Petition updateSOS Démocratie en périlComment vaincre le fascisme?
Collectif INTER-ORGANISATIONNELFrance
Nov 15, 2021

La tendance Démocratie et Révolution du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) a écrit récemment un très long message relatif à la montée de l’extrême droite en France. Vous trouverez ci-dessous la première partie de ce message. Le message est disponible en totalité si vous consultez son site internet à l’adresse ci-dessous.

Bernard Fischer

http://www.npa-dr.org/index.php/9-article-lettre/645-nationalisme-et-chauvinisme-xenophobie-et-racisme-contre-l-offensive-reactionnaire-faire-vivre-la-solidarite-de-classe-internationaliste

Nationalisme, chauvinisme, xénophobie et racisme, contre l’offensive réactionnaire, faire vivre la solidarité de classe internationaliste
Emmanuel Macron dans son intervention télévisée du Mardi 9 Novembre 2021 est parti en campagne contre les chômeurs et le monde du travail, jouant de sa police sanitaire pour étouffer la contestation et laissant à Marine Le Pen et à Eric Zemmour la démagogie des surenchères racistes et xénophobes. Chacun joue sa partition dans le cadre de leurs rivalités électorales, mais il serait pour le moins aveugle de penser un instant que la posture d'Emmanuel Macron fait obstacle à Eric Zemmour et à Marine Le Pen. Si Emmanuel Macron se veut rassurant face à l’agitation hystérique et haineuse de l’extrême-droite, ce n’est que pour mieux s’imposer comme leader du bloc réactionnaire au nom de l’union nationale tant célébrée à l’occasion du Jeudi 11 Novembre 2021. Cette union nationale qui, de Philippe Pétain à Charles de Gaulle, sur les champs de bataille ou dans la guerre économique, a servi et sert à justifier les sacrifices imposés aux classes populaires pour les intérêts des classes dominantes. Cette union nationale justifie aussi la xénophobie, comme les propos d'Eric Zemmour instrumentalisant la commémoration des attentats terroristes du 13 novembre 2015 en apportent une nouvelle et insupportable démonstration.

C’est bien la politique de Macron qui contribue à semer les préjugés dont se nourrit la démagogie d’extrême droite et à créer les tensions sociales et politiques qu’elle instrumentalise.

Plus globalement, c’est l’aggravation de la crise du capitalisme et sa faillite qui renforcent l’offensive des classes dominantes contre les travailleurs et les peuples et la montée des idées réactionnaires, xénophobes, racistes, sexistes et misogynes qui les accompagnent.

Les Marches pour les Libertés du 12 juin 2021 contre les idées de l’extrême-droite, qui ont regroupé des milliers de manifestants dans plusieurs grandes villes, témoignent à la fois de l’inquiétude et du rejet de ces idées, comme la manifestation de Lyon du 23 octobre 2021 contre les agressions racistes et homophobes de groupuscules identitaires, ou encore celles contre la venue de Zemmour à Nantes et à Saint-Malo. L’inquiétude est profonde. Au-delà du phénomène médiatique d’Eric Zemmour, il apparaît que cette offensive réactionnaire répond aux besoins des classes dominantes dans le même temps qu’elle flatte et qu’elle s’appuie sur les frustrations et les peurs d’une large fraction de la petite et moyenne bourgeoisie, voire d’une fraction de la classe ouvrière.

Dynamique de fascisation de l’état et de la société et possibilité du fascisme, nous n’en sommes pas là et il faut se méfier des raccourcis et des analogies avec les années 1930 qui se réfèrent à une période révolue et qui font du fascisme une menace vidée de son contenu historique. Le fascisme devient un mythe et l’antifascisme devient une proclamation. 

Il ne s’agit nullement de minimiser les agressions en cours ni les menaces pour la suite mais surtout, plutôt que de jouer les éternels Cassandre ou de spéculer sur la possibilité du fascisme, il s’agit de trouver dans ce passé auquel beaucoup font référence les expériences qui nous éclairent sur l’échec du mouvement ouvrier à y répondre.

Même si l’évolution du capitalisme est en train de créer les conditions sociales et politiques de possibles processus de même nature, quant au fond, que ceux qui ont conduit au fascisme et à la deuxième guerre mondiale, le contexte est radicalement différent et l’avenir est ouvert. Si la possibilité du fascisme ou de nouveaux régimes participant des logiques de militarisation de la vie sociale et de la production est une menace bien réelle, la réponse est dans la possibilité du socialisme, dans sa nécessité et dans la lutte pour la conquête de la démocratie, du pouvoir pour en finir avec la domination de la classe capitaliste.

