A la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP), la répression met le feu aux poudres, élus du personnel et soutiens envahissent la direction.
La direction de la RATP joue un jeu dangereux en s’attaquant aux élus du personnel à quelques semaines du Jeudi 5 Décembre 2019. Il en fallait du cynisme pour menacer de révocation ceux qui défendent la sécurité de leurs collègues et des usagers en révélant l’état pitoyable dans lequel la RATP fait rouler ses bus. Mais les agents ne se sont pas laissés intimider et ils ont répondu par une mobilisation exemplaire.
C’est une véritable chasse aux sorcières que décrivait un chauffeur de bus de la RATP dans nos colonnes en début de semaine, dans un article lu par plus de vingt cinq mille lecteurs, preuve s’il en fallait que la répression des travailleurs combatifs ne passe pas. Ainsi les instances disciplinaires de la RATP avaient convoqué cette semaine deux agents du dépôt de bus de Belliard dans le dix-huitième arrondissement de Paris, Hani Labidi, Mardi 5 Novembre 2019, et Luc Walop, Jeudi 7 Novembre 2019. Elles avaient aussi convoqué Olivier Terriot au dépôt d’Asnières, Mercredi 6 Novembre 2019. Le quatrième élu, menacé de révocation au même titre qu’Olivier Terriot, est Ahmed Berrahal, élu de la Confédération Générale du Travail (CGT), convoqué Mardi 12 Novembre 2019 au dépôt de Flandre à Pantin, dont nous publiions la semaine dernière une interview ayant également provoqué l’indignation, avec près de quinze mille visites. Tous sont accusés du même fait aberrant d'avoir réalisé un contrôle de bus le 30 septembre 2019 au dépôt de Belliard, dans le cadre de leurs prérogatives d’élus du personnel, ayant conduit à démontrer que soixante dix pour cent des bus n’étaient pas conformes aux règles de sécurité. La direction de la RATP, qui n’a semble-t-il pas apprécié que son mépris pour la sécurité de ses usagers soit mis sur la place publique, n’a pas trouvé mieux que de sauter sur l’occasion pour s’en prendre aux élus du personnel par ce qui n’est rien d’autre qu’une pure répression antisyndicale.
Mais le jeu comporte des risques et la direction de la RATP s’est pris un sacré revers, tant l’indignation a été spontanée dans les rangs de la RATP et au-delà. Ainsi, les trois convocations ont été l’occasion de rassemblements de solidarité qui ont pris une toute autre tournure qu’un entretien disciplinaire. Par la force du nombre, les agents se sont invités dans les locaux pour prendre la défense de leurs collègues, face à des responsables faisant pâle figure et qui ont eu peine à argumenter, tant la manœuvre était grossière. Ainsi, la direction de la RATP a présenté un rapport d’huissier selon lequel les raisons invoquées par les élus pour immobiliser les bus n’étaient pas des éléments de sécurité.
Pour Ahmed Berrahal, « le document est faux, on ne peut pas faire un rapport pour trois personnes, cela ne tient pas la route. En plus ils ne donnent pas les horaires de contrôle ni les coquilles des bus contrôlés, les numéros des bus, ils ne donnent aucune information. C'est une mascarade, ils se foutent de la gueule du monde. Ils ciblent directement les élus, les plus fortes têtes, c’est tout. Parce que d’ici le Jeudi 5 Décembre 2019, s’ils arrivent à nous toucher, c’est jackpot pour eux. Mais je pense qu’il ne vont pas avoir le choix que de reculer, parce que nous avons maintenant la preuve, avec les documents qu’ils nous ont présenté, qu’il n’y a rien qui tient la route dans leurs accusations. Quoi qu’il en soit, ce qui est sûr, c'est que nous ne lâcherons pas l’affaire de notre côté et nous ne laisserons pas passer cette situation qui est bien trop grave. Nous informons de la sécurité et en récompense la direction nous colle des rapports et presque des révocations. Donc tout le monde se sent concerné, les collègues sont choqués que la direction me convoque, comme les militants des différentes organisations syndicales ».
Le même mobile répressif est pointé par Olivier Terriot, secrétaire de la CGT du Comité Social et Economique (CSE) de la RATP, au cours du rassemblement pour le soutenir à Asnières, « Emmanuel Macron pensait avoir des élus dociles en mettant en place les CSE, pas de chance pour lui, nous arrivons à l’utiliser et à montrer que la RATP n’a aucune considération pour les usagers ni pour les tiers. Si un bus perd ses freins, ce ne sont pas que les usagers qui vont morfler. Ils font des économies de bouts de chandelle, voilà ce que les élus dénoncent. Mais ce qu'ils font, c’est aussi pour nous empêcher de réfléchir à ce que nous devons faire demain. Ils essayent de faire peur aux agents en s’attaquant à leurs élus. Mais le vrai combat, c’est à partir du Jeudi 5 Décembre 2019 qu’il faudra le faire constater, à la RATP, mais pas seulement. Parce que cette société est malade. Donc à partir du Jeudi 5 Décembre 2019, il faut que nous soyons tous en ordre de bataille ».
