Dans une tribune, la soeur d'Adama Traoré avait accusé nommément trois gendarmes d'être à l'origine de la mort du jeune homme lors de son interpellation. Le tribunal l'a finalement relaxée.
La 17e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris a relaxé jeudi 1er juillet 2021 Assa Traoré des faits de diffamation pour lesquels elle était poursuivie. Trois gendarmes avaient porté plainte contre elle après la parution sur Facebook d’une tribune intitulée « J’accuse » dans laquelle elle les mettait directement et nommément en cause dans la mort de son frère.
Dans une référence à la formule d'Emile Zola, Assa Traoré les accusait « d'avoir tué Adama Traoré en l'écrasant avec le poids de leurs corps, de ne pas l’avoir secouru et d’avoir refusé de le démenotter en affirmant qu'il simulait ».
Ce jeune homme noir de 24 ans est mort dans la cour de la caserne de Persan, dans le Val-d'Oise, en 2016, après une course-poursuite et une interpellation musclée par les gendarmes, un jour de canicule. Depuis 5 ans, des juges d'instruction tentent de déterminer les causes de sa mort, s'appuyant sur des expertises médicales dont les conclusions divergent sur la responsabilité des gendarmes, qui ne sont toujours pas mis en examen à ce stade.
« Lorsqu'une personne est entre les mains d'un service public et qu’elle meurt, nous pouvons estimer qu'il y a une responsabilité des fonctionnaires qui l'ont interpellé », a défendu l'avocat d'Assa Traoré, Yassine Bouzrou, pour rejeter les accusations de diffamation lors de l'audience qui a eu lieu le 7 mai 2021.
« J'assume cette lettre. Si la justice française à laquelle j'étais censée faire confiance avait fait le travail nécessaire, peut-être que, à ce moment-là, je n'aurais pas eu envie d'écrire cette lettre », a dit Assa Traoré.
Thibault de Montbrial, avocat de l'un des gendarmes, a déclaré que « cette tribune n'a rien à voir avec la justice. La justice qui est demandée, ce n'est plus d'avoir une décision, mais une condamnation coûte que coûte de tout le monde ».
Au mois de février 2021, ces mêmes gendarmes avaient obtenu une condamnation d'Assa Traoré par la cour d'appel de Paris, devant laquelle ils l'attaquaient au civil pour atteinte à la présomption d'innocence.