Les centres de détention transformés en salles de torture des manifestants en Biélorussie
Amnesty international Lundi 17 Août 2020
Au lendemain de la réélection très contestée du président Alexandre Louchachenko en Biélorussie, les attaques contre les manifestants s’intensifient. En collaboration avec d’autres organisations locales, nous avons recueilli des témoignages très durs qui dépeignent l’horreur sur place.
Depuis plusieurs jours, le monde assiste avec effroi aux actes de la police en Biélorussie, qui tire des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes contre de nombreux manifestants pacifiques, des méthodes sévères pour écraser la dissidence depuis le début du mouvement de contestation.
La campagne de torture orchestrée par les autorités biélorusses se généralise dangereusement. Il ne fait plus aucun doute que les scènes sanglantes qui se déroulent dans les rues du pays ne sont que la partie émergée de l’iceberg.
Devant un centre de détention à Minsk, la foule affirme qu’on peut entendre les cris des manifestants détenus, victimes de torture, depuis l’extérieur, des affirmations confirmées par de nombreuses vidéos et par les récits des manifestants relâchés. Ces derniers racontent avoir été détenus, torturés ou soumis à d’autres mauvais traitements, notamment déshabillés, frappés et menacés de viol. Ce sont pourtant des personnes dont le seul crime a été de descendre dans la rue pour manifester pacifiquement.
Katsyaryna Novikava a passé trente quatre heures dans un centre d’isolement de délinquants, avec vingt femmes dans une cellule destinée à quatre personnes, sans eau ni nourriture pendant toute la durée de leur détention. Plusieurs femmes avec qui elle était incarcérée lui ont raconté que des policiers les avaient menacées de viol. Katsyarna Novikava a vu des hommes contraints de s’allonger dans la poussière parfois entièrement nus, tandis que la police leur assénait des coups de pied et de matraque. Puis, elle a elle-même été forcée de s’agenouiller et d’écouter les cris des autres victimes. Avant de la relâcher, des policiers lui ont dit que « nous avons tous les renseignements sur toi. Si nous te revoyons par ici, nous te tuerons ». Ses affaires, dont son passeport et les clés de son appartement, ne lui ont pas été rendues lorsqu’elle a été relâchée.
Il ne s’agit malheureusement pas d’actes isolés. Il est même fort probable que ces comportements soient cautionnés au plus haut niveau de l'Etat.
De nombreux témoignages indiquent que les personnes détenues à Minsk et dans d’autres villes et localités à travers le pays subissent cette violence pendant toute la durée de leur détention, jusqu’à leur libération ou leur procès, une libération parfois retardée de façon illégale. Nous ignorons encore où se trouvent des centaines de détenus et certains d'entre eux pourraient avoir été victimes de disparitions forcées. La majorité d'entre eux ont été arrêtés à partir du Dimanche 9 Août 2020. Selon le ministère biélorusse de l'Intérieur, durant les quatre premiers jours de contestation, les forces de l’ordre ont procédé à six mille sept cent interpellations.
Mercredi 12 Août 2020, la police anti-émeute a utilisé la force pour disperser deux cent proches de détenus disparus, rassemblés pacifiquement devant le centre de détention d’Akrestsyna. Les manifestants pacifiques et les passants arrêtés sont détenus en secret, en violation des règles de procédure les plus élémentaires, dans le mépris le plus complet de leurs droits fondamentaux. Dans de nombreux cas, les personnes disparaissent pendant plusieurs jours d’affilée.
Arrestations, coups de matraque, balles en caoutchouc et destruction de matériel, tandis que les citoyens continuent de descendre en masse dans la rue, les journalistes locaux et internationaux sont la cible d’attaques. Le gouvernement a même coupé Internet afin d’empêcher le partage d’informations. Nikita Telizhenko, journaliste pour le journal russe en ligne Znak, a été arrêté dans la soirée du Lundi 10 Août 2020. D’après son témoignage, il a passé les seize heures qui ont suivi au bureau des affaires internes du district de Maskouski.
« Dans le fourgon de police, des manifestants continuaient de recevoir des coups, parce qu'ils avaient des tatouages ou les cheveux longs. Les policiers criaient qu'ils étaient des homosexuels et qu'ils allaient se retrouver en prison », dit Nikita Telizhenko.
Comme lui, de nombreux journalistes ont signalé avoir été arrêtés ou agressés, comme Vadzim Zamirouski, Darya Burakina et Usevalad Zarubin, journalistes d’un site d’information biélorusse très suivi, comme Syarhei Hryts, photographe de l’Associated Press, comme Nadzeya Buzhan, reporter à Nasha Niva, et comme les journalistes en ligne Uladzislau Barysavich et Syarhei Ptushka. Au total, cinquante cinq journalistes ont été interpellés et des milliers de manifestants ont été arrêtés selon l’Association des Journalistes Biélorusses.
Nous assistons en Biélorussie à une catastrophe en termes de droits humains, qui exige une action urgente. Nous demandons aux autorités de la Biélorussie de libérer immédiatement et sans condition tous les manifestants pacifiques détenus arbitrairement ainsi que les journalistes détenus uniquement parce qu’ils ont exercé leurs activités professionnelles. Les autorités doivent aussi cesser d’infliger des actes de torture et des mauvais traitements et traduire en justice tous les responsables, qu’ils soient de simples policiers ou des commandants, qu’ils aient ordonné ces violences ou choisi de les ignorer.
Les dirigeants internationaux ne peuvent pas rester de marbre. Ils peuvent faire pression contre le gouvernement de la Biélorussie afin qu’il mette un terme aux violations massives des droits humains qui se déroulent dans le pays.