Petition updatePédophilie/Délai de prescription : donnons le temps aux victimes d'obtenir justice !Les enfants victimes de tortures sexuelles resteront méprisés.
Séverine MFrance
Aug 1, 2018
Bonjour, Ce premier août 2018 restera dans l’histoire comme un triste jour qui aura établi clairement que notre pays n’aime pas les enfants, notre pays ne cherche pas à protéger les enfants, notre pays par contre offre la paix aux pédocriminels. Le « Projet de Loi Contre Les Violences Sexuelles et Sexistes » a été définitivement adopté ce matin. Le gouvernement est resté sourd jusqu’au bout, méprisant le travail titanesque d’associations confrontées chaque jour à des drames innommables, méprisant le travail de médecins psychiatres qui ont œuvré à mettre en évidence les ravages des agressions sexuelles sur mineur et le phénomène d’amnésie traumatique, méprisant l'expérience d'avocats mobilisés avec nous, méprisant les voix de tous-tes les militant-e-s qui ne cessent de démontrer qu’il n’existe pas de Justice pour les survivants de ces agressions, méprisant les voix des victimes dont finalement le sort importe peu… Cette loi « Schiappa » donc, n’apporte aucune révolution. Nous avons gagné 10 ans concernant le délai de prescription, il est donc désormais porté à 30 ans au lieu de 20 à compter de la majorité. Donc une victime pourra porter plainte jusqu’à 48 ans. Et je vous encourage à ne pas hésiter, si vous n’avez pas dépassé cet âge. Mais c’est une triste « victoire », 30 ans… L’amnésie traumatique n’a pas de règle définie, la mémoire, la conscience des faits peut arriver à n’importe quel âge, et donc parfois après 48 ans. Pire, pour citer la députée Sophie Auconie qui à titre personnel souhaitait une imprescriptibilité de ces crimes : « Mais nous avions demandé à ce qu’elle (la prescription) ne s’applique pas aux violeurs en série. Dans les familles, dans l’Eglise, il y a une ascendance des auteurs sur les victimes, qui fait qu’elles mettent beaucoup de temps à dénoncer. Ensuite, d’autres victimes prennent la parole d’un seul coup et, à ce moment-là, on mesure à quel point 30 ans, c'est court. On devrait considérer que le violeur en série ne bénéficiera pas d’une prescription. Marlène Schiappa ne l’a pas retenu. Pour moi, c’est une faute grave. » C’est une chose qui m’interpelle parce qu’à la suite de la sortie de mon livre « La Parole » en 2013, j’ai reçu des témoignages difficiles à encaisser : mon beau père a fait d’autres victimes. La dernière m’a révélé son agression en début de cette année…Soit 33 ans après. Les pédocriminels font rarement une victime isolée. Donc cette loi ne permettra pas de rendre justice à toutes les victimes. Andrea Bescond a également réagi : « « Un pays qui offre à des agresseurs de toutes sortes le droit à l'oubli, le droit à une seconde chance, que dis-je? Une troisième, quatrième chance, une chance infinie... une succession de cartons jaunes qui mènent rarement au carton rouge de l'emprisonnement ferme avec obligation de soins. On retiendra tout de même le rallongement des délais de prescription . Les victimes de viol pourront désormais porter plainte jusqu'à l'âge de 48 ans, c'est un peu plus cohérent même si ce n'est pas idéal car une amnésie traumatique peut cesser à n'importe quel âge, il n'y a pas de règle... tout comme un agresseur d'enfants peut violer de sa majorité jusqu'à sa mort. L'agresseur, lui, ne connaît pas de prescription et rarement d'amnésie d'ailleurs, il connaît le mensonge, la manipulation, la perversité, l'atteinte à l'intégrité sexuelle, le sursis, la relaxe... » Autre chose décevante : rien, mais absolument rien, concernant la spécificité de l’inceste. Pourtant, la majorité des agressions sexuelles sur mineurs sont commises par un proche, souvent même le père ou le beau-père, donc