

Contre la réforme des admissions de Sciences Po Paris


Contre la réforme des admissions de Sciences Po Paris
The issue
Réforme des admissions - “le retour de l’excellence” ou la contre-réforme élitiste
Ce jeudi 28 septembre, lors d’une réunion-inter conseils, Luis Vassy, directeur de Sciences Po, a dévoilé les détails de sa réforme des admissions, présentée dans les Échos le mois dernier. En voici les grandes lignes :
- Les écrits de motivation ne sont plus pris en compte pour la phase d’admissibilité afin de recruter, “les plus compétents, et non pas les plus militants” (citation de M. Vassy reprise des Échos).
- Seules les notes du bac (avec une surpondération de l’épreuve de français) et les bulletins de la Première et de la Terminale compteront pour cette première phase.
- L’épreuve orale, au coefficient renforcé, se déroulera désormais en présentiel et comptera aussi un “test de raisonnement logique” (!), en plus du commentaire d’image.
- Une voie d’accès à Bac+1 devrait également être créée. À terme, il souhaite le retour d’une épreuve écrite.
Le directeur nous a présenté cette réforme comme guidée par le noble prétexte de promouvoir “l’excellence”, l’ouverture sociale et même la “bienveillance” ! Des mots rassurants pour masquer son opération visant à apaiser la frange la plus réactionnaire de l’élite française. Privée des passe-droits dont bénéficiaient autrefois ses enfants à Sciences Po, cette élite entretient depuis une campagne permanente de bashing de l’établissement dans les médias conservateurs.
Ouverture sociale, géographique, internationale, engagement des étudiant•es, conventions d’éducation prioritaire – autant de gros mots qui donnent des sueurs froides aux nostalgiques de “l’âge d’or” d’un Sciences Po exclusivement parisiano-centré et réservé aux héritiers. Et, pour couronner le tout, voilà que la future “élite de la nation” a eu l’audace de se mobiliser pour la Palestine ! Trop, c'est trop. Comme l’a dit Gabriel Attal en Conseil d’administration, il était grand temps “d’inverser la pente” !
Tout en évitant volontairement de se justifier, M. Vassy a évoqué à plusieurs reprises le lien entre “la baisse des dons” à Sciences Po et la nécessité de cette réforme, présentée comme un moyen de provoquer un “choc de confiance” (une formule qui rappelle le fameux “choc des savoirs” de Gabriel Attal. Simple coïncidence ou auraient-ils les mêmes conseillers ?).
Autrement dit, il s’agit de rassurer ceux qui ont les moyens d’être généreux, dans un établissement désormais gouverné par l’argent ! Lors de la réunion, M. Vassy s’est d’ailleurs auto-félicité des “excellents retours” suscités par son article dans les Échos, preuve incontestable de la justesse de ses choix, en absence de tout critère objectif les guidant.
Et qui pourrait s’étonner que l’annonce du “retour d’une épreuve écrite” suscite tant d’enthousiasme chez les lecteurs des Échos et les proviseurs des lycées privés ? En effet, cette épreuve marque la résurrection d’un système de sélection qui, par le plus grand des hasards, favorisait les élèves scolarisé•es dans les établissements privés ou dits “d’excellence”.
Alors qu'en 2023, le professeur des universités à Sciences Po et spécialiste des inégalités scolaires, Marco Oberti, soulignait une “relative ouverture territoriale des candidatures et des admissions” ainsi qu’un “recrutement légèrement plus ouvert socialement”, depuis la réforme de 2021, M. Vassy préfère imposer de force une réforme décidée à huis-clos, inspirée par les conseils bienveillants de l’élite parisienne qui l’entoure.
Il y aurait beaucoup à dire sur les différents aspects de cette réforme. En ce qui concerne seulement l'oral en présentiel, bien que M. Vassy se soit engagé à rembourser les trajets pour les boursier•ères - et encore, il s’agit probablement que des boursiers du secondaire et non du supérieur - il n’en reste pas moins que cela favorise les étudiant•es les plus privilégié•es. Alors que M. Oberti avait souligné que cette épreuve est “défavorable aux filles”, et “se traduit par une part décroissante entre les admissibles et les admis”, M. Vassy s’inquiète davantage du “symbole” d’un oral en présentiel.
