
Plus de 1000 signatures, et de premiers reculs obtenus.
Avancées réelles ou en trompe-l'oeil ?
Bien qu'aucune information officielle ne nous ait été donnée ni par le Bailleur, ni par la Mairie, il semble que certains escaliers, certains passages, peut-être une passerelle, certains halls, soient sauvés de la démolition et de la fermeture. Mais combien, lesquels ? Nous sommes dans l'incertitude. L'Architecte des Bâtiments de France ne nous reçoit pas et ne répond pas à nos demandes, mais nous savons qu'elle a demandé aux architectes de revoir leur copie. Le scandale d'un saccage annoncé était intenable. Nous voulons y voir un premier résultat de notre mobilisation, et des soutiens que nous recevons du monde professionnel des architectes, comme en témoigne la réussite du débat du 15 juin : première rencontre de ce genre sur la dalle d'Îlot8, une soixantaine de participants, locataires pour l'essentiel, et aussi dionysiens solidaires issus d'autres collectifs en lutte, élus d'opposition de la ville, et 10 architectes et historiens de l'habitat social venus nous soutenir. ( cf ci-après le compte rendu de la discussion ). L'ABF y est manifestement sensible, c'est un point très positif.
Mais notre inquiétude demeure. Du côté de nos commanditaires, toujours aucune programmation de réunion par le Bailleur et la Mairie pour une co-construction du projet NPNRU en cours de modification, en violation des principes-mêmes de l'ANRU. C'est dans le secret que les architectes continuent à travailler ; même si la maîtrise d'ouvrage a été contrainte de nous entendre, elle joue à Qui-perd-gagne, fait comme si nous n'existions pas, nous refuse les rendez-vous, et même de recevoir les pétitions. Quelques informations partielles sont lâchées officieusement par Serge Renaudie, architecte associé du projet que nous combattons. Mais aucune réunion officielle, même pour nous aviser des changements imposés au projet, n'a eu lieu depuis le mois de janvier. Le local commun résidentiel reste fermé. Entêtement dans la même méthode, poursuite des mêmes erreurs, même absurdité. Quitte à devoir une fois encore reculer et refaire et refaire encore des projets susceptibles d'être à nouveau combattus et peut-être retoqués ? Quel gâchis...
Car on sent que la Mairie s'obstine autant qu'elle le peut, contrainte à lâcher un peu mais faisant avancer à un rythme forcené les autres travaux du Centre-Ville, manifestement plus dans un objectif électoraliste que dans un souci d'entendre les habitants-citoyens. Les sondages de sol, les travaux des géomètres se multiplient autour et au centre de l'îlot. Le Commissaire enquêteur ayant remis un rapport favorable aux privatisations des passages publics tout en établissant pourtant que toutes les contributions citoyennes ont refusé le projet, si le Préfet le suit, le prochain Conseil Municipal pourra voter les privatisations et la fermeture du principal passage vers la Place Jean Jaurès. Ce serait le prélude condamnant à la démolition le grand escalier de l'ouest qui permet l'accès public à la promenade haute aux abords de la Basilique. Pour la suite Plaine Commune Habitat peut décider seul de fermer la dalle dont elle est propriétaire.
Il faut donc toujours craindre le pire. Car, quand bien même certains escaliers seraient sauvés, les autres démolitions défigureraient les volumes, les équilibres esthétiques et les cheminements si savamment pensés par Renée Gailhoustet. Et que dire de cette aberration consistant à supprimer les premières marches d'un escalier pour le rendre impraticable, le laissant absurdement suspendu au-dessus du vide ? Et même si tous les escaliers perduraient, la pose de grilles, de portes, de serrures à codes enserrant l'Îlot 8 d'une ceinture barbare de cadenassage métallique ou technologique permettrait la résidentialisation. Le bâtiment pourrait être sauvé dans son intégrité physique que son esprit n'y serait plus. Nous sommes une pépite foncière dans un magnifique centre-ville historique en proche banlieue : nous sommes en danger.
Mais à l'obstination de la Mairie et du Bailleur nous entendons opposer plus que jamais notre détermination absolue à sauvegarder notre architecture d'avant-garde, notre habitat social, notre dalle publique, et cet esprit de ville-monde et populaire que nous aimons. Des locataires veillent tout l'été, discutent, agissent, préparent la rentrée. D'autres collectifs se mobilisent à Saint-Denis. Nous sommes entourés, soutenus. Tous les soutiens sont précieux pour faire reculer nos décideurs. Et notre lutte rejoint aussi celle d'autres collectifs d'habitants qui se heurtent à la même logique de gentrification et de destruction du logement social. Les locataires voudraient juste « bien vivre », mais l'Îlot 8 devient à son tour un lieu de résistance, pour un enjeu qui n'est pas seulement local.
