Le rapport de la CIIVISE sur les coûts du déni est introduit par le témoignage poignant d’un adulte victime dans l’enfance : « Je veux juste dire ce que nous avons vécu, c’est l’horreur, c’est la solitude extrême. C’est un froid, c’est une incompréhension. C’est le fin fond de de l’humanité à l’endroit où tout est dévasté. Ça n’a pas de mots, c’est un enfer. Et nous sommes une multitude. Nous sommes terrés dans le silence et la peur, mais nous sommes là et nous sommes aussi un des visages de l’humanité.[1]»
La CIIVISE lève le voile sur le coût des violences sexuelles incestueuses et extra familiales :
· Chaque année en France, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles.
· Quelle que soit la sphère de vie où s’exercent ces violences et quel que soit le sexe de la victime, dans 95,2% des cas, les auteurs de violences sexuelles sont des hommes.
· Moins de 7% des plaintes pour violences sexuelles sur mineur aboutissent à une condamnation de l’auteur.
Le déni de ces violences coûte chaque année en France au moins 9,7 milliards d’euros à la société, dont 6,7 milliards d’euros (soit 69,2% du coût total) sont les conséquences à long terme de ces violences sur la santé des victimes.
Les souffrances « invisibles » des enfants victimes peuvent être réduites le plus tôt possible par la prolongation de la CIIVISE au-delà de novembre 2023[2] afin que soient mises en œuvre ses préconisations indissociables, notamment[3]:
· Dépister ces violences avant 18 ans par des questions systématiques auprès des enfants.
· Introduire une obligation de signaler dans l’article 226-14 du code pénal pour tous les médecins et l’assortir d’une double protection du signalant de bonne foi. Cela afin que les médecins ayant effectué le signalement ne soient plus l’objet de poursuites et que ces dernières ne se retournent plus contre les dévoilements d’un enfant et contre le parent protecteur venu consulter un médecin.
· Protéger le parent protecteur des risques de poursuites civiles ou pénales.
· Faire bénéficier à l’enfant d’un parcours de soins adapté le mettant en sécurité dès ses premières révélations ainsi que d’un traitement spécialisé[4], [5].
Docteure Catherine Bonnet, psychiatre d’enfants et d’adolescents, chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur.
Docteur Jean-Louis Chabernaud, Pédiatre-réanimateur, ancien praticien hospitalier temps plein, AP-HP. Université Paris-Saclay et vice-président de l’association Sparadrap.
Références
[1] https://www.ciivise.fr/le-cout-du-deni/
[3] https://www.ciivise.fr/wp-content/uploads/2022/03/CCl-inter_2803_compressed.pdf
[4] Bonnet C. L’enfant cassé, l’inceste et la pédophilie. Paris. Albin-Michel. 1er éd. 1999, 2ème éd. 2021.
[5] Bonnet C. Darves-Bornoz JM, Godefroy AL Entrée dans le parcours : chaque histoire est unique in Bonnet C. Chabernaud JL. Inceste, violences sexuelles à l’encontre de l’enfant. Le signalement, élément clé du parcours de soins. Le Concours médical Octobre 2016 ; 138 (8) : 613-648. Prix du meilleur article pour la formation des médecins généralistes dans le cadre du grand prix éditorial 2017 du Syndicat de la Presse et de l’Edition des Professions de Santé (SPEPS) :