
Déclaration du caucus des professeur.e.s et bibliothécaires Noir.e.s, Autochtones et Racisé.e.s de l'Université d'Ottawa au sujet de la création d’un nouveau comité d’antiracisme par l’Université
* English version follows
Le Caucus des professeur.e.s et bibliothécaires Noir.e.s, Autochtones et Racisé.e.s (NAR ou BIPOC) de l'Université d'Ottawa est solidaire des étudiants autochtones et Noir.e.s qui continuent de faire face aux effets les plus néfastes de la suprématie blanche sur notre campus. Les luttes contre le racisme et la décolonisation sont profondément interdépendantes et doivent être la plus haute priorité de notre administration universitaire.
Le Caucus remet en question la nécessité d'un autre comité sur le racisme systémique sur le campus, alors qu'il existe déjà une abondante littérature et une connaissance approfondie sur ces questions. Nous craignons que le comité ne soit qu’un moyen d’éviter ou de retarder la mise en œuvre des nombreuses recommandations contenues dans les propres rapports de l’Université ainsi que dans celles proposées par les communautés Noires, Autochtones et Racisées (NAR ou BIPOC) . Les communautés BIPOC sont épuisées par les comités, les discussions, les retards et les nombreuses façons dont notre travail et notre temps sont exploités de manière à ce que l'Université puisse créer une image de soutien au travail antiraciste par des actes performatifs.
L'Université d'Ottawa n'a pas besoin d'un comité antiracisme supplémentaire. Elle a plutôt besoin que l'administration universitaire investisse le temps, l'argent et les ressources nécessaires pour apporter un réel changement structurel. Cette déclaration n'est pas une critique des individus qui choisissent d'être impliqués dans le nouveau comité antiracisme, mais une critique de l'administration universitaire et de son inaction depuis trop longtemps.
Pour de nombreuses raisons, le Caucus du BIPOC refuse l'invitation à participer au nouveau Comité d'action de l'Université d'Ottawa sur la lutte contre le racisme et l'inclusion nouvellement formé. Nous remettons en question la légitimité de ce nouveau comité antiracisme et la dissolution de l'ancien comité antiracisme pour les raisons suivantes.
• Premièrement, et la création et la dissolution des comités ont été effectuées sans consultation avec nous ou, à notre connaissance, avec quiconque de la communauté du BIPOC. L'exécutif de l'université et l'administration centrale, y compris le bureau des droits de la personne, ont pris des mesures unilatérales pour déterminer le mandat de ce nouveau comité, le président, la composition et
la composition du comité sans consulter ceux et celles que le racisme affecte le plus.
• Deuxièmement, la critique selon laquelle l'ancien comité n'était pas suffisamment orienté vers l'action repose sur la responsabilité de la direction de l'université. Celle-ci a pendant des mois refusé de faire du premier comité un comité d'action et l’a finalement dissous en réponse à cette demande. En fin de compte, la responsabilité devrait être assumée par les hauts dirigeants de l’Université et non sur ceux et celles qui se sont engagé.e.s avec l'ancien comité. L'absence de changements substantiels à l'université signale le manque d'engagement, de ressources et d'action de celles et ceux qui ont le pouvoir d'instaurer les changements concrets préconisés depuis longtemps par les communautés BIPOC. Aussi, les étudiant.e.s et professeur.e.s BIPOC qui avaient siégé sur l’ancien comité ont passé de nombreuses heures à parler de leurs expériences, à donner leur travail et leurs connaissances gratuitement, et à s'engager pleinement dans un comité qui finalement n’a rien donné. Nous sommes troublé.e.s non seulement par le traumatisme qui a été infligé aux membres du BIPOC, mais aussi par la façon dont leurs idées et leurs recommandations ont été ignorées, mises de côté sinon rejetées. Lors d'un événement sur le racisme anti-noir qui a eu lieu la fin de semaine dernière, les étudiant.e.s ont décrit leurs expériences négatives de faire partie du premier comité antiracisme.
• Troisièmement, nous estimons que le temps est venu de mettre en œuvre des changements structurels. La création d'un nouveau comité retarde la mise en œuvre des changements structurels qui, selon nous, doivent impérativement être entrepris le plus rapidement possible. Ce que veulent les communautés du BIPOC n'est un secret pour personne, et les bonnes pratiques de lutte contre le racisme dans les universités existent déjà. Nous renvoyons la direction de l'université aux nombreuses excellentes recommandations qui ont été laborieusement préparées dans d'innombrables rapports qui ont été «bien reçus» et rapidement ignorés, y compris leurs propres rapports internes, les recommandations faites par notre propre caucus et les leaders étudiant.e.s sur notre campus , ainsi que la Fédération canadienne des étudiant.e.s. Bon nombre de ces recommandations sont les mêmes, se chevauchent et se complètent. Ces recommandations fournissent des stratégies bien connues pour lutter contre le racisme dans les universités, en attente d'être mises en œuvre par notre administration universitaire.