DANS LA PRESSE :
- Le dossier de la Revue Construire ! : Editorial et Dossier Îlot 8 dans le n° 62 de Juillet 2025
- Le Blog de Saint-Denis :
- La Revue Arc-en-Rêve:
https://arcenreve.eu/explorations/renover-lilot-8-sans-trahir-son-architecture
LOCATAIRES/ARCHITECTES: LE DEBAT DU 15 JUIN
Les choses bougent à l'Ilot 8.
Un dimanche au soleil. Des dizaines de locataires et d'autres habitants de St Denis discutent au pied de l'immeuble et dialoguent avec 10 architectes et historiens venus les soutenir. Ce n'est pas banal.
Pourquoi la mairie ne recule-t-elle pas malgré la mobilisation des derniers mois?
C'est que l'Ilot 8 est une « pépite foncière » explique Bernard Sirkis de la revue Construire , qui a travaillé dans le milieu du renouvellement urbain proche de l'ANRU et milite aujourd'hui à Stop Démolitions : bel immeuble atypique d'une architecte pionnière. Situation en centre-ville, banlieue proche, cible des parisiens de milieux intermédiaires qui ne peuvent plus se loger à Paris. « Beaucoup de communes autour de nous se sont gentrifiées : St Ouen, Pantin... » St-Denis est restée une ville populaire. C'est le choix qui avait été fait par la municipalité au lendemain de la guerre de rénover en logeant la population modeste au centre ville. Mais pas pour faire une ville des pauvres, pas d'expulsion, et pas de ghettoïsation se souvient Guy Naizot l'architecte ccordonateur de la ZAC Basilique. Choix d'un habitat social de grande qualité, ayant une « valeur humaine ».
Aujourd'hui explique Bernard l'Etat organise la destruction de milliers de logements sociaux. Reconstruction en accession, logement-marchandise, les pauvres chassés en lointaines banlieues. Baisse draconnienne des subventions aux HLM puisqu'on finance la guerre, il faut trouver de l'argent. Alors on augmente les loyers, on vend le patrimoine, on casse les bâtiments au profit des promoteurs. Dans ce contexte Ilot 8 est un trésor et une pépite : nous jouissons d'une situation exceptionnelle qui attire les convoitises et nous met en danger. Il faut absolument faire partir les pauvres, les immigrés. Les militants du collectif le disent : au porte à porte tous les locataires rencontrés savent que le maire veut les expulser. Pas besoin d'expliquer, c'est connu de tous, un savoir de base, un lieu commun, souvent ce qui les motive à signer la pétition, presque tous.
Mais c'est difficile. La mairie s'arcboute, malgré cette quasi unanimité des habitants, qui se font entendre aujourd'hui :« On n'habite pas bien »…Ils disent le chaud, le froid, les moisissures, les infiltrations, la saleté, le renoncement à assurer l'hygiène, l'abandon. Le désespoir n'est pas loin. « Ce sont les mêmes mots chez nous », et aussi partout où l'ANRU mène sa politique constate Gilles Jacquemot, architecte à et habitant de La Maladrerie. En 21 ils voulaient résidentialiser la moitié des cheminements, raconte Katherine Fiumani elle aussi archi de et habitante à La Mala. Mais en 24 on a gagné, tout a été annulé : « La lutte, comme l'architecture, nous est commune ».
Claudia a raconté cette lutte du Collectif depuis 10 ans, qui nous a renforcés en nous apprenant à nous défendre. Et Jean-Marc, du DAL, la mobilisation sur les charges qui a fait rendre 80000€ aux locataires sur l'ilot4. Alors il faut faire attention aux fausses solutions. Un sombre diagnostic d'avant-projet bidonné, et la sécurité sert de prétexte pour fermer la dalle estime Hélène. Ça tenterait bien un locataire, mais il ne veut pas des charges qui iraient avec cette résidentialisation reconnaît-il, alors finalement il a signé lui aussi la pétition. D'autant que la résidentialisation déjà réalisée à l'Îlot 4 où on a posé des grilles, n'a rien apporté ajoute un locataire voisin, si ce n'est de la prostitution. Finalement la situation est pire sur le plan de la sécurité, l'expérience est faite, et elle est partout la même. D'ailleurs les grilles restent ouvertes, c'est une dépense pour rien.