A Asnières, les sourires étaient au rendez-vous parmi les agents de la RATP venus en soutien des collègues réprimés, montrant que la peur n’était pas du côté où la direction de la RATP l’attendait. Les agents de la RATP ont même été rejoints par une quinzaine de postiers à vélo, ayant détourné leurs parcours pour venir soutenir leurs camarades, dans un moment émouvant de convergence.
Pour Brahim, postier ayant fait partie de la délégation, ce soutien allait de soi, « en 2016 nous avions déjà fait des choses en commun. Nous avions bloqué leur dépôt de bus avec les postiers à 5 heures du matin parce qu’eux n’avaient pas la possibilité de bloquer leur propre dépôt, sous la menace des huissiers et notre participation leur avait beaucoup plu. Donc quand nous avons appris ce qu’il se passait pour Olivier Terriot et les autres, nous nous sommes dit qu’il fallait faire quelque chose et comme nous avons appris Mardi 5 Novembre 2019 la nouvelle du rassemblement du Mercredi 6 Novembre 2019 et que nous n'avons pas eu le temps de déposer un préavis de grève, nous avons décidé de faire cette action en parallèle du boulot et nous nous y sommes allés en vélo. Au début, ils ne pensaient pas que c’était pour Olivier Terriot et, quand ils ont entendu les slogans, ils ont compris et se sont mis à applaudir, c’était un moment fort. Ce qui est dingue c’est que certains des collègues qui sont venus n’ont jamais fait grève et pourtant à Asnières c’est rare, mais pour eux c’était naturel de venir soutenir des syndicalistes réprimés ».
Une dizaine de Gilets Jaunes et Elsa Faucillon, députée du Parti Communiste Français (PCF) des Hauts-de-Seine, avaient également fait le déplacement. « Cet élan est énorme, nous ne nous attendions pas à tout cela », nous confie Ahmed Berrahal avant de poursuivre que « les médias m’ont appelé, il y a la deuxième chaîne de la télévision et la radio. Ils n'avaient jamais vu cela, qu’un élu puisse se faire sanctionner sur ses prérogatives pour la sécurité des usagers ».
Mais les élus de la RATP ne se sont pas arrêtés là. Ils ont tenu à appliquer leurs prérogatives à la lettre, en profitant des entretiens pour opérer un contrôle de routine de la sécurité des bâtiments. Le résultat a été éclatant, « nous avons trouvé des dysfonctionnements à Asnières comme à Belliard », explique Ahmed Berrahal, « les alarmes incendies n’étaient pas conformes ou hors service. Donc j’ai dû intervenir sur la sécurité pour tout le centre, en démontrant que le bâtiment n’était pas sécurisé. A l’entretien disciplinaire de Luc Walop à Belliard, nous avons fait évacuer le bâtiment parce que l’alarme incendie n’était pas conforme et nous avons refait la même chose à Asnières pour la convocation d’Olivier Terriot. Aucune alarme incendie ne fonctionnait, nous avons déposé un Danger Grave et Imminent (DGI) et pour la sécurité de tout le monde ils ont été obligés d’évacuer toute la direction du bâtiment le temps de trouver le problème, cela a duré deux heures et trente minutes. Cela fait partie de nos prérogatives, c’est cela qui les rend dingues, ils savent la force que nous avons. Il faut avouer que le directeur avait la rage, ils ont été obligés de sortir dehors avec nous alors que tout le monde criait des slogans », un beau revers pour la direction de la RATP.
Les agents ont également manifesté leur soutien à leur collègue Ahmed Berrahal en interpellant leur direction par Urban Web, la messagerie interne de la RATP, messages restés pour l’heure sans réponse de la hiérarchie.
Le prochain rassemblement aura donc lieu Mardi 12 Novembre 2019 pour soutenir Ahmed Berrahal à 8 heures 30 au Centre des Bus de Flandre, avenue Jean Jaurès à Pantin, et même à partir de 5 heures du matin dès l’heure de sortie des bus, pour les plus matinaux. Plusieurs secteurs ont déjà répondu présent et la détermination promet d’être à nouveau au rendez-vous.