Petition updateSauvegardons la Grande Tourbière de BlainvilleArticle dans le journal indépendant The Rover: Toxic Secrets: A Dirty Deal in Blainville
Sauvegardons la Grande Tourbière DE BLAINVILLEBlainville, Canada
May 6, 2025

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Article original: Toxic Secrets: A Dirty Deal in Blainville

Article du journal indépendant The Rover par Éanna Mackey
 
Version française traduite :

Secrets toxiques : Un marché sale à Blainville
Une entreprise américaine de déchets toxiques, Stablex, suscite la controverse en raison d’un projet d’expansion soutenu par le gouvernement provincial, qui pourrait dévaster une tourbière voisine.

Alors que le printemps de la mi-avril insuffle la vie au pergélisol en dégel, une oie solitaire revient après un autre hiver québécois brutal. Mais là où elle trouvait autrefois refuge dans une forêt luxuriante, elle ne voit plus que la ruine — des millénaires d’habitat déchiquetés par la lame des bûcherons, des éclats de bois volant comme des éclats d’obus, tandis que l’odeur de sève flotte dans l’air.
Elle pousse un cri déchirant — un gémissement solitaire pour son troupeau disparu, résonnant à travers le paysage ravagé.

Quelque chose de sinistre se trame à Blainville.

Depuis 1981, Stablex — une entreprise privée américaine spécialisée dans les déchets toxiques — exploite un site d’enfouissement à Blainville, au nord de Montréal, sur un terrain adjacent aux marécages de la Grande Tourbière à la lisière de la ville.

Le site est au cœur d’une polémique depuis quelques semaines, impliquant des citoyens, la Ville de Blainville et le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ), dans un contexte de tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis, en raison de son projet d’expansion vers la zone humide.

Le 28 mars, la CAQ a adopté en urgence le projet de loi 93, décrit par l’opposition comme taillé sur mesure pour l’entreprise américaine. Ce geste a forcé la Ville de Blainville à vendre plus de 60 hectares de forêt publique à Stablex, a mis fin aux débats à l’Assemblée nationale et a donné le feu vert à l’entreprise pour commencer les travaux.

« Cette zone, c’était comme un zoo — pleine d’animaux. Je voyais des castors tous les jours, ainsi que des tortues, des oiseaux, même des orignaux », raconte Louis*, résident de Blainville depuis 35 ans et ancien employé d’Orica, une entreprise voisine autrefois implantée sur les terrains que Stablex prévoit désormais d’occuper.
« C’était incroyable de voir toute cette vie. Mais Stablex s’en fiche. Ils se moquent des animaux, des milieux humides, de votre santé ; ils veulent juste ce trou. Ils nous disent qu’ils nous rendent service en nettoyant une forêt de mauvaises herbes, mais cet endroit était vivant », dit-il.

« Il y a vraiment quelque chose de louche ici, et je ne comprends pas pourquoi personne ne creuse davantage. »

Stablex affirme que suspendre ses opérations priverait des centaines d’entreprises québécoises d’un lieu sécuritaire pour éliminer leurs déchets dangereux. Pourtant, plus de 40 % des déchets traités sur le site proviennent de l’extérieur du Québec, et près de 30 % viennent des États-Unis — des chiffres que l’entreprise conteste.

Stablex affirme également qu’elle atteindra sa pleine capacité d’ici 2027 si les travaux ne débutent pas immédiatement, bien que des études indépendantes affirment que le site pourrait tenir jusqu’en 2030.

La Ville de Blainville soutient que l’expansion menace la tourbière et la forêt ancienne avoisinantes. Elle conteste le calendrier d’urgence avancé par Stablex et indique que l’entreprise a rejeté un site alternatif proposé par la ville, car celui-ci coûterait plus cher que l’expansion dans La Tourbière.

Pire encore, des tests d’eau indépendants soutenus par le groupe Mères au Front ont révélé une grave contamination des zones humides voisines, démontrant que le site de Stablex fuit déjà dans les eaux de surface. Du cadmium — un métal toxique et cancérigène — a été retrouvé à des niveaux plus de 340 fois supérieurs à la norme dans un fossé près de l’usine, accompagné de fortes concentrations de cuivre, de chrome, d’arsenic et de nickel.

Cela contredit les déclarations de l’entreprise selon lesquelles ses déchets sont traités et confinés de manière sécuritaire. Maxime Couture, représentant de Stablex, a réagi aux résultats des tests indépendants en niant toute responsabilité.


« On ne sait pas de quel taux de cadmium ils parlent. Il y a des niveaux élevés de cadmium qu’on peut retrouver dans la nature. Ça peut être dans un champ, un lac, une rivière, ou même dans l’eau potable », a-t-il déclaré.

« Peut-être qu’ils ont interféré avec les tests. Même le ministre de l’Environnement est venu dire qu’il n’y avait aucune trace de contamination. »

Malgré cela, le gouvernement de la CAQ soutient que le projet de loi 93 est nécessaire pour protéger les services publics, balayant les préoccupations soulevées dès 2023 par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), qui a conclu que les pratiques de Stablex étaient dépassées et a recommandé de ne pas autoriser l’expansion.

Début avril, Stablex a précipitamment commencé l’abattage d’arbres sur le terrain, tentant de devancer le 15 avril, date à laquelle entrent en vigueur les protections fédérales pour les sites de nidification. Le projet de loi 93 protège toutefois Stablex de toute conséquence légale pour des actions entreprises avant cette date.

