

Déclin biologique des sols plus grave que le réchauffement climatique au point de mettre en cause la capacité des terres agricoles à nourrir les humains - Apocalypse des hérissons* - Armageddon de la biodiversité*- : Monsieur de Rugy, comme vos prédécesseurs vous êtes responsable, mais l'Histoire vous jugera coupable !
* Titres du journal le Monde et The Guardian
Il y a deux ans et demi, avec la pétition change.org/p/sauvons-les-hérissons-en-danger, nous avons été les premiers à dénoncer l’accélération dramatique de la disparition du Hérisson Européen, espèce sentinelle, lanceur d’alerte de l’anéantissement de la microfaune des sols et de la biodiversité. Nous avions pour cela extrapolé des études anglaises sur leur disparition (-70 % dans les campagnes depuis une vingtaine d’années, - 95 % depuis les années 50). Sources : www.herissoneuropeen.org
Aujourd’hui, devant l’échec patent des politiques françaises de sauvegarde de la microfaune, des insectes et de la biodiversité, nous croyons fermement qu’il est plus qu’urgent de changer de paradigme :
Globalement, les insectes sont des maillons essentiels des chaînes alimentaires, clés de voûte des écosystèmes. Leur diminution rapide et massive est un signal d’alarme très fort qui devrait tous nous inquiéter. Lorsqu’un maillon est rompu, l’ensemble du système se déséquilibre rapidement.
Face à l’effritement du tissu vivant de la planète, l’équilibre que nous avons connu est devenu trop fragile et peut s’effondrer d’un coup.
Nous considérons donc que les ministres de l’Écologie successifs sont responsables de cet anéantissement qui s’accélère depuis une vingtaine d’années. Devant le poids de cette culpabilité, Monsieur Hulot a démissionné.
Monsieur de Rugy, comme vos prédécesseurs vous êtes responsable, mais l'Histoire vous jugera coupable... Coupable de votre inaction quand vous dites qu’il est compliqué de réduire l’utilisation des pesticides et des herbicides à grande échelle, d’un claquement de doigts, alors que vous n’agissez pas plus pour autant afin de mettre en place de petites mesures qui ne coutent rien, de petits pas qui pourraient même faire économiser de l’argent à l’État.
Pourquoi vos conseillers et vous-même n’écoutez pas quand nous disons que le hérisson est une espèce prioritaire, une espèce sentinelle lanceur d’alerte ?
Pourquoi n’entendez-vous pas nos appels au secours pour faire passer un arrêté afin d’aider les centres de sauvegarde de la faune sauvage débordés par des milliers de Hérissons Européens en détresse?
Ces centres qui pourraient être aidés par des stagiaires en externat, sous tutorat d’un capacitaire et d’un vétérinaire, avec à la clef autant d’actions bénévoles de sensibilisation aux trames vertes et à la biodiversité comme le font tous nos voisins anglo-saxons ? En Angleterre plus de 55 000 « champions hérissons » se sont simplement inscrits sur Internet, là où en France l’administration demande plus de deux ans pour obtenir les autorisations nécessaires ?!! Résultat, à peine 30 personnes habilitées à s’en occuper.
Retour sur une apocalypse annoncée : l’anéantissement de la microfaune des sols et des hérissons, le printemps silencieux, un désastre pour l’agriculture du futur :
Si les climato sceptiques semblent enfin se taire, du moins en Europe, il nous faut aujourd’hui asséner une nouvelle vérité :
« Les sols s’érodent, se dégradent, perdent leur fertilité. On considère à tort qu’ils vont produire éternellement, mais un jour prochain, on n’observera pas seulement une chute de la productivité, mais leur totale stérilité… En moyenne, un hectare de terre fertile vierge est brassé en permanence par 1 tonne de vers de terre, 1,7 tonne de bactéries et 2,7 tonnes de champignons. Dans les 20 premiers centimètres de profondeur, vous trouvez l’équivalent masse de “500 moutons” d’organismes vivants par hectare ! 500 moutons invisibles qui travaillent silencieusement à nourrir la terre, la flore et tous les êtres vivants dont nous faisons partie. Ce chiffre s’effondre lorsque les pratiques chimiques et mécaniques agricoles ne respectent pas les sols. En quelques années, on a perdu 90 % des vers de terre » précise Daniel Nahon, professeur de géosciences. Chiffre confirmé par Hubert Reeves, président d’honneur de l’Agence Française de la Biodiversité : « Il est grand temps de réhabiliter les vers de terre. Sans ces vers, les sols ne sont plus cultivables et certaines espèces n'ont tout bonnement plus rien à manger. »
L'ensemble de la chaîne alimentaire a été étudié : mammifères et oiseaux, mais aussi insectes pollinisateurs comme les abeilles et les papillons (les trois quarts de notre alimentation dépendent de leur travail de pollinisation des cultures) mais aussi les criquets, carabes ou encore les araignées, et les plantes... Pratiquement l'ensemble de cette biodiversité est en déclin, surtout les insectes, pour lesquels ce phénomène est très rapide.
