Nous nous désolidarisons du vote ignoble du gouvernement d'Haïti contre le Venezuela

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Haïti et le Venezuela sont deux pays historiquement amis. Notre pays, étant le premier Etat indépendant d'Amérique latine en 1804 et le premier pays au monde à abolir définitivement la barbarie qu'est l'esclavage, a décidé d'étendre ses idéaux de liberté et d'égalité partout en Amérique. C'est ainsi que nos premiers chefs-d'État : Jean-Jacques Dessalines, Henry Christophe, Alexandre Pétion et Jean-Pierre Boyer œuvrèrent avec abnégation pour que luise la lumière de la liberté dans tous les recoins de notre continent. Aussi, Alexandre Pétion reçut le Libertador Simon Bolivar en Haïti, lui donna argent, munitions, navires de guerre et soldats pour aller libérer la Grande Colombie (Colombie, Panama, Venezuela, Bolivie et Equateur) du joug colonial espagnol. 

Après un long éloignement entre nos deux Républiques, un réchauffement dans leurs relations est intervenu en 2006, sous l'impulsion de feu président Commandant Hugo Rafael Chavez Frias, internationaliste, anti-impérialiste et grand admirateur de la Révolution haïtienne. Sa volonté était de libérer les États d'Amérique continentale et ceux des Caraïbes de la mainmise néfaste des Etats-Unis depuis la mise en place de la doctrine impérialiste de Monroe en 1823. C'est pourquoi, il a contribué à la création de plusieurs institutions d’intégration et de coopération régionale, avec d'autres présidents progressistes de la région comme Lula au Brésil, Rafael Correa en Equateur, Manuel Zelaya en Honduras, Evo Morales Ayma en Bolivie, Fernando Lugo au Paraguay, Nestor et Cristina Fernandez en Argentine, José Mujica en Uruguay, etc. Parmi ces outils d’intégration et de coopération, il a notamment mis en place le programme PetroCaribe (sur lequel nous n'allons pas nous étaler) en vue d’aider les États les plus pauvres de la région. Cet accord que le gouvernement du Venezuela a signé avec Haïti a permis à notre pays d'essouffler un peu pendant les années Préval et Martelly, en dépit de la dilapidation d'une partie non-négligeable de ces fonds. 

De solides relations ont donc été construites. Le Venezuela, en plus de l'accord PetroCaribe, a financé de nombreux projets au bénéfice de la population haïtienne au point que le Venezuela est devenu avec Cuba les deux seuls États au monde dont la coopération est utile à notre pays, encore une fois malgré les nombreux actes de corruption dont on sait. Nicolas  Maduro et Hugo Chavez, avant lui, n’ont jamais eu de cesse d’évoquer la dette que leur pays a à l’égard de notre pays et l’ont matérialisé dans les faits.

Depuis 2014, le Venezuela connait de grandes difficultés économiques dues à la baisse drastique du prix du pétrole sur le marché international. En effet, plus de 95% des recettes de l'État vénézuélien proviennent de la rente pétrolière. Cette chute du prix de pétrole s'accompagne de lourdes sanctions économiques des États-Unis d'Amérique qui voient en Venezuela un État trop riche, trop stratégique, pour le laisser s'échapper à leur contrôle d’autant qu’il s’approche de plus en plus de la Fédération de Russie et de la République populaire de Chine. En effet, le Venezuela que voulait construire le président Chavez est un Venezuela rebelle, indépendant des puissances étrangères, pacifique, fraternel, solidaire, bolivarien, latino-américain et caribéen, prônant la "rebeldia de los pueblos" (la rébellion des peuples face à ceux qui veulent les asservir), rompant avec le Venezuela marionnette des Etats-Unis qui plaçaient régulièrement leurs dictateurs au pouvoir.  

Le  10 janvier 2019, alors que le président Nicolas Maduro Moros, élu démocratiquement par son peuple prête serment, mais contesté par une partie de la droite et l'extrême-droite qui refusait de participer aux élections, l'OEA sous la dictée de Donald Trump, ennemi juré du Venezuela et allergique a tout ce qui est de gauche, convoque une réunion à Washington pour statuer sur la reconnaissance ou non du second mandat du président de la République bolivarienne du Venezuela. Quelle a été notre surprise de voir la voix d'Haïti se mêler à celle de l'extrême-droite fasciste, moyenâgeuse, suprémaciste, raciste, homophobe, xénophobe, négrophobe de Jair Bolsonaro pour condamner le "dictateur Nicolas Maduro" ! 

Par ce vote ignoble, irréfléchi et incompréhensible contre un pays qui est aussi généreux avec nous, nous sommes en train de devenir un paria sur la scène internationale. En outre, notre action est totalement illégale, violant le droit international car le Venezuela est un pays souverain dont nous n’avons pas le droit de nous immiscer dans les affaires intérieures. Le Venezuela n'est pas un département haïtien encore moins l'une de nos communes ! Cet acte contestable nous a couvert de honte et de ridicule. Nous devrions nous regarder dans un miroir et nous ressaisir. Nous perdons tout ce qu'il nous restait de crédibilité à force de vouloir suivre à tout prix la voie belliciste des Etats-Unis. Haïti est forte lorsqu'elle agit comme un Etat souverain. Haïti est toujours faible lorsqu'elle agit comme un pantin d'une puissance étrangère. 

En dépit de cette décision dont le caractère insensé n'est pas à prouver, nous pouvons encore nous rectifier et suivre la volonté du peuple haïtien qui est solidaire du président vénézuélien et de son peuple. Aussi, demandons-nous, au nom du respect du droit international et du bon sens, aux deux chambres du pouvoir législatif de prendre illico presto une résolution pour se désolidariser de l’exécutif après ce vote honteux et d'exiger qu’Haïti retire sa signature de cette résolution totalement contraire à nos intérêts les plus fondamentaux et au principe de non ingérence dans les affaires internes d’autres États.