Fred fait le point avec précision sur ce qui est prévu pour la rénovation des appartements, mais attention aux faux engagements, prévient Nelly, de la CNL, dans telle cité les gens n'ont jamais vu les volets promis et ils déplorent la mauvaise qualité des équipements bon marché, il y a des malfaçons partout à PCH.
Parce que la mairie s'arcboute, la seule lutte locale n 'est pas payante, prévient Guy Naizot. Il faut des alliés, se faire soutenir. Entre collectifs en lutte d'abord, et aussi par les architectes qui sont là, (par exemple Docomomo, association pour la préservation de l'architecture contemporaine), et encore aller chercher l'aide des sociologues « pour une lutte urbaine, refuser que Saint-Denis devienne une résidence de riches », qu'on « liquide la ville des pauvres ».
Justement il y a du nouveau. Serge Renaudie, architecte du projet contesté qui s'est courageusement invité, assure que le projet a changé sur demande de l'Architecte des Bâtiments de France : « rien d'irréversible » ne devrait avoir lieu dans certains travaux. Le ton se veut rassurant. Mais il invoque de nouveaux motifs, dérisoires, pour justifier malgré tout la casse du grand escalier desservant la dalle vers la Place Jean-Jaurès. Une histoire de tuyaux d'évacuation pour un resto voulu par le maire. Nous, ce restaurant , on n'en veut pas, avertit Pascale, arrêtez de vouloir pour nous, à notre place. Un maire et un bailleur déconnectés qui n'écoutent pas les habitants. Ailleurs c'est pareil, constate Claudie, de l'association des Riverains du Parc Marcel Cachin : on refait le parc mais on le ferme aux riverains en étant sourd à leurs protestations, on fait une croix sur leur histoire et leurs cheminements.
Nous savons qu'il y a eu des mensonges aussi, les pompiers sont instrumentalisés pour la fermeture des passages et le retournement des halls. La mairie leur ayant annoncé la transformation future de la galerie commerciale en centre commercial fermé, ils sont bien tenus d'adapter les mesures de sécurité. Tant pis pour les milliers d'usagers du métro condamné à des détours absurdes et malcommodes. Mais aux locataires, on a raconté que ce sont les pompiers, incontestables, qui sont demandeurs.
Alors aujourd'hui on en est où ? Pas d'information officielle. Certains escaliers sauvés, mais on ne sait pas lesquels, d'autres condamnés, les passerelles on ne sait pas. Le commerce Bao peut-être pas rogné d'un côté et agrandi de l'autre comme prévu, le Chemin des Poulies resterait ce qu'il est. C'est illogique. Si le principe d'aucune irréversibilité des travaux est posé, rien ne devrait être démoli, ni escaliers ni passerelles.
L'Architecte des Bâtiments de France a sans doute été sensible à la mobilisation et à l'argumentation. Il est peut-être impossible de détruire un « bijou » au vu et au su du monde de l'architecture et de la culture, ce serait la honte. Ce qui aura sauvé l'Ilot 8 si on y arrive, c'est la pugnacité et aussi le ramdam que le Collectif a fait autour du projet destructeur, les articles dans la presse, l'appel national. Mais pour le collectif l'ABF reste muette. C'est le suspens.
Mais quels que soient les reculs ou peut-être les premières victoires, si elles sont confirmées, même avec le respect de l'intégrité matérielle du bâtiment on ne serait qu'à mi chemin: car si la reconnaissance patrimoniale est acquise mais que des espaces publics sont remis en cause, prévient Sébastien Radouan, historien de l'habitat populaire, on peut faire des balades urbaines pour les points de vue sur la ville et la Basilique, ça fait patrimoine mais on perd l'esprit. Or résidentialiser c'est retirer de l'espace à la ville.
Alors que les travaux en centre-ville sont engagés à marche forcée, il faut encore et toujours refuser résidentialisation et fermeture par quelque moyen que ce soit. C'est comme ça que Saint-Denis restera ville monde et populaire, c'est son ADN d'aujourd'hui et le choix audacieux par lequel elle reste digne de son passé prestigieux.