La période actuelle de décomposition sociale et politique du capitalisme présente bien des similitudes avec celle des années 1930. Il est important de le comprendre au sens où l’urgence de se préparer à des combats majeurs s’impose pour le mouvement ouvrier.

Il est important de comprendre les mécanismes, les luttes de classes et les politiques qui ont conduit à l’avènement du fascisme et à la deuxième guerre mondiale, pour ne pas faire du fascisme une abstraction hors de l’histoire.

L’éclairage des années 1930 est indispensable, pour nous en approprier les leçons. Pour cela, le combat de Léon Trotsky et ses analyses, un point de vue de marxiste révolutionnaire, sont d’une précieuse utilité.

Il écrivait en 1935 dans Où va la France que « le fond du processus est le même partout. La bourgeoisie a conduit sa société à la faillite. Elle n'est capable d'assurer au peuple ni le pain ni la paix. C'est précisément pourquoi elle ne peut plus désormais supporter l'ordre démocratique. Elle est contrainte d'écraser les ouvriers par la violence physique. Or il est impossible de venir à bout du mécontentement des ouvriers et des paysans au moyen de la seule police. Il est trop souvent impossible de faire marcher l'armée contre le peuple, car elle commence à se décomposer et cela se termine par le passage d'une grande partie des soldats du côté du peuple. C'est pour ces raisons que le grand capital est contraint de constituer des bandes armées spécialisées, dressées à la lutte contre les ouvriers, comme certaines races de chiens sont dressées contre le gibier. La signification historique du fascisme est qu'il doit écraser la classe ouvrière, détruire ses organisations et étouffer les libertés politiques, précisément au moment où les capitalistes sont incapables de continuer à dominer et à diriger par l'intermédiaire du mécanisme démocratique ».

L’exacerbation de la confrontation entre la bourgeoisie et le mouvement ouvrier lui faisait dire qu’il n'existe aucune voie pour retourner à la démocratie pacifique. Le développement conduit inévitablement, infailliblement, à un conflit entre le prolétariat et le fascisme, c’est-à-dire qu’il n’offre aucune autre issue au mouvement ouvrier, à toute la société que la révolution.

A propos de la politique des fronts antifascistes, il écrivait que « si le front unique se prend au sérieux, et c’est à cette seule condition que les masses populaires le prendront au sérieux, il ne peut se dérober au mot d’ordre de conquête du pouvoir, par tous les moyens qui mènent au but. La lutte pour le pouvoir doit partir de l’idée fondamentale que, si une opposition à une aggravation future de la situation des masses sur le terrain du capitalisme est encore possible, aucune amélioration réelle de leur situation n’est concevable sans incursion révolutionnaire dans le droit de propriété capitaliste. La campagne du front unique doit s’appuyer sur un programme de transition bien élaboré, c’est-à-dire sur un système de mesures qui, avec un gouvernement ouvrier et paysan, doivent assurer la transition du capitalisme au socialisme ».

Mais en Allemagne, la bureaucratie stalinienne, qui avait tourné le dos à la révolution pour défendre les intérêts de la caste parasitaire au pouvoir en union soviétique, refusa la politique de front unique, renvoyant dos-à-dos la sociale démocratie et le fascisme. Elle refusa d’user de la force et de l’armement de la classe ouvrière pour entraîner la petite bourgeoisie ruinée et désespérée et prendre la tête de la révolution. La sociale démocratie impuissante n’envisageait d’autre issue que la voie électorale et le respect des institutions et de ses gouvernements réactionnaires pour se protéger du fascisme. Désarmée politiquement et physiquement, la classe ouvrière allemande fut écrasée sans combat.

Dans la période qui suivit, la bureaucratie stalinienne prôna l’unité avec la sociale démocratie, pour entraîner la classe ouvrière dans des fronts populaires caricatures de fronts uniques, fronts électoraux avec les partis bourgeois. La force et le combat de la classe ouvrière en Espagne ou des luttes de 1936 en France, qui ouvraient la possibilité de la révolution en Europe, furent dévoyés et piégés dans le cadre institutionnel et dans le respect de la propriété privée et de l’état bourgeois par les politiques criminelles de la sociale démocratie et de la bureaucratie stalinienne.

C’est très brièvement le résumé de ce qui nous semble aujourd’hui encore être les enseignements essentiels des terribles défaites des années 1930 qui laissèrent les mains libres aux grandes puissances impérialistes pour entraîner le monde dans la guerre. Ces enseignements faisaient dire à Clara Zetkin dès 1923 que « le fascisme est le châtiment qui s’abat contre le prolétariat pour n’avoir pas continué la révolution commencée en Russie ».

 
 


 
 

 
 
 
 
 
 
 

 
 
 

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