Aggiornamento sulla petizioneRestitution des têtes des résistants algériens, détenues par le Musée de l'HommeLettre ouverte au Président Macron
Brahim SENOUCIBagneux, Francia
15 giu 2017
La lettre ci-dessous a été publiée dans l'Humanité. Voici le texte intégral. Lettre ouverte au Président de la République Monsieur le Président, Vos prédécesseurs, depuis V. Giscard d’Estaing, ont fait le voyage en Algérie. Ils s’y sont exprimés sur la colonisation. N. Sarkozy l’a qualifiée de système profondément injuste, mais pas de crime contre l’Humanité. F. Hollande a évoqué "les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata" et a reconnu officiellement "la répression sanglante de la manifestation d'Algériens à Paris le 17 octobre 1961". Ces déclarations sont restées sans lendemain. Vous vous êtes rendu à Alger en pleine campagne électorale, preuve de l’importance que vous accordez à la relation entre nos deux pays. Vous n’avez pas transigé avec la vérité. Votre condamnation de la colonisation, qualifiée de crime contre l’Humanité, en témoigne. Cette déclaration va au-delà de celles de vos devanciers. Vous avez maintenu vos propos en dépit du tir de barrage qui vous a accueilli à votre retour en France. Vous avez tout de même fait une concession regrettable, en parlant de la colonisation comme d’un moyen d’apporter la « civilisation par effraction ». S’il y a eu effraction, il n’y a pas eu de civilisation. En 1962, l’Algérie comptait 86 % d’analphabètes. L’espérance de vie d’un Algérien était inférieure de 25 ans à celle d’un Européen. Et que dire de l’acculturation, de la rupture du lien à la terre ?… Mais restons positifs… Votre déclaration sur la colonisation fera date, à condition de lui donner de la chair, qu’elle se traduise par des gestes significatifs, à forte charge symbolique. Une opportunité pour un tel geste existe… La bataille des Zaatcha, une oasis de l’Est Algérien, a mis aux prises en 1849 une colonne militaire conduite par le général Herbillon et des résistants algériens opposés à la colonisation. Elle s’est soldée par un massacre abominable. Ne survécurent à la curée qu’un vieil aveugle et deux ou trois femmes. Les leaders algériens furent fusillés puis décapités. Parmi les dizaines de têtes issues du supplice, certaines sont venues garnir les vitrines du Musée de l’Homme, à Paris. Elles y ont été exposées au regard des foules pendant des décennies, jusqu’aux années 1960, avant de finir dans des boîtes en carton, dans les caves du musée. Une pétition réclamant leur restitution à l’Algérie a été signée par 30.000 personnes. Cette affaire a fait l’objet de reportages dans divers journaux, l’Humanité notamment. Une tribune, signée par d’éminents historiens et universitaires de France, a été publiée dans Le Monde, en soutien à la pétition. France 24, Beur FM, France Inter, l’agence de presse turque, CNN, la BBC…, l’ont rapportée. La presse algérienne l’a largement couverte. En dépit de cela, il n’y a pas d’avancée. Du côté français, on met en avant le caractère « inaliénable » de ces crânes, appartenant aux collections nationales. Nous apprenons ainsi que des restes humains font partie des joyaux de la République ! Pour que la procédure de restitution puisse s’engager, il faudrait, nous dit-on, que le Parlement vote une loi qui permettrait de retirer ces crânes des collections en question. Monsieur le Président, permettez que ces braves aient une digne sépulture dans leur patrie. Cela augurerait d’une relation nouvelle, libérée des miasmes de l’essentialisme. Pacifier par les actes et le verbe, c’est aussi une clé pour la redécouverte de l’Autre, cet Algérien que la colonisation a fait disparaître du paysage. Les blessures qu’il porte empoisonnent l’imaginaire de jeunes Français issus de parents algériens, élevés dans le silence d’une banlieue sans âme, percevant sous l’armure paternelle l’indicible douleur, l’insupportable sort fait à leurs aïeux… Brahim Senouci, universitaire, chroniqueur
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