La parole des architectes et des locataires s'est parfaitement emboitée, et on s'est promis après le débat de rester en contact. L'Îlot 8 est bien entouré.
COMMUNIQUE DU COLLECTIF ÏLOT8 DU 15 JUILLET 2025
PCH comme la Mairie répond par le mépris
aux revendications des locataires!
Depuis la dernière réunion d'information du 22 janvier dédiée à l'aménagement de la dalle durant laquelle la contestation s'était fortement exprimée, c'est silence radio côté PCH.
La réunion très attendue consacrée à la réhabilitation des logements a été ajournée sans précision et sans aucune forme de communication officielle.
La Maison Jaune a été fermée et les serrures changées mettant devant le fait accompli le collectif de L’îlot 8 et les locataires qui fréquentaient ce lieu social d'organisation collective.
Dans ce contexte troublé, le 15 juin un débat a été organisé par le collectif de l’îlot 8.
Il s'est tenu sur la dalle, en plein air, sur le thème « Où en est-on de la rénovation ?» et ce fut un succès. Ce débat réunissait locataires, architectes, urbanistes, militant-e-s de la ville.
A l'issue de cette journée de partage festive et revendicative, l'assemblée de locataires avait décidé d'aller remettre au bailleur l'ensemble des pétitions recueillies depuis 2 mois sur l'îlot 8. soit 167 signatures sur 184 logements de l'îlot, qui dénonce :
- la résidentialisation imposée, par le choix du Maire de gentrifier le centre-ville avec pour conséquence la remise en cause du logement social en plein cœur de ville et du droit d'en profiter pour les locataires de catégorie modeste.
- La stratégie de pourrissement du bailleur par le défaut d'entretien courant des bâtiments et de la dalle.
- Le retard pris dans la réhabilitation des logements.
- Le transfert des coûts d'entretien aux locataires qui occasionnera des départs au compte-goutte quand on ne pourra plus payer.
- L'absence de concertation des opérateurs de la rénovation.
- Le déplacement des services publics situés sur la dalle
- La fermeture de la Maison Jaune
Ainsi, une délégation de locataires s'est présentée au siège de PCH le jour du CA du jeudi 26 juin dans l'intention, non seulement de remettre les pétitions mais aussi d'obtenir des clarifications sur le projet qui semble avancer sans information des locataires.
Le secrétaire général s'est alors engagé à donner un rendez-vous rapidement. Mais la réponse a finalement été « en septembre » sans plus de précision...
La délégation voulait aussi interroger les opérateurs de la rénovation sur l'état des études en cours sur la résidentialisation (retournement des halls, escaliers, passerelles, fermeture des passages...).
L’Architecte des Bâtiments de France (ABF) a semble t il demandé une modification du projet initial ce qui contraint les équipes techniques à le retravailler. Aucune information n'a été donnée aux habitant-e-s sur les modifications demandées, que se soit par l'ABF contactée maintes fois ou par le bailleur qui travaille dans la plus grande opacité.
Il est inacceptable que la demande de rendez-vous à PCH soit restée sans réponse !
Le silence est une stratégie insupportable et vient s'ajouter au défaut de concertation manifeste subi par les habitant-e-s et se double d'un mépris institutionnel évident.
Nous ne saurions nous satisfaire de cette situation car il y a urgence pour les locataires en souffrance dans leurs logements dégradés.
Il nous faut des réponses, on nous doit ces informations. On est concerné-e-s en premier lieu.
On veut suivre au plus près le projet de rénovation de notre quartier, on a notre place dans l'équation de ce qui se décide !
Or, le bailleur prétend nous ignorer et ne supporte pas la contestation et la résistance!
Face à une telle déconsidération, le bailleur et le Maire s'exposent à une grande colère.
Dans ce contexte, nous exigeons :
- urgemment un rendez-vous auprès du bailleur ainsi que du Maire pour nous faire entendre et connaître les nouveaux amendements et orientations du projet
- la mise à disposition de notre LCR dit Maison Jaune pour pouvoir se réunir et s'organiser dignement
- que la priorité numéro Un du projet reste la réhabilitation des logements et l'entretien courant du patrimoine
Plus que jamais nous voulons garder la dalle libre et bien ouverte. Nous sommes déterminés à rester vigilants pour une réhabilitation digne de nos logements,
Collectif de l'Îlot 8, soutenu par les associations de locataires CNL et DAL
Contact : collectifilot8sd@proton.me