La Cour d'assises de Pontoise a acquitté Bagui Traoré, accusé de tentative de meurtre contre les forces de l'ordre, suite aux révoltes à Beaumont-sur-Oise qui avaient suivi la mort de son frère Adama Traoré. Deux hommes ont été condamnés à huit et à douze ans de prison ferme. Une victoire qui appelle donc à continuer la lutte contre les violences policières et le racisme d'état.
Vendredi 9 juillet 2021 marque la fin de presque 5 années de calvaire pour Bagui Traoré. Incarcéré depuis 2016 suite à la mort de son frère, Adama Traoré. La cour d’assises de Pontoise a rendu vendredi 9 juillet 2021 son verdict concernant le chef d’inculpation de tentative d’assassinat contre personnes dépositaires de l’autorité publique.
Ce procès, où 70 gendarmes constituaient la partie civile, dont le dossier contre Bagui Traoré comportait 13123 pièces et où les juges avaient à répondre à plus de 1000 questions, était l’illustration de l’acharnement judiciaire ignoble qui s’abat sur la famille d’Adama Traoré. Bagui Traoré est libre, mais cela n’effacera jamais les 4 ans de sa vie passés en détention pour des accusations fallacieuses, montées de toute pièce pour incriminer la famille d'Adama Traoré et pour priver l’enquête sur le meurtre d’Adama Traoré d’un de ses principaux témoins.
De plus, deux autres hommes ont été condamnés à 8 et à 12 ans de prison, accusés d’êtres les auteurs de coups de feu contre la police le soir des révoltes à Beaumont-sur-Oise qui ont suivi la mort d’Adama Traoré, une manière de trouver des coupables et de faire des exemples coûte que coûte.
Le résultat du procès de Bagui Traoré démonte jusqu’au ridicule la campagne d’acharnement policière et judiciaire contre la famille d'Adama Traoré. Comme le déclarait il y a deux jours l’avocat général de la cour d'assises de Pontoise, « je ne suis pas là pour faire des hypothèses, je n’ai pas de preuves et, quand on n’a pas de preuves, on en tire les conséquences ». Dans le dossier faramineux monté contre Bagui Traoré, aucune preuve ne permet de l’incriminer, au contraire des gendarmes qui ont tué Adama Traoré sous leur poids. Pourtant aucun d’eux n’a passé quatre ans en prison, ce procès incarne aussi l’illustration d’une justice à deux-poids et deux-mesures que dénonce Bagui Traoré lui-même, « je suis ici soi-disant pour avoir tiré contre les gendarmes, alors que c’est mon petit frère qui est mort. Pour moi, avant, l’institution ne pouvait pas mentir, mais maintenant franchement je ne crois plus en beaucoup de personnes ici ».
Cette victoire n’est pas seulement une victoire judiciaire. Elle est le résultat de la détermination de la lutte du Comité pour la Justice et la Vérité pour Adama Traoré qui, autour d’Assa Traoré, a réussi à mobiliser massivement.
De nombreuses manifestations à Beaumont-sur-Oise jusqu’à la manifestation historique du 4 juin 2020 devant le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Paris, en passant par les nombreux soutiens aux mobilisations sociales comme les Gilets Jaunes ou encore la grève d’ONET, la décision de la Cour d’assises de Pontoise au procès de Bagui Traoré est le produit du travail du comité qui a su résister à l’acharnement policier et judiciaire contre la famille d'Adama Traoré. Après la relaxe d’Assa Traoré face aux gendarmes qui l’accusaient de diffamation, c’est la deuxième victoire obtenue sur le terrain juridique par le comité pour Adama Traoré en deux semaines.
Bien plus qu’une volonté de criminaliser la famille d'Adama Traoré, l’objectif de la justice bourgeoise et de sa police était de décourager le comité justice et vérité pour Adama Traoré, mais aussi tous les autres qui se battent contre les violences policières et le racisme d'Etat. La détermination et le travail du comité sur le terrain judiciaire et sur le terrain des mobilisations et des alliances avec divers secteurs dans la rue est exemplaire pour l’ensemble de notre camp social. L’acquittement de Bagui Traoré est le résultat du rapport de force construit au fil des années d’une lutte acharnée, refusant de se taire.
L’acquittement de Bagui Traoré fait renaitre l’espoir pour Assa Traoré, mais justice n’est pas encore rendue. Les gendarmes qui ont tué Adama Traoré ne sont toujours pas sur le banc des accusés et nombreuses sont encore les victimes de violences policières incarcérées et accusées à tort par la justice.
Fort de ces deux succès, nous devons continuer à soutenir le combat pour la justice et la vérité pour Adama Traoré, mais aussi pour toutes les victimes de violences policières et du racisme d'état. Tant qu’il n’y aura pas de justice, il n’y aura pas de paix.