Petition updateLibérez Mateusz Piskorski, prisonnier politique polonais !Intervention de l'ONU en faveur de Mateusz Piskorski.

Jean-Marc JACOTParis, France
May 11, 2018
Chers Amis,
Mateusz Piskorski a été arrêté le 18 mai 2016 et, depuis cette date, il reste en prison sans qu'un acte d'accusation n'ait pu être formulé et délivré contre lui avant avril 2018 par le parquet polonais qui l'a finalement accusé d'espionnage au profit de la Russie et de la Chine.
Ceci alors qu'il est un enseignant de sciences politiques à l'université, qu'il mène des activités journalistiques, qu'il a été député et qu'il est aujourd'hui le fondateur d'un parti de "gauche patriotique", anti-OTAN, favorable à une politique de neutralité de la Pologne et à un rapprochement avec la Russie et la Chine, ce dont il ne s'est jamais caché, et ce qui est, bien entendu, tout le contraire d'une activité d'espionnage qui, par définition, est secrète et vise à transmettre à un État étranger des informations secrètes. Dans le cas de Piskorski, c'est pour ses opinions politiques, proches de celles de gouvernements étrangers, qu'il a été arrêté, en violation de toutes les règles du droit et notamment de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme !
Dans sa jeunesse, au moment de la disparition du bloc de l'Est, Mateusz s'est retrouvé, en réaction contre la politique pro-occidentale, dans un groupe slavophile nationaliste, puis il a évolué vers le souverainisme sur le plan national, et vers la gauche sur le plan social. Il s'est engagé contre la guerre en Irak, s'est rendu en Libye en 2011 pour la soutenir contre l'intervention de l'OTAN. Il a soutenu la Syrie, soutient le projet chinois de Route de la Soie et considère que la Pologne doit se rapprocher de la Russie et de la Biélorussie, contrer le nationalisme ukrainien, et s'opposer aux ingérences de l'OTAN et de l'UE dans les affaires polonaises.
Son livre sur sa vision géopolitique, comportant des révélations sur le "suicide" du leader du parti, Andrzej Lepper, dont il avait été le porte-parole, devait sortir au moment où il a été arrêté il y a plus de deux ans.
L'acte d'accusation le visant vient seulement d'être formulé il y a quelques semaines. Le Haut-Commissariat aux Droits de l'Homme de l'ONU vient de déclarer que son arrestation est arbitraire et sans aucune base légale, et demande sa libération immédiate, ainsi que le versement d'un dédommagement de la part du gouvernement, pour détention arbitraire.
Voilà le résumé du texte en polonais publié par le parquet polonais résumant l'acte d'accusation le visant, et qui reste lui-même secret d'État, l'accusé et les avocats n'ayant pas le droit de le divulguer :
L'acte d'accusation contre Mateusz Piskorski lui a (enfin!) été présenté le 20 avril 2018, soit deux ans après son arrestation. Cet acte d'accusation, et le procès politique qui en découle, vont se dérouler à huis clos, et ni l'accusé ni son avocat n'auront le droit d'en faire part : donc l'acte d'accusation complet est inaccessible, et il sera interdit à quiconque d'assister au procès. Son avocat n'a pas non plus le droit de diffuser en public ce qui sera dit lors du procès.
Mateusz Piskorski ainsi que plusieurs de ses amis ont été interrogés sur ces sujets. Mateusz est donc finalement accusé :
- d'avoir donné un cours à des étudiants en Chine, au cours duquel il a développé une vision contraire à celle du gouvernement polonais,
- d'avoir dénoncé l'idéologie ultra-nationaliste bandériste en Ukraine, et participé à la "dévastation" d'un monument en hommage à Bandera en Ukraine,
- d'avoir appuyé publiquement dans la presse le projet chinois de nouvelle route de la soie (appuyé par ailleurs officiellement par le gouvernement polonais !),
- d'avoir mené des activités contre la présence de troupes étrangères sur le territoire polonais et d'avoir diffusé dans les médias polonais et internationaux, des interventions soutenant ces idées et correspondant aux intérêts de la Russie ou de la Chine.
Cela est particulièrement cocasse, quand on sait que nombre de dirigeants ou politiciens polonais ne se cachent pas de recevoir des sommes importantes pour mener des campagnes soutenant les diverses activités des puissances de l'OTAN provenant de fondations, ONGs ou agences gouvernementales de ces pays étrangers.
Donc, selon le parquet polonais, un citoyen d'un État se targuant d'être prétendument "démocratique", n'aurait pas le droit de soutenir les opinions d'États divergentes des positions du gouvernement polonais. En revanche, il aurait parfaitement le droit de le faire, quand ces pays sont officiellement alliés à la Pologne. Piskorski avait effectivement organisé publiquement à Varsovie une conférence-débat sur les questions politiques internationales en coopération avec plusieurs associations polonaises et russes ... ce qui est abusivement qualifié d'activité "d'espionnage"...
L'espionnage n'est donc plus, selon l'interprétation du parquet polonais, d'envoyer à un État étranger des informations classées secrètes dans son pays, mais de diffuser dans son propre pays des informations ou des idées qui sont publiques et qui correspondent plus ou moins aux choix politiques faits par un État étranger.
À ce compte-là, plus de la moitié des Polonais au moins pourraient être également mis en accusation, car ils sont violemment anti-Bandera et le font savoir publiquement, sans parler de leurs doutes sur la politique de leur pays envers la Russie ou de leur appui en faveur d'une coopération économique avec la Chine.
La persécution de Piskorski se veut donc exemplaire, visant à dissuader l'expression de toute dissidence.
En fait, ces accusations rappellent, mais sous une forme caricaturale, la logique qui régnait en Pologne avant 1989, quand il était reproché à certains Polonais de "compromettre les alliances internationales" de leur pays en "coopérant avec des États étrangers par la diffusion, à cet effet, de fausses nouvelles destinées à créer la confusion". Sauf que, à l'époque, ces accusations débouchaient très rarement, surtout après 1956, sur des procès, et elles restaient du domaine de la propagande médiatique (quand ils étaient accusés, c'était pour avoir par exemple violé la loi sur l'échange de devises étrangères en recevant des fonds qu'ils échangeaient au marché noir) et — quand le procès avait lieu — celui-ci était public et visait en général la coopération avec "Radio Europe libre", une station basée à Munich qui était officiellement financée par les USA dans un but politique précis, visant explicitement l'État polonais et ses alliés. La Russie comme la Chine ne possèdent en revanche pas de médias officiellement dirigés explicitement vers la Pologne et opposés à son gouvernement. Par ailleurs, le procès de Mateusz Piskorski se déroulera en secret. Son avocat a reçu la menace que s'il communiquait publiquement sur les débats du procès, il serait radié de l'ordre des avocats.
C'est cela qui explique le très long rapport de la Commission sur les détentions arbitraires de l'ONU, analysant point par point tous les éléments retenus contre Mateusz Piskorski, et exigeant en conséquence qu'il soit immédiatement remis en liberté et dédommagé pour le temps de son incarcération illégale et arbitraire.
Nous vous demandons de relayer l'information autour de vous, et la pétition en langue française demandant, comme l'ONU, sa libération.
Merci,
Bruno Drweski
(texte remanié par Jean-Marc Jacot)
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