Cette situation a suscité une vive opposition. Des manifestants organisent un piquet quotidien à l’entrée du site. Une manifestation plus importante a eu lieu le 12 avril, mais les événements de cette journée ont révélé une réalité encore plus troublante.

Anne-Marie*, travailleuse en santé locale, s’est enchaînée à la grille d’entrée pour ralentir les travaux. Ce qu’elle a vécu l’a profondément marquée.

« Je suis arrivée tôt ce matin-là. Certaines personnes sont entrées pour tenter de stopper les machines », raconte-t-elle.

« Ils suppliaient les travailleurs d’arrêter, mais ils les ignoraient complètement, mettant tout le monde en danger. La police était là, mais elle n’a rien fait, même si c’est illégal de faire fonctionner des machines lourdes avec des civils à proximité, sans équipement de sécurité. »

Les ouvriers ont continué à abattre des arbres à pleine vitesse, projetant des éclats de bois vers les manifestants.

« C’était vraiment dangereux. C’est un miracle qu’une seule personne ait été grièvement blessée », dit Anne-Marie.

Pendant ce temps, Anne-Marie est restée attachée à la grille, un cadenas autour du cou, alors que la police s’approchait.

« J’étais assise par terre, le cadenas autour du cou, et ils étaient six ou plus à me surplomber », dit-elle.

« Ils ont commencé à pousser la grille. Je ne pouvais plus respirer. Je les suppliais de ne pas toucher au cadenas, car il m’étranglait. Mais ils ne m’écoutaient pas. Ils s’en fichaient. »

Elle a été libérée après près de 40 minutes. Le traumatisme, lui, reste.

« Honnêtement, j’ai maintenant peur de la police. Je crains que quelqu’un connaisse mon visage, mon adresse. Ils ne sont pas une ressource pour nous. Ce jour-là, j’ai compris qu’ils ne sont pas là pour nous protéger. »

Son témoignage reflète les craintes croissantes des résidents : face à Stablex, ils affrontent non seulement une entreprise puissante, mais aussi un gouvernement et une police qui semblent défendre les intérêts privés avant ceux du public.

« On a tout essayé — pétitions, manifestations, rencontres avec la Ville. On lutte contre un projet qui pourrait rapporter des milliards à une entreprise étrangère, tout en détruisant notre marécage et notre économie locale », dit-elle.
« Mais face à ce genre de pouvoir ? On est seuls. Quelle sécurité avons-nous contre ces gens ? Ce n’est pas de la démocratie. »

D’autres manifestants expriment la même inquiétude. Parmi eux, Audray Garneau et Danny Duquette, qui participent régulièrement au piquetage.

« La police n’était pas là pour les manifestants. Elle était là pour intimider », dit Garneau. « On a l’impression d’être dans un film d’horreur. »

Stablex a aussi engagé une firme de sécurité privée qui suivrait et photographierait ceux qui s’intéressent de trop près à l’entreprise — une tactique qui, selon certains, vise à faire taire la dissidence. Duquette est du même avis.
« Il y a une omertà ici entre les pouvoirs en place. On veut de la transparence », dit-il.

« On a posé des questions, mais les réponses étaient superficielles. Les gens demandent des explications précises, et tout ce qu’on nous dit, c’est “tout va bien, pas d’inquiétude”. Mais alors, que se passe-t-il vraiment ici ? On a le droit de savoir. »

Maxime Couture, représentant de Stablex, dit ne rien savoir des tactiques d’intimidation alléguées.


« Je n’ai pas d’information là-dessus. Il y a beaucoup d’enjeux liés à la sécurité du site. Comme tout site industriel, on a de la sécurité privée, mais je ne sais rien concernant les photos. »

Des craintes subsistent quant aux risques sanitaires.


« Ce qui m’inquiète le plus, c’est que la population soit contaminée. Quand on regarde les tests superficiels sur les rivières, on voit déjà que l’eau est extrêmement contaminée », dit Garneau.

Pour Louis, l’ancien employé, la situation est devenue invivable. Il vend sa maison après 35 ans et prévoit déménager loin de l’ombre toxique de Stablex.


« Je suis convaincu que l’eau qu’on boit est contaminée. On est tous trop malades, et c’est trop tard pour faire marche arrière », dit-il.
« Le gouvernement sait ce qui se passe, mais il est trop tard, alors ils essaient de se couvrir mutuellement. Ils sont tous liés : Stablex, la CAQ et la police. »

Pendant ce temps, la lutte pour sauver la tourbière se poursuit. Chaque matin, un petit groupe de citoyens surveille les camions remplis de déchets dangereux qui font la file devant l’usine.

Le jeudi 1er mai, un activiste perché sur une structure de bois enchaînée à la clôture d’entrée a bloqué l’accès au site, exigeant l’arrêt immédiat du projet. Il a été accusé de méfait et d’obstruction par la police de Blainville.

Dans un communiqué, l’activiste Samuel Touchette a déclaré :
« Ce projet est imposé par la force et ignore complètement la valeur écologique de la Grande Tourbière. Le gouvernement démontre encore une fois qu’il sert les intérêts des milliardaires aux dépens du bien-être des gens et de la nature. La résistance doit s’intensifier pour protéger la terre et ses habitants. »

*Le Rover a accepté de préserver l’anonymat de certaines personnes pour les protéger contre d’éventuelles représailles.

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