Par exemple, nous vous prions de vous référer à ce qui suit:
• Canadian Federation of Students Final Report of the Task Force on Campus Racism;
• October 2020 Recommendations by the BIPOC Caucus to Address Systemic Racist at the University of Ottawa;
• University of Ottawa Students’ Union President Calls for Action following Multiple Racist Incidents on Campus;
• Open Letter to the Office of President Jacques Frémont from the UOSU, BLSA, OPIRG, CUPE 2626, WISE & 16 student governments;
• Letter from the Black, Indigenous, and People of Colour (BIPOC) Caucus of the Association of Professors of the University of Ottawa;
• The APUO-University of Ottawa Committee on Equity, Diversity and Inclusion (EDIC) 2019-2020 Equity, Diversity and Inclusion Committee (EDIC) Report;
• The APUO-University of Ottawa Committee on Equity, Diversity and Inclusion (EDIC) 2018-2019 Report of the Equity, Diversity and Inclusion Committee (EDIC) Report
• Quatrièmement, ce nouveau comité proposé lui-même reproduit le dommage causé aux professeur.e.s, au personnel et aux étudiant.e.s BIPOC. Entre autres choses, ce comité nouvellement formé charge les personnes Noires, Autochtones et Racisées d'assumer un important travail non rémunéré qui devrait être effectué par du personnel à plein temps dans un bureau de lutte contre le racisme. Les tâches décrites par l’annonce de ce comité exposent les personnes Noires, Autochtones et Racisées qui s’y engageraient à une important surcharge de travail et à des risques d'épuisement professionnel. Ce comité reproduit le modèle de faire tourner en rond les communautés BIPOC, de voir leur charge de travail considérablement augmentée ainsi que leur travail approprié, et ce, seulement pour que leurs recommandations soient, non seulement subséquemment ignorées, mais aussi discréditées lorsqu’elles demandent à leurs institutions de lutter contre le racisme systémique.
• Cinquièmement, quand était venu le temps de mettre en œuvre une politique sur le harcèlement sexuel (politique 67) pour prévenir les violences sexuelles, l'université n'a pas eu besoin de multiples comités, ou d’une collecte supplémentaire de données, ou encore un forum où les survivant.e.s de harcèlement sexuel ont dû partager leurs histoires douloureuses, et réactivant ainsi le traumatisme. Pour les mêmes raisons, nous demandons à l’Université de prendre le racisme avec autant de sérieux et d’agir rapidement pour mettre en œuvre une politique antiracisme.
Enfin, Le Caucus des professeur.e.s et bibliothécaires Noir.e.s, Autochtones et Racisé.e.s est pleinement engagé à travailler avec l'Université, mais non par l’entremise de ce nouveau comité. Des changements structurels sont irrémédiablement nécessaires à l'Université pour combattre le racisme systémique. Le caucus BIPOC est disposé à coopérer avec l'administration universitaire pour mettre en œuvre des changements structurels spécifiques en vue de faire progresser la l’antiracisme. Il est temps pour l'Université de démontrer qu'elle est déterminée à faire ce travail.
Nous appelons l'Université à s'engager immédiatement à mettre en œuvre les éléments suivants:
1. Créer une politique officielle de lutte contre le racisme à l'échelle de l'Université avec des lignes directrices concrètes, des principes des BIPOC (comme la justice réparatrice) et des mesures de responsabilisation. Cette politique doit spécifiquement s'appuyer sur les documents susmentionnés et le travail accompli à ce jour par les membres de la communauté du BIPOC ayant des connaissances antiracistes et une expérience vécue du racisme, plutôt que de remplacer et de contredire leur important travail.
2. Embaucher un responsable de la lutte contre le racisme du BIPOC au niveau exécutif, avec ses propres fonds et personnel. Cette personne relèverait directement du Conseil des gouverneurs. Le premier mandat de cet exécutif serait de mettre sur pied un bureau de lutte contre le racisme doté de ressources suffisantes et d'un effectif complet, doté d'un conseiller juridique indépendant à l'Université d'Ottawa. Le responsable exécutif et le personnel du bureau de lutte contre le racisme devraient démontrer leur engagement à travailler avec les communautés et les personnes Noir.e.s, Autochtones et Racisé.e.s sur le campus, et être considérés comme légitimes par celles-ci.
