10 août 2020 (Les invités de Mediapart)
À l’initiative des deux écrivains Abdellatif Laâbi et Issa Makhlouf, un grand nombre de créateurs et d’intellectuels appellent à soutenir le peuple libanais dans la terrible épreuve qu’il traverse et à sauver le Liban de l’effondrement. « Pour que la vie ait le dernier mot, nous exprimons notre soutien total au mouvement de la société civile qui va continuer à se battre pour un nouveau Liban ».
Le terrible sinistre qui vient de frapper Beyrouth et a endeuillé le Liban est intervenu alors que le pays traversait déjà un moment des plus sombres de son histoire, pire que celui qu’il a connu lors de la guerre civile de quinze ans. Trente ans se sont écoulés depuis cette tragédie sans qu’il soit remédié aux maux qui l’ont provoquée. Bien au contraire, ces maux se sont aggravés, à cause d’une part des ingérences étrangères impliquant des puissances régionales ou de grandes puissances, et de l’autre de la monopolisation du pouvoir par les leaders des groupes confessionnels, qui ont toujours considéré le pays comme un butin de guerre.Le 17 octobre de l’an dernier a vu le déclenchement d’un mouvement de protestation exceptionnel, une première dans l’histoire contemporaine du Liban. C’est qu’il a réussi à transcender tous les clivages : confessionnels, idéologiques, régionalistes ou partisans. Des dizaines de milliers de participants, la jeunesse en tête, ont exprimé avec force le besoin d’un changement radical des mœurs politiques et l’arrêt de la dilapidation des biens publics. Ils ont réclamé aussi la mise à l’écart de la classe dirigeante honnie qui a soumis le pays à une tension permanente, l’a entraîné dans des conflits hors de ses frontières, et réduit l’État à la portion congrue, le rendant incapable d’agir ne serait-ce que pour assurer des tâches élémentaires comme la distribution de l’eau, de l’électricité ou le ramassage des ordures.
Dans la foulée de ce mouvement de protestation, une Charte de salut national a été récemment rendue publique. Initiée par un grand nombre d’activistes du mouvement social, d’écrivains et d’intellectuels, elle appelle à la recomposition du champ politique et à la création d’une vaste coalition ayant pour tâche l’édification d’un État de droit, démocratique, garantissant les principes d’égalité et de justice sociale.
Avec l’effondrement du système économique, la rétention par les banques de l’argent des déposants, la régression de la situation sociale, culturelle, l’apparition de la pénurie alimentaire, le Liban ne se trouve pas seulement au bord du gouffre, il est menacé dans sa propre existence.
L’effondrement du Liban aura, à n’en pas douter, de lourdes conséquences sur tout le Proche-Orient. Il signifiera la chute du dernier bastion du pluralisme, de la diversité et de l’ouverture dans cette région du monde. Il sonnera aussi la fin du rôle de pont entre l’Orient et l’Occident que le Liban jouait, de poumon qui permettait dans le monde arabe à la culture et à l’idée de démocratie de s’oxygéner. Le Liban de la création, de la liberté d’expression, du refus de l’obscurantisme et de la pensée unique, le Liban qui s’est engagé résolument dans le projet de modernité et s’est mis en situation de dialoguer d’égal à égal avec les autres cultures, ce Liban des lumières est de nos jours menacé de mort. Sa disparition signifierait l’extension de l’aire de l’intolérance, de l’oppression, de la terreur et des pulsions communautaristes incontrôlables.
Nous Libanais ou, de par le monde, amoureux du Liban affirmons ici notre refus de nous résigner à une telle perte.
Aujourd’hui, nous nous inclinons devant toutes les victimes de la catastrophe du 4 août et nous nous associons au deuil de leurs familles. Et pour que la vie ait le dernier mot, nous exprimons notre soutien total au mouvement de la société civile qui va continuer à se battre pour un nouveau Liban où il redeviendra possible d’établir un véritable État de droit, libéré du carcan confessionnel, garantissant à tout un chacun les droits et les libertés d’une citoyenneté pleine et entière.
Et que vive le Liban des lumières !
Pour signer ce texte, prière d'écrire à l’adresse mail suivante : sosliban1@gmail.com
en précisant nom, prénom, profession, nationalité.
