien de
Florence Cothier
Maire de Bonneville sur Touques
Vice Présidente au développement durable de la Communauté de Communes Terre d’auge
Vive présidente à l’environnement au SCOT Nord Pays d’auge
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