Les quelques idées positives de cette réforme, comme l’introduction de points de jury pour les étudiant•es boursier•ères de la voie CEP, sont vite éclipsées par la brutalité de sa mise en œuvre, imposée sans concertation. M. Vassy semble avoir pour seule boussole les demandes des donateurs, au détriment du bien-être des salarié•es, enseignant•es et candidat•es, qu’un tel bouleversement, à quelques mois de l’ouverture de Parcoursup, place dans une situation difficile.
À quelques jours du vote, le seul document partagé est une diapositive PowerPoint. Aucune évaluation de la réforme précédente, aucun chiffre concernant la réforme actuelle, ni même une estimation des coûts ou des moyens logistiques nécessaires n’ont été présentés (étonnant pour quelqu'un qui dit aimer le quantitatif !).
Cette réforme s’inscrit dans la directe continuité de la destruction des conquêtes sociales menées par le gouvernement macron-lepéniste dont la politique austéritaire menace les droits des étudiant·es et les valeurs du service public de l’enseignement supérieur. Partout en France, les universités deviennent plus sélectives en réduisant leurs places et en augmentant leurs frais de scolarité.
L’Union Étudiante Sciences Po dénonce cette contre-réforme, qui sonne le glas d’une époque où Sciences Po défendait sa politique d’ouverture et de diversité. Si elle était appliquée, de nombreux•ses étudiant•es ne seraient probablement pas dans l'établissement aujourd’hui.
Luis Vassy aurait pu choisir de faire de Sciences Po un établissement qui va à rebours des politiques antisociales du gouvernement et du ministre de l’enseignement supérieur, en renforçant son ouverture sociale, mais la "nostalgie des pardessus" semble marquer l'entrée officielle dans l'ère de "l'Anti-Descoings".
Avec cette réforme, il fait acte de sa connivence avec le gouvernement le plus à droite de la Ve République, dont il sert fièrement les intérêts.
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Réforme des admissions - “le retour de l’excellence” ou la contre-réforme élitiste
Ce jeudi 28 septembre, lors d’une réunion-inter conseils, Luis Vassy, directeur de Sciences Po, a dévoilé les détails de sa réforme des admissions, présentée dans les Échos le mois dernier. En voici les grandes lignes :
- Les écrits de motivation ne sont plus pris en compte pour la phase d’admissibilité afin de recruter, “les plus compétents, et non pas les plus militants” (citation de M. Vassy reprise des Échos).
- Seules les notes du bac (avec une surpondération de l’épreuve de français) et les bulletins de la Première et de la Terminale compteront pour cette première phase.
- L’épreuve orale, au coefficient renforcé, se déroulera désormais en présentiel et comptera aussi un “test de raisonnement logique” (!), en plus du commentaire d’image.
- Une voie d’accès à Bac+1 devrait également être créée. À terme, il souhaite le retour d’une épreuve écrite.
Le directeur nous a présenté cette réforme comme guidée par le noble prétexte de promouvoir “l’excellence”, l’ouverture sociale et même la “bienveillance” ! Des mots rassurants pour masquer son opération visant à apaiser la frange la plus réactionnaire de l’élite française. Privée des passe-droits dont bénéficiaient autrefois ses enfants à Sciences Po, cette élite entretient depuis une campagne permanente de bashing de l’établissement dans les médias conservateurs.
Ouverture sociale, géographique, internationale, engagement des étudiant•es, conventions d’éducation prioritaire – autant de gros mots qui donnent des sueurs froides aux nostalgiques de “l’âge d’or” d’un Sciences Po exclusivement parisiano-centré et réservé aux héritiers. Et, pour couronner le tout, voilà que la future “élite de la nation” a eu l’audace de se mobiliser pour la Palestine ! Trop, c'est trop. Comme l’a dit Gabriel Attal en Conseil d’administration, il était grand temps “d’inverser la pente” !
