Trois questions sur la passe d'armes entre Gérald Darmanin et Audrey Pulvar, qui ont porté plainte l'un contre l'autre (France info)
Gérald Darmanin avait annoncé dimanche 23 mai 2021 qu'il allait déposer plainte contre l’ancienne journaliste, l'accusant de diffamer la police. Les avocats de la tête de liste du Parti Socialiste aux élections régionales en Ile-de-France ont annoncé lundi 24 mai 2021 qu'ils allaient en faire de même contre le ministre de l’Intérieur.
Une passe d'armes par voie juridique, en pleine campagne pour les élections régionales. Gérald Darmanin a annoncé, dimanche 23 mai 2021, qu'il allait porter plainte contre Audrey Pulvar. Le ministre de l’Intérieur accuse la tête de liste du Parti Socialiste en Ile-de-France de diffamer la police, notamment après qu'elle a jugé glaçante une manifestation des forces de l'ordre devant l’Assemblée nationale. Alors que l'ancienne journaliste a riposté en annonçant qu'elle allait déposer plainte contre Gérald Darmanin, France Info fait le point sur cet imbroglio.
« La plainte que le ministre déposera s'inscrit dans une succession de propos d’Audrey Pulvar, notamment ce week-end lors d'une interview sur France Info, ou encore des propos tenus au mois de juin 2020 et exhumés ce week-end. C’est un tout », a affirmé l'entourage de Gérald Darmanin à France Info, lundi 24 mai 2021. Le ministre de l’Intérieur avait pris part mercredi 19 mai 2021 à une manifestation organisée par les syndicats de police devant l’Assemblée nationale. Plusieurs responsables politiques de gauche, dont Anne Hidalgo, Olivier Faure et l'écologiste Yannick Jadot, s'étaient joints à ce rassemblement, ainsi que des élus de tous bords politiques, sauf le Mouvement de la France Insoumise (MFI).
« Cette manifestation soutenue par l'extrême droite, à laquelle participe un ministre de l’Intérieur, qui marche sur l’Assemblée nationale pour faire pression contre les députés en train d'examiner un texte de loi concernant la justice, c'est une image qui pour moi était assez glaçante », avait commenté Audrey Pulvar sur France Info, samedi 22 mai 2021.
Le ministre de l’Intérieur s'est fendu d'un tweet dimanche 23 mai 2021 dans lequel il a estimé que « les propos d’Audrey Pulvar dépassent le simple cadre d'une campagne électorale et viennent profondément diffamer la police de la République. Je porte plainte au nom du ministère de l’Intérieur », a écrit Gérald Darmanin, critiqué par l'opposition pour avoir salué les policiers au début du rassemblement.
« Il y a eu une augmentation grosso modo de 80% en quinze ans des attaques contre les policiers et de 40% contre les gendarmes, a insisté le ministre sur France Bleu Provence, lundi 24 mai 2021. C'est pour cela que tous les propos qui légitiment ces attaques, qui viennent toucher notre police et qui viennent lui retirer son honneur, comme ceux d’Audrey Pulvar qui sont totalement scandaleux, ce week-end, doivent être poursuivis et condamnés. C'est ce que j'ai voulu faire. Je ne peux pas laisser, même en campagne électorale, des personnes tenir de tels propos diffamants. Mon travail de ministre de l’Intérieur, c'est de protéger ceux qui nous protègent », a-t-il dit lundi 24 mai 2021, lors d'un déplacement à Marseille, « le débat politique, électoral, ne peut pas se faire en crachant à la figure des policiers ».
Selon l'entourage du ministre, lui-même candidat aux élections régionales dans les Hauts-de-France et aux élections départementales dans le Nord, la plainte vise également une vidéo du mois de juin 2020. Elle a été exhumée samedi 22 mai 2021 sur Twitter par Pierre Liscia, porte-parole du mouvement de Valérie Pécresse, candidate des Républicains à sa réélection en Île-de-France. Audrey Pulvar y dénonce le racisme dans la police en France, lors d'une manifestation à Paris en hommage à George Floyd, Afro-américain tué par un policier blanc à Minneapolis.