Premiers signataires :
Mohammed Ismaïl Abdoun (universitaire, Algérie)
Ahmed Abdul Hussein (poète, Irak)
Habib Abdulrab Sarori (romancier, Yémen)
Sabah Abouessalam Morin (sociologue, Maroc)
Jihad Abousleiman (artiste peintre, Liban/Pays-Bas)
Lotfi Achour (réalisateur, Tunisie)
Yassin Adnan (écrivain, Maroc)
Anissa Ahmad Fakhro (écrivaine, Bahreïn)
Ayad Ahram (enseignant, France)
Ahmed Aici (chercheur, Algérie)
Younès Ajarraï (acteur culturel, Maroc)
Yacoub Youssef Al-Muharraqi (écrivain, Bahreïn)
Ali Al-Muqri (romancier, Yémen)
Budoor Al-Riyami (peintre, Oman)
Ghani Alani (calligraphe, Irak)
Brahim Alaoui (muséologue, Maroc)
Ismaïl Alaoui (homme politique, Maroc)
Mohammed Alaoui Belghiti (poète, Maroc)
Ammiel Alcalay (écrivain, Etats-Unis)
Zineb Ali-Benali (universitaire, Algérie)
Antonio Alvarez de la Rosa (professeur, Espagne)
Ali Anouzla (journaliste, Maroc)
Asaad Arabi (peintre, Liban)
Aïcha Arnaout (poétesse, Syrie/France)
Sayf Arrahbi (poète, Oman)
Assadour (peintre, Liban)
Akl Awit (poète, Liban)
Liana Badr (écrivaine, Palestine)
Rajaa Bakriyyeh (écrivaine, Palestine)
Najwa Barakat (romancière, Liban)
Faraj Bayrakdar (poète, Syrie/Suède)
Chawki Bazih (poète, Liban)
Meriem Bedjaoui (universitaire, Algérie)
Amina Bekkat (universitaire, Algérie)
Nadir Bekkat (avocat, Algérie)
Tahar Bekri (poète, Tunisie)
Tahar Ben Jelloun (écrivain, Maroc)
Ali Bencheneb (universitaire, Algérie/France)
Samira Bendris (journaliste, Algérie)
Barbara Benini (universitaire, Italie)
Anouar Benmalek (écrivain, Algérie/France)
Sabiha Benmansour (universitaire, Algérie)
Dounia Benqassem (chercheuse, Maroc)
Ali Bensaad (universitaire, France/Algérie)
Fethi Benslama (psychanalyste, France/Tunisie)
Reda Bensmaia (universitaire, Algérie/Etats-Unis)
Abdelkader Benyacoub (psychiatre, Algérie)
Belkacem Benzenine (chercheur, Algérie)
Afifa Bererhi (professeur, Algérie)
Anne-Emmanuelle Berger (universitaire, France)
Karima Berger (écrivaine, France/Algérie)
Mohammed Berrada (écrivain, Maroc)
Omar Bessaoud (économiste, Algérie)
Sophie Bessis (historienne, Tunisie/France)
Maïssa Bey (écrivaine, Algérie)
Abbas Beydoun (poète, Liban)
Nabil Beyhum (sociologue, Liban/France)
Mahi Binebine (peintre, Maroc)
Inam Bioud (enseignante, Algérie)
Alain Bittar (éditeur-libraire, Suisse)
Nadir Boumaza (universitaire, Algérie)
Noureddine Bousfiha (écrivain, Maroc)
Mustapha Boutadjine (plasticien, Algérie)
Leandro Calle (poète, Argentine)
Mounira Chatti (universitaire, Tunisie)
Aissa Cheriet (romancier, Algérie)
Jeannette Chidraoui Doueihi (professeur, Liban)
Hélène Cixous (écrivaine, France)
Francis Combes (poète, France)
Hind Darwish (éditrice, Liban)
Najwan Darwich (journaliste, Palestine)
Zahida Darwish (universitaire, Liban)
Christophe Dauphin (écrivain, France)
Assia Dib (présidente d’association, France/Algérie)
Antoine Douaihy (écrivain, Liban)
Jabbour Douaihy (romancier, Liban)
Arlene Doumit El Khoury (psychologue, France/Liban)
Marielle Doumit El Khoury (enseignante, France/Liban)
Abderrahim El Allam (écrivain, Maroc)
Abdel Rahman El Bacha (musicien, Liban)
Youmna El Eid (critique littéraire, Liban)
Youssouf Amine Elalamy (écrivain, Maroc)
Martine Erhel (comédienne, France)
Lily Farhoud (historienne d’art, Liban)
Abdelkrim Gabous (chercheur, Tunisie)
Hafid Gafaïti (universitaire, Algérie)
