Appel des soignant.e.s de terrain aux députés qui veulent légaliser l’euthanasie

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Non, une légalisation des injections létales n’est pas la bonne solution !

Infirmièr.e.s et aide-soignant.e.s de terrain, nous sommes les mains médiatiquement invisibles mais qui pourtant prennent soin à chaque instant du jour et de la nuit de patients en fin de vie. Nous voulons témoigner de la réalité de cet accompagnement. Nous sommes attentif.ve.s à leurs souffrances, entendons leurs détresses et recueillons leurs doléances au quotidien. En dehors des structures spécialisées en soins palliatifs, nous sommes parfois témoins de certaines indifférences, voire incompétences pour les soulager, mais aussi de situations scandaleuses d’acharnement thérapeutique.

Pourtant nous savons bien que si certains disent qu’ils préfèrent mourir plutôt que de souffrir, leur demande tend à disparaître spontanément lorsqu’une équipe formée les soulage correctement. 

Nous savons également que ce sont des familles désemparées, parce que tout n’a pas été fait pour apaiser leur proche, qui viennent nous voir en disant « faites quelque chose ». Parfois aussi, elles voudraient simplement que cessent examens et traitements inutiles qui ne font qu’ajouter de la souffrance à la souffrance.

Nous sommes bien démuni.e.s lorsqu'un médecin insuffisamment formé à la culture palliative, ne juge pas nécessaire de prescrire les médicaments indispensables à soulager souffrances et douleurs. Ou bien lorsqu'il continue à se réfugier dans une obstination déraisonnable pourtant interdite par la loi, parce que mettre des mots sur la réalité n'est pas exercice facile, au-delà d'être chronophage.

Au contraire nous constatons que lorsque la prise en charge est adaptée au cas par cas, et mise en œuvre par une équipe cohérente et efficiente, la demande d’accélérer la survenue du décès se dissipe.

Mais, lorsque nous sommes réduit.e.s à un rôle purement technique et considéré.e.s comme des subalternes, ou que nous nous heurtons à une forme de toute-puissance médicale, ignorante de l’indispensable concertation collégiale, nous ne pouvons ni accompagner ni soulager correctement les patients. C’est seulement par une approche multidisciplinaire et interprofessionnelle où chacun.e joue pleinement son rôle et met en œuvre ses compétences, que nous pouvons vraiment agir efficacement pour rendre le temps du mourir moins éprouvant.

Alors, nous sommes en colère que notre société ne déploie pas tous les moyens nécessaires à améliorer la situation de celles et ceux qui meurent. Mais nous sommes encore plus en colère quand des élus, au lieu de nous entendre, proposent comme seule alternative à ce mal-mourir, de mettre fin aux jours des patients par une injection létale. C’est comme s’ils nous demandaient de casser le thermomètre plutôt que de trouver des solutions pour faire baisser la fièvre.

Nous avons besoin que TOUS les professionnels reçoivent une formation spécifique et développent de VRAIES compétences en soins palliatifs : au domicile, dans les EHPAD, dans les services hospitaliers publics et privés. Nous avons besoin de temps nécessaire à accompagner sans que l’on nous oppose sans cesse  une logique comptable de réduction des dépenses dont le seul résultat tangible est de  réduire la qualité de notre travail.

Nous n’accepterions pas que les injections létales deviennent la seule façon de soulager la souffrance. Nous ne renoncerons pas à notre devoir de bientraitance qui est le moteur de notre engagement professionnel.

Nous demandons à être entendu.e.s par les 156 députés, visiblement mal informés, qui ont signé un texte laissant penser que le remède au mal-mourir des patients serait de les faire mourir plus vite.

Nous nous interrogeons forcément sur les répercussions que pourraient avoir un tel changement législatif sur les plus vulnérables.

Mourir dans la dignité n’est certainement pas mourir d’une injection létale administrée par un médecin dont ce n’est pas le rôle.

Mesdames, Messieurs, les député.e.s nous connaissons bien mieux que vous le problème du mal-mourir, et nous voulons vous expliquer les raisons pour lesquelles vos solutions sont très loin de la bientraitance. Notre travail doit rester de soulager et d’accompagner les patients : donnez-nous-en les moyens plutôt que de nous inciter à  y renoncer en provoquant leur mort.

Le coût de l’acharnement thérapeutique est bien plus important que celui de l’accompagnement… Réinjectez les moyens là où ils devraient être au lieu de nous demander d'injecter la mort.

 

Signataires :

Marion Broucke (Infirmière), Marie-Noëlle Belloir (Cadre de santé), Mona Benachir (Aide-soignante), Stéphane Bourez (Cadre de santé), Sonia Evrad (Aide-soignante), Angèle Marcerou (Infirmière), Marlène Morel (Aide-soignante), Martine Nectoux (Infirmière clinicienne), Leïla Oucheikh (Aide-soignante), Martine Trouillet (Cadre de santé), Virginie Van Waes (Infirmière coordinatrice)



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