Interrogé par l'Agence France Presse (AFP) sur le risque de prescription de ces propos, dont le délai est de trois mois en matière de diffamation, l'entourage de Gérald Darmanin a répondu qu'ils pouvaient être versés en accompagnement de la plainte pour l'étayer. La plainte sera préparée et signée par le ministre au plus vite, a ajouté l'entourage du ministre auprès de France Info.
L'équipe de la liste d'Audrey Pulvar, Ile-de-France en Commun, a réagi à la plainte en fustigeant une atteinte à la liberté d'expression d'une extrême gravité. « Cette tentative d'intimidation d'une candidate d'opposition, par un ministre de l’intérieur, par ailleurs en charge de l'organisation des élections, est sans précédent sous la cinquième République », écrit, dans un communiqué publié dimanche 23 mai 2021, le collectif auquel adhèrent le Parti Socialiste, le Parti Radical de Gauche (PRG) et Place Publique.
La candidate du Parti Socialiste a riposté en annonçant qu'elle allait porter plainte contre Gérald Darmanin pour dénonciation calomnieuse. « Nous agirons par la voie civile sur le fondement de la diffamation », a dit l'un de ses avocats, Patrick Klugman, lors d'une conférence de presse, lundi 24 mai 2021. « Nous ignorons les propos visés par cette plainte et le ministre de l’Intérieur est incapable de le dire », précisant qu'Audrey Pulvar n'avait aucune raison de se laisser accuser d'avoir diffamé qui que ce soit.
Evoquant une situation inédite autant qu'elle est choquante, Patrick Klugman a, lui aussi, dénoncé une grossière manœuvre d'intimidation. « On ne doit jamais réduire un candidat à une élection au silence », a-t-il dit. Il va également examiner les recours administratifs contre le ministère de l’Intérieur.
Des responsables politiques de tous bords ont réagi, dimanche 23 mai et lundi 24 mai 2021, à l'annonce du dépôt de plainte de Gérald Darmanin. « Du jamais-vu. À quelques semaines des élections régionales, le ministre de l’Intérieur porte plainte pour diffamation contre une candidate tête de liste en Île-de-France », s'est offusquée la maire du Parti Socialiste de Paris, Anne Hidalgo, lundi 24 mai 2021 sur Twitter, « heureusement, nous sommes dans un état de droit. J'ai toute confiance dans la justice de mon pays ».
« Jusqu'ici dans une démocratie, on pouvait encore exprimer une opinion sans que le ministre chargé des élections ne se sente autorisé à intimider une adversaire politique, total soutien à Audrey Pulvar », a twitté le premier secrétaire du Parti Socialiste, Olivier Faure, dans la nuit du dimanche 23 mai au lundi 24 mai 2021. Julien Bayou, secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et tête de liste écologiste aux élections régionales en Ile-de-France, a pour sa part dénoncé la conception toute particulière de la démocratie de Gérald Darmanin.
Plusieurs responsables du MFI, qui s'étaient abstenus de participer au rassemblement organisé par les syndicats de policiers, ont exprimé leur solidarité avec Audrey Pulvar. « Gérald Darmanin joue les gros bras. Il veut intimider. Sa plainte montre sa faiblesse et sa peur des organisations policières qui font la loi dans son ministère », a twitté le leader du MFI, Jean-Luc Mélenchon, dimanche 23 mai 2021. « Après les manifestations interdites ou réprimées, voici les manifestations avec lesquelles nous n'aurions pas le droit d'être en désaccord. Une plainte d'un ministre contre une opinion politique, les juges apprécieront », a abondé Clémentine Autain, tête de liste du MFI en Ile-de-France.
De son côté, Valérie Pécresse a apporté une nouvelle fois son soutien indéfectible aux forces de l'ordre qui « méritent notre soutien unanime, par-delà tous les clivages politiques. Les paroles odieuses d'Audrey Pulvar datent d'un an et le gouvernement ne réagit que maintenant », s'est également étonnée la présidente de la région Ile-de-France.