Katia Ghosn (universitaire, Liban/France)
Nasser Eddine Ghozali (universitaire, Algérie)
Michaël Glück (écrivain, France)
Abdallah Habib (écrivain, Oman)
Qassim Haddad (poète, Bahreïn)
Toufoul Haddad (photographe, Bahreïn)
Lyas Hallas (journaliste, Algérie)
Halima Hamdane (conteuse-écrivaine, France)
Olivia C. Harrison (universitaire, Etats-Unis/France)
Nancy Huston (écrivaine, Canada/France)
Joseph Issaoui (poète, Liban)
Hussam Itani (journaliste, Liban)
Jana Jabbour (universitaire, Liban)
Jean Jabbour (universitaire, Liban)
Hana Jaber (chercheuse, Liban)
Marion Jazouli (collaboratrice d’élu, France)
Mahmoud Jemni (réalisateur, Tunisie)
Nuno Judice (écrivain, Portugal)
Inaam Kachachi (écrivaine, Irak)
Mohammed Kali (journaliste, Algérie)
Marlène Kanaan (universitaire, Liban)
Abdellah Karroum (critique d’art, Maroc)
Kamel Kateb (démographe, France/Algérie)
Salam Kawakibi (politologue, Syrie)
Tayeb Kennouche (sociologue, Algérie)
Naget Khadda (universitaire, Algérie)
Amine Khene (poète, Algérie)
Gisèle Khoury (journaliste, Liban)
Nidaa Khoury (universitaire, Palestine)
Vénus Khoury-Ghata (écrivaine, Liban/France)
Hussein Kneiber (journaliste, Liban/France)
Driss Ksikes (écrivain, Maroc)
Abdellatif Laâbi (écrivain, Maroc/France)
Lazhari Labter (écrivain, Algérie)
Amel Ladhibi bent Chadly (poétesse, Tunisie)
Karima Ladjimi (cinéaste, Danemark/Tunisie)
Werner Lambersy (poète, Belgique)
Fouad Laroui (écrivain, Maroc)
Mohamed Laroussi (chroniqueur, Maroc)
Martine Le Coz (écrivaine, France)
Ahmed Lemsyeh (poète, Maroc)
Bernabé Lopez Garcia (universitaire, Espagne)
Khalid Lyamlahy (universitaire, Maroc/France)
Ahmed Mahiou (universitaire, Algérie)
Touria Majdouline (poétesse, Maroc)
Georgia Makhlouf (écrivaine, Liban)
Issa Makhlouf (écrivain, Liban/France)
Alia Mamdouh (romancière, Irak)
Kedidir Mansour (politologue, Algérie)
Mohammed Mansouri Idrissi (plasticien, Maroc)
Farouk Mardam-Bey (éditeur, Syrie)
Mag Yaël Marson (maître de conférences, Madagascar)
Jean-Hubert Martin (directeur honoraire du Centre Pompidou, France)
Benamar Mediene (universitaire, Algérie)
Faika Medjahed (psychanalyste, Algérie)
Naziha Meftah (artiste chanteuse, Maroc/France)
Mohamed Melehi (peintre, Maroc)
Toufik Mendjeli (journaliste, Algérie)
Luis Mizon (poète, Chili)
Miguel A. Moreta-Lara (écrivain, Espagne)
Edgar Morin (philosophe, France)
Wajdi Mouawad (homme de théâtre, Liban/France)
Julie Mourad (écrivaine, Liban)
Leïla Moussedek (universitaire, Algérie)
Jean Mouttapa (éditeur, France)
Muepu Muamba (poète, Congo-Kinshasa)
Mostapha Naaman (diplomate, Yémen)
Shams Nadir (écrivain, Tunisie)
Alexandre Najjar (écrivain, Liban)
Nabil Naoum (romancier, Egypte)
Yves Namur (écrivain, Belgique)
Mohamad Nassereddine (poète, Liban)
François Nault (universitaire, Canada)
Mohamed Nedali (écrivain, Maroc)
Hassan Nejmi (écrivain, Maroc)
Maria Németh (archéologue, Allemagne)
Mohamed Fadel Obaidli (écrivain, Bahreïn)
Jean-Pierre Orban (écrivain, France/Belgique)
Pierre Oster (poète, France)
Embarek Ouassat (poète, Maroc)
Ali Oumlil (diplomate, Maroc)
Fatma Oussedik (sociologue, Algérie)
Jean-Claude Perrier (écrivain, France)
Jean Portante (écrivain, Luxembourg)
Roshdi Rached (CNRS, France/Egypte)
Maria Ramirez Delgado (universitaire, Venezuela)
Fernando Rendon (poète, Colombie)