Pourtant, vers de terre et coléoptères jouent un rôle essentiel dans le recyclage des déchets naturels. Les nécrophores enterrent les cadavres des petits mammifères et enrichissent le sol. Les coprophages décomposent les bouses de vache et les crottes de mouton. Tous ces insectes sont la base de l’alimentation d’autres animaux notamment des hérissons pour qui ils sont la seule source de nourriture. En haut de la chaîne alimentaire de toutes ces espèces de la microfaune des sols, les hérissons régulent les populations d’insectes et sont donc garants de la bonne santé des sols et de toute la biodiversité. Le Hérisson Européen est d’ailleurs considéré par nombre de scientifiques comme un excellent marqueur de la santé de la biodiversité.
“La situation globale est probablement la même dans toutes les plaines d'Europe de l'Ouest, c'est-à-dire la France mais aussi l'Angleterre, la Hollande, le Danemark, l'Allemagne où le nombre d’insectes volants a décliné de 75 % à 80 % depuis le début des années 1990.”
La disparition des insectes entraine celle des insectivores
La disparition des insectes entraîne en effet un “phénomène de destruction massive proche de la catastrophe écologique. Les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse. En moyenne, leurs populations se sont réduites d’un tiers en quinze ans, avec une chute marquée des espèces spécialistes des plaines agricoles. Les populations d'alouettes des champs et de perdrix grises sont en déclin spectaculaire : la première a diminué pratiquement de moitié et la seconde avec - 95 % est désormais virtuellement éteinte” précise Vincent Bretagnolle, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) “Plaine & Val de Sèvre”.
La logique statistique de la diminution des populations des espèces les plus impactées par l'anéantissement des insectes est implacable. Les mêmes chiffres alarmants reviennent toujours : les populations d’insectes volants, de vers de terre, de coléoptères, de perdrix, de hérissons sont toutes en diminution de 80 % à 90 %, en une vingtaine d’années !
Quelles sont les causes de cette situation?
Pour les experts du CNRS et de l’INRA, ce sont les changements apportés aux pratiques agricoles. En premier lieu, tout a commencé avec la disparition des haies, des mares et des prairies où les insectes s’abritent et se reproduisent. Le déclin observé est plus particulièrement marqué depuis 2008-2009, “une période qui correspond, entre autres, à la fin des jachères imposées par la politique agricole commune européenne, à la flambée des cours du blé, à la reprise du suramendement au nitrate permettant d’avoir du blé surprotéiné et à la généralisation des néonicotinoïdes”, ces fameux insecticides neurotoxiques, très persistants qui tuent directement les insectes, et enfin, les herbicides qui détruisent les plantes dont ils se nourrissent. Pour finir vient la baisse de diversité des écosystèmes du fait de l’implantation de monocultures sur des espaces toujours plus démesurés.
La situation française n’est pas différente de celle rencontrée ailleurs en Europe. “On est dans la continuité d’une tendance lourde qui touche l’ensemble des pays de l’Union européenne”. Est-elle réversible ? “Trois pays, les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni ont mis en œuvre des politiques nationales volontaristes pour inverser cette tendance lourde, en aménageant à la marge le modèle agricole dominant, explique Vincent Bretagnolle. Aucun de ces trois pays n’est parvenu à inverser la tendance : pour obtenir un effet tangible, il faut changer les pratiques sur des surfaces considérables. Sinon, les effets sont imperceptibles. Ce n’est pas un problème d’agriculteurs, mais de modèle agricole : si on veut enrayer le déclin de la biodiversité dans les campagnes, il faut en changer, avec les agriculteurs.”
Dans l'attente de votre réponse à nos deux questions centrales après deux ans et demi d'attente, nous vous souhaitons, Monsieur le Ministre, Messieurs les Conseillers, une excellente année écologique.
Jean-Xavier Duhart
Au nom des 130 000 signataires de la pétition, de tous les journalistes qui l’ont relayée, des associations de protection des hérissons, de la faune sauvage et de l’environnement, ainsi qu'au nom des personnalités publiques et politiques qui la soutiennent :
https://www.change.org/p/sauvons-les-hérissons-en-danger
Contact presse T : 06 12 29 44 82 / email : jeanxavierduhart@free.fr
Sources : http://www.herissoneuropeen.org/
http://www.sevre-environnement.fr/archives/1403