
Le Canard enchaîné rapporte que l’Inspection Générale de la Police (IGPN) ne s’est pas défoncée pour trouver l’identité du policier responsable du tir de grenade lacrymogène qui a tué Madame Zineb Redouane le 1er décembre 2018 à Marseille. Le capitaine de la compagnie des CRS déclare qu’il est impossible d’identifier le tireur sur photos parce qu’elles sont floues. L’IGPN ne réclame pas les photos pour se rendre compte par elle-même. Et lorsqu’elle demande au capitaine de lui fournir les cinq lanceurs de grenades lacrymogène pour examens balistiques, ce dernier répond que c’est impossible parce que sa compagnie en a besoin pour maintenir l’ordre « dans une période de mouvement revendicatif intense ».
Le Canard enchaîné s’en étonne. Il juge cette réponse stupéfiante. En réalité, elle n’a rien d’étonnant. Les CRS et l’IGPN sont des collègues. Ils appartiennent à la même maison. Ils ont les mêmes intérêts. Le capitaine pouvait se permettre de fournir n’importe qu’elle excuse bidon parce qu’il savait que tout passerait. Car le rôle de l’IGPN n’est pas d’établir les faits, mais de rédiger un rapport suffisamment vide pour permettre à la justice de conclure que les faits ne sont pas suffisamment établis. C’est toujours de cette manière que les choses se passent.
J’en conclus que les journalistes du Canard enchaîné sont de bons journalistes. Ils font très correctement leur travail. Car, si la fonction de l’IGPN est de couvrir les policiers de terrain, la mission de la presse est de couvrir l’État.