Anne Roche (professeur émérite, France)
Wadih Saadé (poète, Liban/Australie)
Abdelhadi Saïd (poète, Maroc)
Fatiha Saïdi (sénatrice honoraire, Belgique)
Noureddine Saïl (philosophe, Maroc)
Hadjira Saker (journaliste, Algérie/France)
Amine Saleh (écrivain, Bahreïn)
Christian Salmon (écrivain, France)
François Salvaing (écrivain, France)
Paz Sanchez Perez (professeur, Espagne)
Mohamed Sari (universitaire, Algérie)
Habib Selmi (romancier, Tunisie)
Leïla Shahid (diplomate, Palestine)
Jean-Pierre Siméon (poète, France)
Leïla Slimani (écrivaine, France/Maroc)
Peggy Sultan (professeur, Egypte)
Hinde Taarji (journaliste, Maroc)
Hocine Tandjaoui (écrivain, France)
Habib Tengour (écrivain, Algérie)
Hamid Tibouchi (peintre, France/Algérie)
André Velter (poète, France)
Teresa Villa-Ignacio (universitaire, Etats-Unis)
Abdourahman A. Waberi (écrivain, Djibouti/France)
Abdo Wazen (poète, Liban)
Sophie Wauquier (linguiste, France)
Diana Wechsler (historienne de l’art, Argentine)
Yahia Yakhlef (romancier, Palestine)
Abderrahim Yamou (artiste peintre, Maroc)
Samar Yazbeck (romancière, Syrie)
Anibal Yazbeck Jozami (président d’université, Argentine)
Amin Zaoui (écrivain, Algérie)
Mahmoud Zibawi (universitaire, Liban)
Abdallah Zniber (militant associatif, France/Maroc)
La Charte de salut national est le fruit du travail d’un collectif de militants et d’intellectuels, qui se sont efforcés de mettre au point un texte fédérateur qui constitue un socle commun le plus large possible pour tous ceux qui se reconnaissent dans les objectifs de l’intifada du 17 octobre. En publiant cette charte sur une page de pétition dédiée, afin qu’elle soit signée par tous ceux qui le souhaitent, notre but est d’affirmer que cette charte n’est pas la propriété de ceux qui ont contribué à sa mise au point mais qu’elle appartient à tous ceux qui l’auront approuvée et signée
lien pour signer la pétition : https://www.change.org/p/lebanon-%D8%B4%D8%B1%D8%B9%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%A5%D9%86%D9%82%D8%A7%D8%B0-%D8%A7%D9%84%D9%88%D8%B7%D9%86%D9%8A?utm_content=cl_sharecopy_23217848_en-US%3A4&recruiter=1127266953&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink&utm_campaign=share_petition
Charte de salut national
Vers un état de droit et une citoyenneté inclusive
Le soulèvement (intifada) du 17 octobre a marqué la chute d'un régime de gouvernance archaïque et incompétent, la crise d'une économie fragile et défaillante, et l'échec d'une classe politique sectaire et mafieuse dont les pratiques systématiques de corruption et de gaspillage ont ravagé tous les secteurs de la société. Cette classe dirigeante a conduit le pays à la faillite, provoquant un appauvrissement généralisé et une détérioration des conditions de vie sans précédent dans l'histoire d'un pays qui a traversé de nombreuses crises.
Néanmoins, le soulèvement du peuple libanais, femmes et hommes, a montré que malgré tout, ce peuple a encore un dynamisme, une volonté inébranlable et une aspiration puissante à un avenir meilleur.
Les Libanais veulent reconstruire une patrie fondée sur des valeurs d'égalité et de justice sociale, non sur la discrimination et la marginalisation, sur la compétence et le mérite, non sur le favoritisme et le népotisme, sur l'intégrité et la performance, non sur le gaspillage et la corruption.
