De la chance de vous savoir là


Il est des défaites dont on peut s’enorgueillir, car toutes relatives. Marianne et ses lecteurs viennent d’en connaître une. Il y a deux mois, nous lancions un "appel pour un référendum" afin que le peuple ait son mot à dire sur cette réforme des retraites que la Première ministre venait de faire passer, sans vote des députés, par le 49.3.
"Aucun démocrate sincère écrivions-nous dans notre numéro 1358 du 23 mars 2023, ne peut regarder sans inquiétude la tournure que prend la crise sociale et politique" il y a donc "urgence" à "trouver une issue […] à même de ressouder la Nation". Cette "issue" avait pour nous un nom : référendum. Comme une évidence. Déjà, en 2005, notre journal s’était illustré en la matière, en faisant vivre pleinement le débat, a contrario de la plupart des médias, sur le Traité constitutionnel européen.
Il était donc fort logique de soutenir cette belle idée d’en revenir au peuple, quelle que soit d’ailleurs la couleur politique de ceux qui favoriseraient cette consultation des citoyens. Le président de la République lui-même aurait pu opter pour ce choix-là, nous l’invitions à le faire. On sait désormais ce qu’il en est…
Reste que, en quelques heures, 130 personnalités sont venues apporter leur soutien à l’appel de Marianne. De Clémentine Autain à Jean Lassalle en passant par Bernard Cazeneuve. De Nicolas Mathieu à Erik Orsenna en passant par Boualem Sansal. Mais aussi Christophe Guilluy, Jean-Claude Michéa, Michel Onfray, Emmanuel Todd ou Philippe Caubère, Robert Guédiguian, Ariane Mnouchkine, Ernest Pignon-Ernest. Qu’ils soient tous remerciés.
"Mieux" encore, en quelques semaines, ce sont près de 400 000 paraphes de citoyens que nous avons réussi à rassembler via la plate-forme Change.org. Bien sûr, qui voudra moquer notre initiative dira que, s’il y avait eu un véritable référendum d’initiative partagée, il aurait fallu réunir 4,8 millions de signatures, et que nous sommes donc bien loin du compte. Que ceux-là essaient de faire mieux. Nous, nous ne les moquerons pas. Au contraire, nous les encouragerons. D’autres initiatives plus ou moins approchantes sont d’ailleurs en cours sur le site de l’Assemblée ou du côté du PCF.
En attendant, que Clara, Joël, Nadia, Pierre et les autres, que les 388 000 personnes qui sont venues apposer leur nom à la suite d’Odile, la toute première signataire de notre appel, soient à leur tour ici remerciés. Notre journal a de la chance de vous savoir là, quand la situation l’impose, à nos côtés.
– Gérald Andrieu, directeur adjoint de la rédaction