Petition updateAppel pour qu'un hommage à Henri Alleg soit rendu par la ville de PalaiseauIl y a 60 ans, l'adresse solennelle au Président de la République René Coty
Appel Henri Alleg Palaiseau
Nov 14, 2018

Il y a 60 ans, l'adresse solennelle au président de la République était publiée suite aux révélations du livre d'Henri Alleg "La question".

ADRESSE SOLENNELLE À M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Les soussignés
– protestent contre la saisie de l’ouvrage d’Henri Alleg La Question, et contre toutes les saisies et atteintes à la liberté d’opinion et d’expression qui l’ont récemment précédée
– demandent que la lumière soit faite, dans des conditions d’impartialité et de publicité absolue, sur les faits rapportés par Henri Alleg
– somment les pouvoirs publics, au nom de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, de condamner sans équivoque l’usage de la torture, qui déshonore la cause qu’il prétend servir.

Avril 1958.
André Malraux,
Roger Martin du Gard,
François Mauriac,
Jean-Paul Sartre.

Jean-Paul Sartre (Une Victoire, 1958)

Jusqu’ici, ceux qui osaient porter témoignage, c’étaient des rappelés, des prêtres surtout... Ils nous montraient des sadiques courbés sur des loques de chair. Et qu’est-ce qui nous distinguait de ces sadiques ? Rien, puisque nous nous taisions...
Avec La Question, tout change : Alleg nous épargne le désespoir et la honte parce que c’est une victime et qui a vaincu la torture... Nous nous fascinions sur le gouffre de l’inhumain... L’inhumain n’existe nulle part, sauf dans les cauchemars qu’engendre la peur. Et justement le calme courage d’une victime, sa modestie, sa lucidité nous réveillent pour nous démystifier : Alleg vient d’arracher la torture à la nuit qui la couvre.
En intimidant ses bourreaux, il a fait triompher l’humanisme des victimes et des colonisés... Et que ce mot de “ victimes ” n’aille pas évoquer je ne sais quel humanisme larmoyant : au milieu de ces petits caïds, fiers de leur jeunesse, de leur force, de leur nombre, Alleg est le seul dur, le seul qui soit vraiment fort. Nous autres, nous pouvons dire qu’il a payé le prix le plus élevé pour le simple droit de rester un homme parmi les hommes. Mais il n’y pense même pas. 

Gabriel Marcel (L’Express, 1958)

 Je ne puis que donner raison à Sartre. Hitler a été un précurseur... J’estime qu’on se déshonore en gardant le silence en présence de ces horreurs. Les différences d’opinion politique s’abolissent, elles n’ont plus sur ce plan la moindre importance. 

François Mauriac (L’Express, 1958)

 Tout ce qui a été dénoncé reçoit ici, d’une des victimes, un témoignage sobre, qui a le ton neutre de l’Histoire... Quel coup vous avez porté à l’Armée, vous qui prétendez la défendre contre nous !... Comment se peut-il que le livre d’Henri Alleg n’ait pas suscité chez tous les Français, chrétiens ou humanistes, la même stupeur, la même horreur ? Je me retiens de demander à mes amis, à ceux de mes confrères qui tiennent une plume, qui disposent d’une tribune : “ Avez-vous lu La Question d’Henri Alleg ? ” J’aime mieux supposer qu’ils ne l’ont pas lu, et les faire bénéficier de ce doute. 

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