Ils ont l'ambition de développer une économie productive et prospère ; une économie qui exporte ses produits et ses services, et non pas ses ressources humaines et sa jeunesse, qui n'ont d'autre choix que d'émigrer.
Le Liban que nous méritons exige que notre République soit revitalisée, et que notre démocratie parlementaire soit ravivée sur la base de la participation des citoyens et de l'État de droit, car c'est le peuple qui est à la source de la légitimité et de la souveraineté.
Aujourd'hui, face à la gravité des crises financières, économiques et sociales qui assaillent le pays et à l'incapacité de la classe politique à répondre aux défis qui lui sont lancés, il est clair que le changement politique est, plus que jamais, indispensable et possible, grâce à la prise de conscience, à la volonté et à la solidarité des Libanais mobilisés depuis le 17 octobre.
Nous sommes un collectif de citoyens qui appelle toutes les femmes et tous les hommes libanais à prendre en main l'avenir de leur pays, en ce tournant historique de l'histoire de la nation. Nous les appelons à relever les grands défis de cette crise en reconstruisant le pouvoir de l'Etat par la formation d'un gouvernement indépendant des partis politiques actuels, l'organisation d'élections législatives et la réunion de toutes les énergies dans un cadre commun et fédérateur pour construire :
- Un État civil et démocratique, fondé sur les principes d'une citoyenneté inclusive et d'un développement équilibré, et qui privilégie le bien commun par rapport aux intérêts individuels ou paroissiaux.
- Un État de droit, respectant les principes universels des droits de l'homme, les accords et traités internationaux, et assurant une parfaite égalité entre les citoyens de tous les sexes ; protégeant les droits civils et politiques, ainsi que les libertés individuelles et collectives, et en particulier la liberté d'opinion, de conscience et d'expression ; et garantissant les droits des personnes ayant des besoins particuliers ; et tout cela sous la protection de la constitution et la garantie d'un pouvoir judiciaire indépendant.
- Un État souverain, libre et indépendant qui exerce son autorité sur l'ensemble de son territoire, mobilise toutes les ressources de la nation pour défendre ses frontières, et garantit à son peuple la paix et le respect de ses intérêts et de ses droits.
- Un État où le pouvoir tire sa légitimité du suffrage universel, où des élections libres et équitables sont organisées, l'alternance du pouvoir assurée, et où les responsables sont tenus de rendre des comptes.
- Un État doté d'une administration efficace et moderne, tant au niveau central que régional, et qui est organisé sur la base du mérite et de la compétence.
- Un État prospère qui se concentre sur le développement durable et s'efforce d'équilibrer la croissance, la justice sociale et la protection de l'environnement.
Le pays est à la croisée des chemins et face à cette urgence nationale, nous devons nous concentrer sur la réalisation de ces objectifs interdépendants. Nous nous efforcerons de les développer et de les poursuivre par le biais de groupes de travail sur les questions suivantes :
1. Adopter toute la législation nécessaire pour assurer l'indépendance du pouvoir judiciaire ; un pouvoir judiciaire qui garantit la souveraineté de la loi et la défense des droits et des libertés des citoyens. Cela permettrait de restaurer la confiance des citoyens dans l'État, qui est la pierre angulaire de la croissance.
2. Promulguer des lois et publier tous les décrets d'application qui permettront de lutter efficacement contre la corruption ; juger les responsables et récupérer les fonds illégalement détournés ; lutter contre le gaspillage sous toutes ses formes ; combattre la contrebande par des voies de passage légales ou illégales ; améliorer les contrôles douaniers et la collecte des taxes douanières ; interdire le recrutement arbitraire ou clientéliste dans les administrations et institutions de l'État ; développer les moyens de contrôle et de surveillance ; adopter une politique de transparence par la définition de critères objectifs et rigoureux dans les appels d'offres, les contrats et les règlements de l'État ; mettre fin à l'exploitation des biens publics, en particulier du littoral, et poursuivre les contrevenants ; résoudre rapidement et fondamentalement la crise de l'électricité ; assurer une gestion rationnelle, transparente et compétente, pour prendre en charge l'extraction et l'exploitation des ressources gazières et pétrolières des fonds marins libanais.