Tout en évitant volontairement de se justifier, M. Vassy a évoqué à plusieurs reprises le lien entre “la baisse des dons” à Sciences Po et la nécessité de cette réforme, présentée comme un moyen de provoquer un “choc de confiance” (une formule qui rappelle le fameux “choc des savoirs” de Gabriel Attal. Simple coïncidence ou auraient-ils les mêmes conseillers ?).
Autrement dit, il s’agit de rassurer ceux qui ont les moyens d’être généreux, dans un établissement désormais gouverné par l’argent ! Lors de la réunion, M. Vassy s’est d’ailleurs auto-félicité des “excellents retours” suscités par son article dans les Échos, preuve incontestable de la justesse de ses choix, en absence de tout critère objectif les guidant.
Et qui pourrait s’étonner que l’annonce du “retour d’une épreuve écrite” suscite tant d’enthousiasme chez les lecteurs des Échos et les proviseurs des lycées privés ? En effet, cette épreuve marque la résurrection d’un système de sélection qui, par le plus grand des hasards, favorisait les élèves scolarisé•es dans les établissements privés ou dits “d’excellence”.
Alors qu'en 2023, le professeur des universités à Sciences Po et spécialiste des inégalités scolaires, Marco Oberti, soulignait une “relative ouverture territoriale des candidatures et des admissions” ainsi qu’un “recrutement légèrement plus ouvert socialement”, depuis la réforme de 2021, M. Vassy préfère imposer de force une réforme décidée à huis-clos, inspirée par les conseils bienveillants de l’élite parisienne qui l’entoure.
Il y aurait beaucoup à dire sur les différents aspects de cette réforme. En ce qui concerne seulement l'oral en présentiel, bien que M. Vassy se soit engagé à rembourser les trajets pour les boursier•ères - et encore, il s’agit probablement que des boursiers du secondaire et non du supérieur - il n’en reste pas moins que cela favorise les étudiant•es les plus privilégié•es. Alors que M. Oberti avait souligné que cette épreuve est “défavorable aux filles”, et “se traduit par une part décroissante entre les admissibles et les admis”, M. Vassy s’inquiète davantage du “symbole” d’un oral en présentiel.
Les quelques idées positives de cette réforme, comme l’introduction de points de jury pour les étudiant•es boursier•ères de la voie CEP, sont vite éclipsées par la brutalité de sa mise en œuvre, imposée sans concertation. M. Vassy semble avoir pour seule boussole les demandes des donateurs, au détriment du bien-être des salarié•es, enseignant•es et candidat•es, qu’un tel bouleversement, à quelques mois de l’ouverture de Parcoursup, place dans une situation difficile.
À quelques jours du vote, le seul document partagé est une diapositive PowerPoint. Aucune évaluation de la réforme précédente, aucun chiffre concernant la réforme actuelle, ni même une estimation des coûts ou des moyens logistiques nécessaires n’ont été présentés (étonnant pour quelqu'un qui dit aimer le quantitatif !).
Cette réforme s’inscrit dans la directe continuité de la destruction des conquêtes sociales menées par le gouvernement macron-lepéniste dont la politique austéritaire menace les droits des étudiant·es et les valeurs du service public de l’enseignement supérieur. Partout en France, les universités deviennent plus sélectives en réduisant leurs places et en augmentant leurs frais de scolarité.
L’Union Étudiante Sciences Po dénonce cette contre-réforme, qui sonne le glas d’une époque où Sciences Po défendait sa politique d’ouverture et de diversité. Si elle était appliquée, de nombreux•ses étudiant•es ne seraient probablement pas dans l'établissement aujourd’hui.
Luis Vassy aurait pu choisir de faire de Sciences Po un établissement qui va à rebours des politiques antisociales du gouvernement et du ministre de l’enseignement supérieur, en renforçant son ouverture sociale, mais la "nostalgie des pardessus" semble marquer l'entrée officielle dans l'ère de "l'Anti-Descoings".
Avec cette réforme, il fait acte de sa connivence avec le gouvernement le plus à droite de la Ve République, dont il sert fièrement les intérêts.
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Petition created on 29 November 2024