Arrêtons le tourisme de la chasse

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Les enchères du Safari Club International, l'événement à ne pas louper si on veut s'offrir le droit de tuer un ours polaire

Du 1er au 4 février, le Safari Club International, l’une des plus grandes associations de chasseurs au monde, organise à Las Vegas une vente aux enchères où sera adjugée près d’un millier de permis de tuer des animaux sauvages.

Il devrait y avoir une sacrée ambiance cette semaine dans les casinos de Las Vegas. Il faut dire que 25 000 chasseurs d’animaux sauvages réunis dans un même endroit, ça doit donner quelque chose d’assez raffiné, surtout quand ceux-ci sont venus spécialement des quatre coins du globe pour serrer des pinces et faire chauffer la carte bleue.

Mais ne vous méprenez-pas, ce ne sont pas les machines à sous qu’ils s’apprêtent à gaver de leurs billets, non, non. Leur argent, ils vont le verser au Safari Club International (SCI), association de chasseurs de renom dont le but principal est de "défendre les droits des chasseurs" et de "promouvoir la conservation de la nature", selon le site Internet de l’organisation. Pas gracieusement bien sûr, mais contre un petit millier de permis de chasse et autres pièces de taxidermie.  

Durant quatre jours, ces milliers de charmantes personnes au goût prononcé pour les chapeaux de cow-boys vont enchérir sur place ou en ligne pour tenter de décrocher une belle escapade sanglante, au cours de laquelle elles pourront notamment traquer et abattre un ours polaire, deux éléphants de Namibie, huit léopards d’Afrique, ou encore des lions et des rhinocéros. Au total, ce ne sont pas moins de 1000 mammifères que ces "passionnés" auront la possibilité d’achever et d’arborer tels des trophées, et quelque 5,3 millions de dollars qu’espère récolter dans la foulée le SCI.

Les enchères pour le permis de tuer un ours polaire au Canada, le lot phare de la vente, débuteront à 25 000 dollars, mais le SCI espère bien en tirer au moins 72 000 dollars. Pour les deux chasses à l'éléphant d'Afrique, les estimations se situent plutôt aux alentours de 35 000 et 25 000 dollars, quand les léopards pourraient rapporter huit fois 16 500 dollars au club.

La vente aux enchères de la SCI : la garantie d'un lobbying réussi.

Organisée dans le cadre de la Convention annuelle des chasseurs du SCI, gigantesque salon où les derniers modèles de fusils sont exhibés tels des casques de réalité augmentée au CES, cette vente aux enchères représente assurément la plus importante source de revenus de l’année pour le Safari Club International. Contacté par mail par Mashable FR, il n’a pour le moment pas donné suite à notre demande. Mais sur son site Web, il explique brièvement nécessiter de ces fonds "pour alimenter ses efforts en matière de défense des chasseurs et de conservation de la faune". 

Les derniers modèles de fusils sont exhibés tels des casques de réalité augmentée au CES

D’après Masha Kalinina, spécialiste des politiques commerciales internationales liées à la faune sauvage à la Humane Society International, la somme totale récoltée "permet avant tout de payer les salaires des employés du club, mais surtout de financier les opérations de lobbying qu’elle effectuera à travers le monde, notamment lors de la décisive Convention on International Trade in Endangered Species (CITES)". Lors de cette conférence qui a lieu tous les trois ans depuis le début des années 1970, les restrictions liées au commerce international d'animaux sauvages sont durcies ou, au contraire, assouplies. Et lorsqu'il s'agit d'assouplissement, les lobbistes sont souvent passés par là. 

"Rien d'illégal"

"Le problème, c'est que ces chasses au trophée n'ont rien d'illégal", regrette Masha Kalinina à Mashable FR. Car bien que de la majorité des espèces qu'elles concernent soient répertoriées par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) comme menacées d'extinction, les permis de chasse sont délivrés dans le cadre de la loi par les autorités des états concernés, moyennant toujours de mirobolantes sommes d'argent, et n'ont rien à voir avec le braconnage. Rien que sur le continent africain, 28 pays les autorisent. Mais le business est sans doute trop juteux pour se refuser : les chasses au trophée rapporterait annuellement plus de 183 millions d’euros, tous états confondus. 

Rien que sur le continent africain, 28 pays les autorisent

Lorsqu'il s'agit de justifier le maintien de cette activité, les associations de chasseurs comme les gouvernements ne se privent d'ailleurs pas de brandir l'argument du cercle vertueux : finançement des gardes qui luttent contre le braconnage et des programmes d'aides aux populations locales, garantie de la préservation des espaces naturels là où pourraient prendre place des zones agricoles... À les entendre, la chasse au trophée serait une véritable opération humanitaire et écologique. De son côté, la Humane Society International pointe justement du doigt, dans un rapport publié ce mercredi, les très faibles retombées économiques de ces chasses pour les pays qui les autorisent.

Comme la plupart des clubs du même type, la SCI se targue également de redistribuer la viande des bêtes abattues dans les villages. "Sauf qu'aucun contrôle ne permet d'affirmer qu'elle est comestible, et que bien souvent, les populations en question n'en veulent pas, car elles n'ont pas l'habitude d'en consommer", nuance Masha Kalinina. 

Un reflet de l’Amérique de Trump

Sur le podium des plus gros chasseurs d'animaux sauvages, on retrouve sans surprise les Américains... dont la première victime est d'ailleurs un emblème national : l'ours brun d'Amérique, qui réprésente à lui seul 44 % des trophées, selon un rapport de l'Internation Fund For Animal Welfare (IFAW) daté de juin 2016.

On ne s'étonnera donc pas non plus que les fils du président américain, Donald Jr. et Eric Trump, soient de fiers chasseurs au trophée. Car oui, cette semaine, c'est bien un échantillon de l'Amérique de Trump, celle qui nie l'existence du réchauffement climatique et qui défend corps et âme le droit au port d'arme, qui se retrouve à Vegas.



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