NO JUSTICE, NO PEACE L'HEURE DU FRONT COMMUN A SONNÉ


NO JUSTICE, NO PEACE
L'HEURE DU FRONT COMMUN A SONNÉ
En hommage à l'agent Mohamed Lamine Benredouane, tombé dans l'exercice de ses fonctions le 22 juin 2026.
Déclaration officielle de la Nation Hip Hop Québécoise — PDQ 39 & racisme systémique
Pour Mohamed Lamine Benredouane.
Le 22 juin 2026, un policier d'origine maghrébine du SPVM, Mohamed Lamine Benredouane, 34 ans, père et collègue dévoué, est tombé dans l'exercice de ses fonctions lors de la fusillade de Côte-des-Neiges. Il avait rejoint le SPVM en 2021 avec, dit-on de lui, un sens du devoir, un dévouement et un professionnalisme qui resteront dans les mémoires.
Nous l'honorons. Nous pleurons avec sa famille, ses proches et ses collègues. Sa mort est une tragédie humaine sans équivoque.
Et c'est précisément parce que nous l'honorons que nous refusons que son sacrifice serve à effacer d'autres réalités. Sa mort et celles de Fredy Villanueva, de Bony Jean-Pierre, de Nooran Rezayi — et les traumatismes vécus par des générations de résidents de Montréal-Nord au Poste 39 — ne s'opposent pas. Elles se rejoignent dans la même exigence : une institution policière réformée, transparente, juste et digne de la confiance de toutes les communautés qu'elle est censée protéger.
1. La fabrique du soupçon : quand le récit tue deux fois
La science a un nom pour ce que nous vivons depuis des décennies : le cadrage différentiel — differential framing. Les médias ne se contentent pas de rapporter les faits. Ils choisissent le cadre dans lequel les faits sont présentés. Et ce cadre, au Québec, n'est pas neutre.
Quand la victime est noire ou racisée, le cadre dominant est celui de la dangerosité de son milieu. Quand la victime est blanche ou perçue comme telle, le cadre dominant est celui de la tragédie humaine. Ce n'est pas un accident. C'est le produit d'une culture éditoriale et institutionnelle qui a intériorisé des hiérarchies raciales sans jamais les nommer.
Fredy Villanueva — 9 août 2008
Un jeune de 18 ans abattu lors d'un contrôle pour un jeu de dés, sans arme. Dès les premières heures, les médias ont relayé la version policière : on a affirmé qu'il était armé, qu'il avait chargé les policiers. Ces informations étaient fausses — le coroner le confirmera en 2013. Mais le mal était fait. Sa mémoire reste entachée de soupçon à ce jour, au point que la création d'un lieu de recueillement en son nom avait été jugée trop « polarisante » dix ans après. Le policier qui l'a abattu n'a jamais été accusé. Il a été promu au Groupe tactique d'intervention.
La Ville de Montréal, elle, a déboursé 760 000 $ pour défendre les agents impliqués. Aucun fonds comparable n'a été accordé à la famille Villanueva.
Bony Jean-Pierre — 31 mars 2016
Père de famille de 46 ans, tué d'une balle de plastique à la tête lors d'une perquisition antidrogue — à deux coins de rue du lieu de la mort de Fredy. Sans arme. Les médias ont mis en avant le contexte de la saisie de drogue, pas le fait qu'un homme non armé était mort. Le policier, accusé en fait rarissime, a été acquitté en 2021. Will Prosper, militant et ancien policier, a déclaré ne pas comprendre qu'un tel geste soit justifiable. Les communautés noires, elles, ont compris le message : l'impunité est le standard.
Nooran Rezayi — 21 septembre 2025
Quinze ans. Abattu de deux balles au torse par la police de Longueuil, quelques secondes après l'arrivée des agents. Pas d'arme à feu — la seule arme retrouvée sur les lieux était celle du policier. Pendant que la famille pleurait, le SPAL lançait une enquête parallèle sur les camarades de Nooran, pas sur le policier auteur des tirs. Il a fallu neuf mois de mobilisation citoyenne et de pression politique pour qu'une enquête administrative soit enfin déclenchée en juin 2026.