3. Les personnes qui dirigent le travail antiraciste à l'Université devraient être issues des communautés Noires, Autochtones et Racisées, avec des connaissances antiracistes et une expérience vécue du racisme et de la lutte et de l'organisation et des luttes antiracistes. L’Exécutif antiraciste devrait diriger ce travail.
4. Que l’Université s’engage à embaucher 15 professeur.e.s Noir.e.s dans des domaines tels que la lutte contre le racisme anti-Noir.e.s, les études carcérales critiques noires, l'histoire des Noir.e.s, le féminisme noir, les études sur la diaspora noire, la culture populaire noire, l'esthétique culturelle des Noir.e.s, les jeunes filles noires et les enjeux en santé des Noir.e.s et en études juridiques critiques noires. Il faudrait envisager la mobilité ascendante de ces professeur.e.s et de tous les autres professeur.e.s BIPOC vers des postes d’administration universitaire. De plus, une embauche groupée ne remplace pas la nécessité de réformer les pratiques d'embauche, lesquelles doivent être effectuées simultanément.
5. S'engager à fournir des rapports annuels publics sur les progrès de l'Université dans la mise en œuvre des initiatives de lutte contre le racisme.
6. Développer une formation antiraciste obligatoire pour tous les professeur.e.s et le personnel, ainsi que pour l'administration et la direction de l'Université. 7. S'engager à entreprendre l’élaboration d’un plan pour dissoudre les services de protection et les services de sécurité privés et à remplacer ces fonctions par un nouveau système de sécurité du campus qui n'est pas ancré dans le modèle carcéral. Les étudiants Noir.e.s, Autochtones et d'autres minorités racialisées sur notre campus ont parlé avec force des pratiques de profilage racial par les services de sécurité universitaires et privés et de l'impact du profilage racial sur le bien être et la sécurité des étudiant.e.s. L'Université doit répondre à ce problème de toute urgence.
Statement of the Black, Indigenous and People of Colour (BIPOC) Professors and Librarians Caucus at the University of Ottawa on the Creation of The New Antiracism Committee
The BIPOC Caucus stands in solidarity with Indigenous and Black Students who continue to face the most harmful effects of white supremacy on our campus. Anti-racism and decolonization struggles are deeply interconnected and need to be the top priority of our university administration.
The BIPOC Caucus questions the need for another committee on systemic racism on campus, when there is so much literature and knowledge on these issues. We are concerned the committee is a means to avoid or to delay implementing the many recommendations contained in the University’s own reports as well as those proposed by BIPOC communities. BIPOC communities are exhausted with committees, discussions, delays and the many ways our labour and time are exploited so that the University can create an image of supporting anti-racist work through performative acts.
The University of Ottawa does not need an Anti-Racism Committee. It needs university administration to invest the time, money and resources that are needed to bring real structural change. This statement is not a critique of any individuals who choose to be involved in the new committee but a criticism of the university administration and its inaction for too long.
For many reasons, the BIPOC Caucus declines the invitation to participate in the newly formed University of Ottawa Action Committee on Anti-Racism and Inclusion. We question the legitimacy of this new anti-racist committee and the dissolution of the old anti-racism committee for the following reasons.
• First, the creation of and the dissolution of the committees were done without consultation with us or, to our knowledge, with anyone in the BIPOC community. The university executive and central administration, including the Human Rights Office, have taken unilateral action on determining the mandate of this new committee, the chair, and the composition and membership of the committee without consulting those it affects the most.
• Second, the criticism that the old committee was not sufficiently action-oriented rests with the university leadership, who for months refused to make the first committee an action committee and eventually dissolved the committee in response to this precise demand. Ultimately, responsibility should be borne by the university’s leadership and not on those that engaged with the old committee. The lack of substantive change at the university points to the lack of commitment, resources and action on those that have the power to institute the concrete changes long advocated for by BIPOC communities. BIPOC faculty, staff and students spent numerous hours speaking about their experiences, giving their free labour and knowledge, and fully engaging in a committee that ultimately came to nothing. We are disturbed by not only the trauma that was inflicted onto BIPOC, but how their ideas and recommendations were ignored, set aside and otherwise discarded. In an event on anti-black racism that took place this past weekend at the university, students outlined their negative experiences of being a part of the first anti-racism committee.
