Des enseignants de l'Université de Reims Champagne Ardenne (URCA) réclament la démission de leur ministre Frédérique Vidal
Mercredi 24 Février 2021
Plusieurs signataires de la pétition qui réclame le départ de Frédérique Vidal, enseignent à l'URCA. Ils estiment que la suspicion d’islamo gauchisme, soulevée par la ministre de l'enseignement supérieur, relève d'une manœuvre politique, alors que l’Université a bien d’autres problèmes à régler.
La polémique déclenchée par la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal contre l’islamo gauchisme, qui gangrènerait l’Université, ne retombe pas. Plusieurs enseignants de l'URCA sont signataires de la pétition qui demande la démission de la ministre. Ce sont essentiellement des historiens, des sociologues et des économistes.
Dimanche 14 février 2021, la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal a estimé publiquement que « l’islamo gauchisme gangrène sa société dans son ensemble et l’Université n’est pas imperméable ». Quelques jours plus tard, la ministre a demandé au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) d’enquêter sur la présence de cette mouvance au sein des universités.
Ses propos ont déclenché une polémique qui n’est toujours pas retombée. Une pétition pour réclamer sa démission a été signée par plus de six cent universitaires dont certains enseignent à Reims.
Sophie Divay, signataire et sociologue à l’URCA, estime que les déclarations de la ministre sur la présence d’un militantisme islamo-gauchiste au sein de l’université relèvent d’une manipulation des esprits, « cela ne tombe pas n’importe quand. Nous savons très bien que le président Emmanuel Macron va avoir du mal à se faire réélire dans un an. Comme ce n’est pas à gauche qu’il aura des voix, il les cherche à droite et il fait sa campagne sur le dos des universitaires. C’est misérable intellectuellement parlant ».
Cette demande d’enquête de la part de Frédérique Vidal est d’autant moins bien perçue qu’elle arrive à un moment où les universitaires, y compris à Reims, sont fatigués de faire cours dans des conditions difficiles à des étudiants qu’ils tentent de maintenir la tête hors de l’eau.
« Frédéric Vidal a perdu un temps précieux en ne prenant pas en compte le désespoir des étudiants et le désarroi des personnels, pour finalement agiter un épouvantail dangereux pour les libertés académiques », regrette Nadia Vargaftig, signataire et maître de conférences en histoire contemporaine.
La Loi de Programmation de la Recherche (LPR), votée à la fin de l'année 2020 malgré l’opposition d’une majorité d’universitaires, a aussi laissé des traces qui amplifient la colère d’aujourd’hui. « Cette loi contribue de manière assez drastique à l’augmentation de la précarité de l’emploi scientifique. Un phénomène structurel qui laisse de nombreux collègues dans des situations difficiles pendant et après l’obtention de leur thèse de doctorat. Je dis souvent que j’ai été un privilégié, n’ayant fait que six ans de Contrat de travail à Durée Déterminée (CDD) depuis la deuxième année de Master et deux déménagements avant de trouver un emploi stable sans période de chômage », exprime un signataire, enseignant à l’URCA qui préfère rester anonyme.
Sur le fond de l’affaire, ceux qui demandent la démission de la ministre réfutent la présence d’une mouvance islamo-gauchiste au sein des universités, encore moins au sein de l’URCA. « Ces propos, en plus d’être ineptes, sont d’une grande violence. Ils stigmatisent tout à la fois la communauté musulmane et la communauté universitaire, et notamment les sciences humaines et sociales qui seraient le terreau du terrorisme », dénonce Noémie Villacèque, maître de conférences en histoire ancienne. « La mise en œuvre d'une enquête inquisitoriale n'a pas de place dans une institution qui se veut scientifique », ajoute Ariel Sevilla, maître de conférences en sociologie.
Qu’il soit réel ou pas, la ministre semble avoir bien mal choisi son moment pour soulever ce phénomène. « L’Université française a bien d’autres problèmes, beaucoup plus urgents, que ce débat vain », résume Delphine Diaz, signataire et maître de conférences en histoire contemporaine à l’URCA.
https://www.lunion.fr/id235768/article/2021-02-24/des-enseignants-de-luniversite-de-reims-reclament-la-demission-de-leur-ministre