Les victimes du PDQ 39 — Montréal-Nord, depuis les années 1980
Des générations de résidents de Montréal-Nord ont subi des interpellations abusives, des contrôles discriminatoires, des humiliations répétées. Lorsque le scandale du Poste 39 a éclaté en juin 2026 — révélant que 16 policiers avaient commis des gestes racistes systématiques, dont l'allégation que certains auraient conservé des mèches de dreadlocks comme des « trophées » — le premier réflexe institutionnel a été de cadrer ces quartiers comme criminalisés. Pas de reconnaître la violence institutionnelle commise en leur sein.
2. Le miroir brisé : Mizrahi et les victimes racisées
La mort de Michel Mizrahi, 68 ans, citoyen israélien tué lors de la fusillade du 22 juin 2026, est une tragédie. Un homme qui allait rejoindre son fils est mort dans une rue de Côte-des-Neiges. Son humanité n'est pas en question.
Ce qui est en question, c'est l'asymétrie de la réponse institutionnelle. En moins de 24 heures : drapeaux en berne à l'Assemblée nationale et à l'Hôtel de Ville de Montréal, message personnel de la première ministre, conférence de presse de la mairesse, collecte de 82 000 $ en quelques heures.
La mort de Fredy Villanueva (2008), de Bony Jean-Pierre (2016) et de Nooran Rezayi (2025) n'a jamais produit en plusieurs années ce que la mort de Michel Mizrahi a produit en moins de 24 heures. Ce différentiel de reconnaissance n'est pas anodin. Il dit que certaines vies, dans le traitement institutionnel québécois, valent structurellement plus que d'autres.
À aucun moment les médias n'ont cherché à savoir si Mizrahi avait un passé, si son entourage était problématique, si son quartier était « à risque ». Sa dignité de victime a été accordée instantanément, inconditionnellement. C'est exactement la dignité que les familles Villanueva, Jean-Pierre, Rezayi ont réclamée — et n'ont jamais obtenue.
Ce n'est pas une critique de la compassion accordée à Mizrahi. C'est une exigence : la même compassion, la même vitesse, la même dignité, pour chaque victime, quelle que soit sa couleur de peau.
3. Mohamed Lamine Benredouane et le PDQ 39 : la même maison, deux réalités
Mohamed Lamine Benredouane était un policier d'origine maghrébine dans une institution documentée pour son profilage systémique des personnes arabes et noires. Les études de la CDPDJ (2011, 2020, 2022) montrent que les personnes arabes sont 5,18 fois plus susceptibles d'être interpellées que les personnes blanches à comportement égal. Les personnes noires, entre 4 et 8 fois plus.
Le scandale du PDQ 39, révélé en juin 2026 — le même mois que la mort de l'agent Benredouane — a montré que 16 policiers d'un même poste avaient développé une culture institutionnelle raciste pendant des années, y compris des comportements humiliants envers des citoyens racisés. Deux seulement ont été suspendus. Quatorze ont été réaffectés dans d'autres postes, exportant cette culture toxique ailleurs.
Honorer l'agent Benredouane, c'est aussi exiger que l'institution dans laquelle il a donné sa vie soit digne de ce sacrifice. Une institution où les policiers d'origine maghrébine ou africaine peuvent eux-mêmes être victimes de la même culture qu'ils sont censés combattre n'est pas une institution saine. C'est une institution qui a besoin d'une réforme profonde.
Le commandant Patrice Vilceus, lui-même cadre supérieur afro-canadien du SPVM, a déclaré en septembre 2024 que le racisme au sein de l'organisation était un « cancer qui ronge l'institution ». Cette parole ne peut pas rester sans suite.
4. Le racisme systémique est présent — les chiffres ne mentent pas
Voici les données produites par les institutions québécoises elles-mêmes :
✊ Les Noirs sont interpellés par le SPVM 4 à 8 fois plus que les Blancs à comportement égal (CDPDJ 2011, 2022 ; Armony et al. 2019-2023).
✊ Les personnes arabes sont interpellées 5,18 fois plus (rapport indépendant 2022).
✊ En septembre 2024, la Cour supérieure du Québec a autorisé un recours collectif reconnaissant le caractère systémique du profilage racial au SPVM.
✊ Sur 16 policiers impliqués dans le scandale du PDQ 39 (juin 2026) : 2 suspendus, 14 réaffectés. Zéro accusation criminelle.