3. Répondre à la crise financière à laquelle le pays est confronté de manière déterminée et efficace, en s'attaquant à ses racines et non à ses diverses manifestations, afin de remettre le pays sur les rails et lui permettre de se redresser. L'objectif est de définir une politique transparente et rationnelle et d'adopter un ensemble de mesures urgentes, notamment la restructuration de la dette, la répartition des pertes selon des principes de justice sociale et d'équité, la recapitalisation des banques, la fermeture de certaines institutions et la fusion entre autres afin d'en réduire le nombre, et la mise en place d'un système fiscal à la fois plus équitable et plus efficace.
4. Renforcer les mécanismes de protection sociale et de lutte contre la pauvreté en améliorant l'accès aux soins médicaux, aux droits à la retraite, à l'éducation publique, dont la qualité devra être améliorée, et à l'octroi d'une aide financière essentielle aux secteurs de la société à faibles revenus ; et réformer le fonds de sécurité sociale.
5. Mettre en œuvre un programme intégré de relance économique qui stimule la croissance et offre des possibilités d'emploi aux jeunes dans le cadre d'une vision globale. L'objectif sera d'encourager l'investissement et la création d'entreprises en abaissant le coût de l'argent, en réduisant la bureaucratie et en améliorant les infrastructures. L'accent devrait être mis sur la qualité de l'éducation et de la santé, le développement d'un secteur agricole compétitif et le développement d'un secteur industriel qui intègre les technologies de pointe dans un contexte de durabilité environnementale et d'économie verte. Le Liban pourrait ainsi devenir un centre régional d'économies de la connaissance et Beyrouth retrouverait sa place de capitale de la culture et de la créativité.
6. Mettre en oeuvre les articles de l'accord de Taëf qui n'ont pas été appliqués, en particulier l'adoption d'une décentralisation administrative, qui encouragerait la participation des citoyens, stimulerait la reprise et renforcerait le contrôle et la responsabilité au niveau local ; la création d'un Sénat dans lequel les différentes communautés seraient représentées et leurs droits garantis. Cela permettrait ensuite une véritable représentation des citoyens au Parlement, en dehors des quotas confessionnels ou sectaires. Former la Commission nationale chargée d'étudier et de proposer les moyens d'assurer l'abolition du confessionnalisme et d'œuvrer à la réalisation des principes universels de la déclaration des droits de l'homme dans tous les domaines sans exception, et tels qu'ils sont inscrits dans la constitution. Cela impliquerait de réformer le système actuel de statut personnel, de mettre fin à toute discrimination à l'égard des femmes et de rejeter tout comportement raciste envers les réfugiés et les travailleurs étrangers.
7. Adopter une nouvelle loi électorale plus juste et plus représentative de toutes les composantes de la société libanaise, en particulier des jeunes, des femmes et des expatriés. Cette loi corrigerait les imperfections actuelles qui empêchent une représentation proportionnelle équitable, abaisserait l'âge du vote et renforcerait l'indépendance de la commission chargée de veiller au bon déroulement du processus électoral, de punir la fraude et d'assurer l'égalité d'accès aux médias.
8. Veiller à ce que l'administration soit exempte de considérations confessionnelles ou partisanes à tous les niveaux et la protéger contre la corruption, le népotisme et les pratiques d'échange de faveurs. Cela permettrait d'accroître la productivité et d'améliorer l'efficacité.
9. Donner la priorité à la protection du patrimoine et de l'environnement, qui sont tous deux aujourd'hui menacés par de graves dangers, ce qui a un impact négatif sur la santé des citoyens et leurs moyens de subsistance. Les dangers de la pollution de l'air, du sol, de l'eau, des côtes et de la mer, les dommages causés à la nature et à l'environnement par la prolifération des carrières et des sablières, l'absence de solution saine au problème des déchets, tout cela rend urgent l'adoption de politiques alternatives et d'une législation adéquate fondées sur le droit des citoyens à une meilleure qualité de vie et à la durabilité - en particulier dans le domaine du tourisme - et en général sur la nécessité de développer une économie verte et renouvelable.
10. Renouveler l'engagement du Liban dans la politique de distanciation des alliances et des conflits régionaux et internationaux, ce qui renforcera sa stabilité et préservera la paix et l'unité nationales. Ceci tout en réaffirmant son plein engagement et sa solidarité avec le monde arabe et en particulier son soutien indéfectible aux droits nationaux du peuple palestinien et son respect des conventions et accords internationaux.
Appel
https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/100820/que-vive-le-liban-des-lumieres
Pétition