
Dix jours après avoir été finalement libéré par le gouvernement le jeudi 16 mai 2019, juste avant les élections européennes et à quelques mois des élections nationales polonaises prévues à l'automne 2019 — après presque trois ans d'incarcération illégale — M. Mateusz Piskorski a donné une interview le dimanche 26 mai 2019 à M. Jan Potocki, Président du parti politique RP (République de Pologne), en compagnie de son Avocat Michal Klimczak.
Il lui a expliqué avoir subi une prétendue "garde à vue" ou "détention provisoire" de presque trois ans — alors que la durée légale d'une véritable "détention provisoire" sans motif ne devrait jamais dépasser plus de 48h dans un véritable état de droit — avec la complicité du Procureur général de Pologne, M. Zbigniew Ziobro, obéissant aux ordres iniques du parti politique eurosceptique d'extrême-droite actuellement au pouvoir en Pologne, le PiS (Prawo i Sprawiedliwość, PiS) — soit "Droit et justice" en polonais.
Le lecteur appréciera au passage l'imposture et l'hypocrisie d'un parti invoquant les idéaux du "droit" et de la "justice", pour mieux les bafouer dans sa pratique réelle des responsabilités gouvernementales.
Selon M. Piskorski, sa détention était un abus de pouvoir approuvé par le système judiciaire polonais, faisant partie d'une tentative pour rétablir un totalitarisme d'état rappelant l'époque soviétique.
Il dit se sentir impuissant, et que son seul crime était de tenter d'influencer l'opinion publique avec des idées contraires à celles du parti majoritaire au pouvoir, et sa participation à une guerre d'informations, menée par le camp pro-atlantiste, qui ne supporte pas qu'il prenne la défense d'une approche plus neutre de la politique étrangère polonaise, soit une approche non alignée sur l'OTAN et les éléments les plus belliqueux du monde politique occidental.
M. PISKORSKI affirme que sa détention était une expérience pour voir jusqu'où les autorités pouvaient aller sans que les citoyens polonais ne protestent, et pour faire de lui un exemple à ne pas suivre.
La caution d'un demi-million de dollars qui avait été fixée a été ramenée à 200 000 zloty (environ 50 000 euros) ; elle a été réunie et payée par sa famille et ses amis. Il reste interdit de sortir de Pologne et doit se rendre trois fois par semaine au poste de police proche de son domicile. La justice a également rajouté à sa caution, son domicile familial, confisqué en échange de sa libération de prison.
Rappelons qu'il est accusé d'avoir reçu des fonds issus de réseaux de blanchiment d'argent (voir l'article du Monde, suite à une enquête du Guardian "La laverie russe, une incroyable machine à blanchiment d'argent" — https://www.lemonde.fr/europe/article/2017/03/21/the-russian-laundromat-revelations-sur-le-blanchiment-de-milliards-d-euros-de-fonds-russes_5098466_3214.html
Nous remercions les presque 300 personnes qui ont signé cette pétition francophone demandant sa libération, ainsi que le Comité des Nations unies contre les détentions arbitraires, qui a statué en sa faveur le 20 avril 2018, et sans lequel il serait peut-être encore en train de se morfondre au fond d'une cellule de prison politique.
Mise à jour rédigée par Jean-Marc Jacot avec l'aide de Tania Pavarova et de Bruno Drweski, le 31 mai 2019