✊ Le SPAL a attendu 1 heure et 36 minutes avant d'informer le BEI de la mort de Nooran Rezayi — une violation documentée de la procédure.
✊ L'agent Lapointe, qui a abattu Fredy Villanueva en 2008, n'a jamais été accusé. Il a été promu.
✊ 20 % des Québécois se déclarent eux-mêmes racistes (sondage Léger 2020). Appliqué aux 4 700 agents du SPVM : ≈ 940 agents qui se considèrent racistes. Ce n'est plus de l'anecdote.
Le gouvernement de la CAQ continue de refuser d'utiliser le terme « racisme systémique ». En 2020, François Legault déclarait ne pas y croire — quelques jours après la mort de Joyce Echaquan, dont la coroner Géhane Kamel a conclu en 2021 que le racisme systémique avait contribué à sa mort. Le gouvernement a refusé d'accepter cette conclusion.
5. Nos revendications — sans détour, sans délai
Sur le PDQ 39 et le SPVM :
✊ Suspension immédiate et effective des 16 policiers impliqués — pas de réaffectation, des mesures réelles.
✊ Enquêtes criminelles indépendantes menées par le BEI sans « services de soutien » du SPVM.
✊ Publication transparente des données raciales sur les interpellations dans tous les arrondissements.
✊ Caméras corporelles obligatoires et activées lors de toute interpellation.
✊ Formation antiraciste obligatoire, indépendante et évaluée pour tous les corps policiers du Québec.
Sur la reconnaissance politique :
✊ Que le gouvernement du Québec reconnaisse officiellement l'existence du racisme systémique, conformément aux conclusions du coroner (2021) et de la Cour supérieure (2024).
✊ Que l'Assemblée nationale tienne un débat d'urgence sur les pratiques du SPVM — avec la même réactivité qu'elle a montrée pour Mizrahi.
✊ Que les familles Villanueva, Jean-Pierre, Rezayi et les victimes du PDQ 39 obtiennent la même vitesse et le même respect institutionnel que toute autre victime.
Sur la mémoire de l'agent Benredouane :
✊ Que son sacrifice soit honoré non pas en fermant les yeux sur les dysfonctionnements de l'institution, mais en la réformant à la hauteur de ce qu'il méritait.
✊ Que les policiers racisés au sein du SPVM — qui subissent eux-mêmes parfois la culture raciste qu'ils tentent de corriger — soient protégés et entendus.
6. L'action — maintenant, ici, ensemble
SIGNE LA PÉTITION CITOYENNE
change.org/Racisme-systemique-Quebec-Montreal-Nord-PDQ39
En signant, vous dites assez :
✊ Assez de contrôles abusifs dans nos quartiers.
✊ Assez de vies brisées par des préjugés institutionnels.
✊ Assez de 40 ans de dénonciations ignorées.
✊ Assez d'impunité pour ceux qui bafouent la dignité humaine.
Partage massivement — sur tous tes réseaux, dès maintenant :
✊ Facebook, Instagram, X (Twitter), TikTok, WhatsApp — poste ce texte, l'affiche, le lien.
✊ Dans ta mosquée, ton église, ton temple, ton école, ton centre communautaire.
✊ Dans les rues de Montréal-Nord, Saint-Michel, Rivière-des-Prairies, Parc-Extension.
✊ Auprès de tes voisins, de ta famille, de tes collègues. Chaque partage est une voix supplémentaire.
Chaque signature est un pas de plus vers un Québec où les valeurs de Knowledge, Wisdom, Understanding, Freedom, Justice, Equality, Peace, Unity, Love and Respect ne sont pas que des idéaux — ce sont les règles réelles qui guident nos institutions.
La Nation Hip Hop refuse le silence.
Née dans les quartiers populaires pour transformer la souffrance en conscience, la colère en création et l'exclusion en solidarité, notre culture porte en elle des principes qui ne sont pas négociables : la justice est la condition de la paix.
Nous honorons l'agent Benredouane. Nous pleurons avec toutes les familles endeuillées. Et nous exigeons que les institutions soient à la hauteur de ce deuil — en actes, pas en discours.
No Justice, No Peace.
Know Justice, Know Peace.
— La Nation Hip Hop , juin 2026
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