la victime est soumise à des viols répétitifs qui s’étalent généralement sur des années. Il n’est pas rare que dans les cas d’inceste, les viols continuent au-delà de la majorité, l’emprise étant telle que les victimes n’ont aucun moyen de s’en sortir si elles ne bénéficient pas d’une aide extérieure et/ou familiale. Mais les familles inces-tueuses sont rarement un soutien pour les victimes, au contraire, elles sont une entrave, une asphyxie. Et ça continue… Pas d’âge de consentement établi. Oubliées les belles paroles du Président Macron et de Mme Schiappa… Dans les faits, ce sera toujours à la victime de démontrer qu’elle n’était pas consentante. Il va falloir compter sur une prise de conscience des magistrats, car nous n’oublions pas qu’il restera possible de considérer que des enfants de 9, 10, 11 ans pourraient avoir consenti à leur agression… Nous en avons eu la démonstration ces derniers mois à plusieurs reprises, rien ne va réellement changer. Je viens de parler de l’inceste, nous demandions qu’aucun consentement ne soit retenu jusqu’à 18 ans, parce que nous savons ce qu’il en est, nous survivant-e-s, épaulé-e-s par des associations, des médecins, des juristes : on ne nous a pas entendu-e-s. Les associations de protection de l’enfance ou d’aide aux victimes dénoncent le fait que 97% des signalements sont classés sans suite : donc 97% des pédocriminels vivent tranquilles, et savent qu’ils n’ont rien à craindre. Ils sont dans vos rues, parfois dans vos familles. Les enfants, les vôtres, comme ma fille de 7 ans ne seront jamais à l’abri de croiser la route d’un pédocriminel. Rendez-vous compte, on demandera à votre enfant de prouver qu’il/elle ne voulait pas, et vous avez « 3 chances sur 100 » pour que l’agresseur soit poursuivi et condamné car finalement, la décision reviendra au magistrat… Les chiffres sont alarmants, le nombre de victimes est phénoménal, par contre le taux de condamnation est ridicule, juste symbolique. C’est la colère et la rage qui anime aujourd’hui toutes les personnes qui depuis des années se mobilisent par tous les moyens pour lutter contre le fléau qu’est la pédocriminalité. Je finirai ce message en regrettant que la mobilisation citoyenne n’ait pas été plus importante que ce que nous avons observé, sur un sujet qui touche UN ENFANT SUR CINQ et donc concerne tout le monde. Si les députés, les sénateurs et le gouvernement ont préféré pondre une toute petite loi de rien du tout, une loi pour rien, c’est aussi parce que nous n’avons pas fait assez de bruit. Grâce au phénomène #MeToo, les femmes qui subiront un regard trop insistant pourront porter plainte, la loi « Schiappa » a intégré le regard insistant dans le harcèlement de rue. Pendant ce temps-là, des enfants violés, eux, seront méprisés, tenus pour responsables et subiront une vie de séquelles. J’y vois là une décadence des valeurs, des priorités. Le harcèlement de rue méritait en effet d’être condamné, malgré tout, cette loi ressemble à un grand coup de communication… Car au bout du compte, les enfants n’ont toujours pas acquis le droit de rester des enfants et d’être protégés et soutenus. Ce soir, les violeurs d’enfants dormiront sur leurs deux oreilles. 1 enfant sur 5 s’endormira terrifié. Nous resterons mobilisés. Merci à toutes les personnes qui ont soutenu cette pétition, qui l’ont partagée, qui ont témoigné, qui ont dénoncé… Vous aussi, restez mobilisés. C’est ensemble qu’il faut se préparer à une nouvelle stratégie pour que cette loi infâme ne reste pas en l’état. Séverine M. https://france3-regions.francetvinfo.fr/centre-val-de-loire/loi-violences-sexuelles-sexistes-on-rate-ce-qui-aurait-du-etre-vraie-belle-loi-1519142.html (Photo d'illustration / © Thomas Padilla/MAXPPP)
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