« C’est un cauchemar », l’infirmière interpellée Esplanade des Invalides à Paris, Mardi 16 Juin 2020, revient sur son arrestation.
Dans une longue interview accordée à Mediapart, Farida assure que son geste était symbolique et qu'elle ne voulait blesser personne. Elle a été interpellée violemment pendant une manifestation de soignants, après avoir jeté des cailloux en direction des forces de l'ordre.
Sa violente interpellation a ému l'opinion publique. Plus tôt dans la semaine, alors qu'elle manifestait en compagnie de plusieurs centaines de soignants sur l’Esplanade des Invalides, Mardi 16 Juin 2020, Farida a été appréhendée après avoir jeté plusieurs projectiles en direction des policiers.
Libérée après plusieurs heures de garde à vue et une forte mobilisation de plusieurs députés, elle a annoncé, Vendredi 19 Juin 2020, porter plainte devant l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) contre les forces de l'ordre. De leur côté, trois policiers ont annoncé vouloir également déposer plainte contre la soignante.
Vendredi 19 Juin 2020, dans une interview à Mediapart, l'infirmière est revenue sur la journée du Mardi 16 Juin 2020. Selon elle, son geste était symbolique et il ne visait pas les forces de l'ordre.
« Je ne voulais blesser personne. On vient manifester et on nous gaze. On asphyxie déjà dans les hôpitaux, qu’est-ce que vous voulez de plus ? Cela veut dire que, même quand on vient vous dire au secours, on ne va pas bien, vous rajoutez des gaz pour qu’on se taise. C’est toute cette symbolique que cela a pris dans ma tête », développe-t-elle.
Pour autant, quelques secondes plus loin, cette dernière explique également regretter son geste, « je ne devais pas faire cela bien sûr », assure-t-elle.
Également interrogée sur sa garde à vue, l'infirmière a détaillé les longues heures passées au commissariat à la suite de son interpellation.
« J’étais menottée pendant huit heures parce qu’il n’y avait pas de cellule. J’étais menottée à un banc, de mon arrivée au commissariat jusqu’à minuit. Je suis sortie Mercredi 17 Juin 2020 à 16 heures, j’ai dormi dans un autre commissariat », détaille l'infirmière.
Visiblement encore choquée et éprouvée par son arrestation, elle assure encore souffrir de ses blessures au front et dans le cuir chevelu.
« C’est un cauchemar. Je ne réalise pas encore ce qui s’est passé. Je ne m’attendais pas du tout à cela, pour moi ce n’était pas possible. Je n’étais pas là pour cela, pour me faire massacrer ni jeter des cailloux. J’étais là pour revendiquer mes droits et pour manifester et, lorsque je me suis retrouvée au sol, à avoir de la boue dans la bouche, je n’ai rien compris », ajoute-t-elle.
En guise de conclusion, Farida adresse un message à Emmanuel Macron qui, au plus fort de la crise du coronavirus, avait estimé que la France était en guerre.
« Il nous a confié la santé des Français pendant deux mois et nous avons été présents. Nous nous sommes constitués en soldats, tout le monde a pris la responsabilité et mesuré l’ampleur. Nous sommes tous devenus des soldats, les soignants ont répondu présents. Il a demandé aux Français de nous applaudir et j’étais très émue, enfin nous avons de la reconnaissance, le monde prend conscience de la souffrance des soignants », termine-t-elle.
BFMTV Hugo Septier
Le 19/06/2020