
Personne ne le connaîtrait, le Grand Chêne, tiens donc ? Manque de discernement ou de courtoisie ?
Isabelle Autissier, ingénieure agronome et écrivaine, a été Présidente et Directrice générale du WWF France (Fonds mondial pour la nature) et en reste présidente d'honneur.
C'est la première femme à avoir accompli une course autour du monde à la voile en solitaire.
Pour paraphraser cette grande dame (« le dimanche, je prends mon temps »), l'autre dimanche elle a pris le temps de signer la pétition pour le Grand Arbre de Saint-Maur.
Je lui laisse la parole :
« Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que nous sommes la nature. Homo sapiens est une espèce de la nature. L'homme a pensé dominer la nature, mais en fait il l'a simplement modifiée et malheureusement abîmée. Moi qui suis navigatrice, je peux vous dire qu'il n'a pas dominé les vents, la hauteur des vagues, le froid... On n'a rien dominé des fondements de la physique, de la chimie ou de la biologie. Que cela nous plaise ou non, l'eau continuera à geler à 0 °C... Cette idée de domination, qui a été propagée par la civilisation occidentale et les grandes religions, toute cette vision très autocentrée, a atteint aujourd'hui ses limites. Tout simplement parce que le franchissement de ces limites est en train de se retourner contre nous et commence à nous faire mal. On le voit avec l'érosion de la biodiversité et l'accentuation du changement climatique - d'où cette idée neuve de nous réconcilier avec la nature. C'est d'ailleurs le sous-titre de l'action du WWF au niveau mondial depuis des années. C'est une forme de réconciliation plus morale, plus spirituelle, plus intellectuelle, qui nous incite à sortir de cette injonction de domination. »
[...]
« Ce qui a provoqué des dégâts dans l'environnement, c'est bien l'ensemble des activités humaines, c'est bien le fait que les citoyens, les entreprises, les collectivités locales et les États ont tous foncé dans le mur. »
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«Nous avons commencé à toucher du doigt la réalité des désastres provoqués par le changement climatique pour l'espèce humaine : les méga-feux, les typhons, les montées des eaux, les terres desséchées, les réfugiés environnementaux, etc. Je continue pourtant à dire que cela vaut le coup de se battre. »
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« S'émerveiller de la nature, c'est certainement une des premières choses à éprouver pour avoir envie de la défendre et de la protéger. Pour s'émerveiller, il n'est pas forcément nécessaire d'aller au Spitzberg ou en Géorgie du Sud, cela peut être dans des endroits très proches de soi. »
Source :
extraits de l'interview réalisé par Olivier Nouaillas pour La Vie du 11 février 2021.
Illustration :
photo AFP - Marcel Mochet.