• Third, we believe the time has come for implementing structural changes. Instituting a new committee delays the implementation of structural changes we believe need to be undertaken as soon as possible. What BIPOC communities want is not a secret and well-known practices of how to combat racism at universities already exist. We refer to the leadership of the university to the many excellent recommendations that have been laboriously prepared in countless reports that have been “well received” and promptly ignored, including their own internal reports, the recommendations made by our own caucus and student leaders on our campus, as well as the Canadian Federation of Students. Many of these recommendations are the same, overlap and supplement one another. These recommendations provide well-known strategies for how to combat racism at universities, waiting to be implemented by our university administration. For example, please refer to the following:
• Canadian Federation of Students Final Report of the Task Force on Campus Racism;
• October 2020 Recommendations by the BIPOC Caucus to Address Systemic Racist at the University of Ottawa;
• University of Ottawa Students’ Union President Calls for Action following Multiple Racist Incidents on Campus;
• Open Letter to the Office of President Jacques Frémont from the UOSU, BLSA, OPIRG, CUPE 2626, WISE & 16 student governments;
• Letter from the Black, Indigenous, and People of Colour (BIPOC) Caucus of the Association of Professors of the University of Ottawa;
• The APUO-University of Ottawa Committee on Equity, Diversity and Inclusion (EDIC) 2019-2020 Equity, Diversity and Inclusion Committee (EDIC) Report;
• The APUO-University of Ottawa Committee on Equity, Diversity and Inclusion (EDIC) 2018-2019 Report of the Equity, Diversity and Inclusion Committee (EDIC) Report
• Fourth, this proposed new committee itself reproduces harm to BIPOC professors, staff and students. Among other things, it tasks BIPOC, to take on extensive unpaid work that needs to be done by full-time staff in an anti-racism office. The tasks assigned to this committee expose BIPOC involved to a significant work overload and the risk of professionally burning out. This committee continues the pattern of making BIPOC communities run around in circles, have their workloads substantially increased, and their work appropriated, only to have their recommendations eventually not only ignored but also discredited, when they call on their institutions to combat systemic racism.
• Fifth, when it came time to implement a policy on sexual harassment (policy 67) to prevent sexual violence, the university did not require multiple committees or the collection of more data or a Town Hall where survivors of sexual harassment had to share their painful stories, reactivating trauma. By the same token, we ask the University to take racism as seriously and act quickly to implement an anti racism policy.
Finally, the BIPOC Caucus is fully committed to working with the university but not through this new committee. Structural changes are desperately needed at the university to combat systemic racism. The caucus is willing to collaborate with the university administration on implementing specific structural changes to advance anti-racism. It is time for the university to demonstrate that it is committed to doing this work.
We call on the university to immediately commit to implementing the following:
1. Create a university-wide official policy on anti-racism with concrete guidelines, BIPOC-led principles (such as restorative justice), and accountability measures. This policy must specifically build upon the above-mentioned documents and work completed to date by BIPOC community members with anti-racist knowledge and lived experience with racism, rather than replacing and contradicting their important work.
2. Hire a BIPOC Anti-Racism Officer at the executive level, with their own funds and staff. This person would report directly to the Board of Governors. The first mandate of this executive would be to establish a well resourced and fully staffed Anti-Racism Office that has independent legal counsel at the University of Ottawa. The executive officer and the staff in the anti-racism office should demonstrate a commitment to working with BIPOC communities on campus and be seen as legitimate by them.
3. The people leading anti-racist work at the University should be from BIPOC communities, with anti-racist knowledge and lived experience with racism and anti-racist struggle and organizing. The Anti-Racism Executive should lead such work.
4. Commit to a cluster hire of 15 Black professors in areas such as Anti Black Racism, Black Critical Carceral Studies, Black History, Black Feminism, Black Diaspora Studies, Black Popular Culture, Black Cultural Aesthetics, Black Girlhoods and Black Health Issues, Black Critical Legal Studies. Consideration should be given to the upward mobility of these and all other BIPOC professors into university administration positions. Also, a cluster hire does not replace the need to reform hiring practices, which must be done simultaneously.
5. Commit to deliver public annual reports on the University’s progress in implementing anti-racism initiatives.
6. Develop mandatory anti-racist education for all faculty and staff, as well as for university administration and leadership.
7. Commit to begin developing a plan to disband Protection Services and private security services and replace these functions with a new campus safety system that is not rooted in the carceral model. Black, Indigenous and other racialized minority students on our campus have spoken powerfully about practices of racial profiling by university and private security services and the impact of racial profiling on student well-being and safety. The university must respond to this issue with urgency.